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15 septembre 2021 3 15 /09 /septembre /2021 19:56

La plupart des dictionnaires que nous avons pu consulter définissent généralement le Ministre comme un agent gouvernemental de premier plan, chargé soit d’exécuter la volonté politique de l’État dans le département ministériel dont il a la charge, soit de représenter politiquement l’État concerné dans un domaine bien déterminé.

         Le Ministre, c’est précisément une personnalité chargée de remplir une fonction pour le compte d’autrui. Cette personnalité peut être un membre du gouvernement, du clergé ou un agent diplomatique à qui incombe le devoir de représenter l’État auprès des gouvernements étrangers. Dans tous les cas, le Ministre peut se définir comme une personne dont la notabilité est consacrée par la noblesse de la charge qu’il doit assumer dans ses missions politiques ou ecclésiastiques.

         La charge ou l’honneur que le Ministre a de se mettre au service soit d’un gouvernement, soit d’un clergé montre que son honorable fonction a une signification quelque peu ambiguë : c’est un serviteur, pour ne pas dire un esclave, puisqu’il est, en principe, au service de l’État, du Roi ou de Dieu. Mais il s’agit d’une servitude dont la noblesse explique pourquoi la charge ministérielle est très courue. Si beaucoup de personnes sont prêtes à aliéner, comme c’est généralement le cas, leur dignité, en vendant, même pour un copeck, à la fois leur corps et leur âme pour se constituer esclaves de l’État, du Roi ou de Dieu, c’est eu égard au caractère majestueux des maîtres à l’autorité desquels elles se plairaient à se subordonner. C’est la majesté des références autoritaires dont elles souhaiteraient être les Ministres qui ennoblit la servitude liée à cette charge. Autrement dit, si la fonction ministérielle est si honorable que beaucoup de personnes cherchent à l’assumer au terme d’obscurs et complexes pactes faustiens, c’est parce qu’elle rapporte immédiatement celui qui l’assume à une référence autoritaire fort majestueuse. L’intérêt dont s’accompagne un tel rapport de proximité politique est si important qu’il vaut la peine d’être noué et entretenu.

Donc, si la noblesse de cette servitude ne s’accompagnait pas de bien de commodités et de beaucoup d’agréments, le Ministre serait à plaindre quand l’État, le Roi et Dieu seraient plutôt à blâmer. Il serait alors tout à fait inhumain et cynique d’inscrire tel ou tel citoyen dans une chaîne de servitude dépourvue de tout agrément compensatoire. Une chose est sûre, personne n’aliènerait sa dignité pour assumer une charge aussi ingrate.

Mais à force d’abuser des commodités et de jouir à l’excès des agréments liés à sa charge, le Ministre oublie que la noblesse de sa servitude peut également s’accompagner de désagréments et de déchéance. C’est ce qui arrive inévitablement lorsqu’il perd de vue qu’il est d’abord celui qui a la charge ou l’honneur de remplir de majestueuses fonctions pour le compte de l’État, du Roi ou de Dieu. Cet oubli se produit lorsque le Ministre se figure qu’il est à son propre service et qu’il peut, par conséquent, transmuer la charge qu’il doit assumer en une surface de prédation utile au contentement de ses préférences appétitives. Le Ministre qui veut par exemple faire partie de l’oligarchie locale ou globale, généralement constituée de nouveaux riches est, en réalité, un Ministricule, mieux un Ministre voyou (A Rogue Minister) qui, par une regrettable erreur de casting politique, a vu son nom publiquement répertorié, grâce à la magie d’un décret, dans le listing des nobles serviteurs de l’État ou du Roi.

Mais qu’il se rappelle le triste sort mémorable de Marcus Manlius Capitolinus qui, après avoir été très honoré d’avoir sauvé le Capitole, c’est-à-dire le cœur du pouvoir de la Rome antique, de l’assaut des Gaulois en l’an 390 avant Jésus-Christ, fut finalement précipité du haut de la Roche tarpéienne parce qu’il se rendit coupable de vouloir tirer personnellement profit de cet exploit héroïque pour se faire sacrer roi.

Pour éviter le sort mémorable du pauvre Marcus Manlius Capitolinus, le Ministre doit constamment se rappeler que la Roche tarpéienne est toujours proche du Capitole.

Prof. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé 1 (Cameroun)

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