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22 septembre 2021 3 22 /09 /septembre /2021 14:56

Si l’intitulé de cette petite réflexion s’inspire du célèbre ouvrage de Maurice Clavel, intitulé : Nous l’avons tous tué ‘‘ce Juif de Socrate !...’’, ce n’est pas dans le dessein de remettre en cause la nationalité grecque de cet illustre philosophe. Socrate qui est, pour nous, la figure emblématique de la philosophie, était, à n’en point douter, un Grec. Mais l’universalité de cette figure, pourtant ethniquement bien identifiée, est telle qu’en plus des Grecs, les Juifs, les Africains, y compris les Afghans peuvent philosophiquement se reconnaître à travers elle.

Pour rappel, Socrate a honorablement assumé ses devoirs de citoyens jusqu’au bout, car il a bien rempli sa fonction hoplitique, dans la mesure où il a été aussi soldat, ce qui prouve qu’on peut être à la fois philosophe et militaire. S’il n’a pas marqué son accord pour le plan d’évasion concocté par son ami, le riche Criton, c’est parce qu’il respectait les institutions athéniennes à l’amélioration desquelles il collaborait pourtant astucieusement, patiemment et efficacement, afin que la Cité soit politiquement réglée sur le modèle du Cosmos.

Ce ne sont pas les sophistes, ces petits agitateurs en mal de populisme, doublés, en bons pragmatistes, de pécheurs en eaux troubles, qui ont fait évoluer politiquement et éthiquement la Cité. Les penseurs qui ont réussi à le faire, ce sont plutôt les philosophes qui ont, à la suite de Socrate, su et pu patiemment élaborer des utopies subversives par rapport à un statu quo politiquement et éthiquement en demande de correction.

Si les « légataires universels » de Socrate ont su et pu apporter à cette noble demande, des réponses pertinentes articulées, par exemple, autour de l’élaboration de la Charte des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, c’est parce qu’ils étaient à la fois conceptuellement très bien outillés et idéologiquement armés de convictions sans équivoque.

La philosophie conforme aux « idoles du forum » (idola theatri) peut-elle être, par rapport à la problématique de la bonification de la gouvernance de la Cité, pourvue de la même efficacité que celle des membres du clan de Socrate ?

Si j’exprime mon doute à travers cette question rhétorique, c’est que les « philosophes » de Facebook ne sont que de penseurs de parade et de façade. Leur exhibitionnisme pseudo-intellectuel est loin d’être éthiquement et politiquement aussi porteur que l’approche réellement philosophique des membres du clan socratique. La jactance, l’arrogance et l’outrecuidance avec lesquelles ils s’adressent aux autres citoyens sont évidemment empreintes de présomption. La fatuité et l’enflure sur le mode desquelles se manifeste leur ego sont précisément ce que condamnait Socrate, convaincu que cela faisait inévitablement le lit de la dictature. Le philosophe n’est pas non plus un énergumène, c’est-à-dire celui qui, parce que possédé par une volonté étrangère à son propre pouvoir d’élire ou de choisir, se constitue, en toute hétéronomie, porte-parole ou porte-voix de celle-ci.

Souvenons-nous que beaucoup de disciples de Platon, formés à l’Académie de ce dernier, sont devenus des tyrans. Alexandre le Grand qui a eu pour précepteur le très célèbre Aristote a marqué sa préférence pour un bellicisme politiquement contre-productif. Il n’est donc pas assuré que les « philosophes » de Facebook doivent être plus honorés que d’autres, au seul motif qu’ils se rapportent au politique et à la Cité avec beaucoup de suffisance, d'arrogance, de jactance et d'outrecuidance,  qui méritent d'ailleurs d'être établies, à en juger par les nombreux rapports conflictuels qu’ils ont déjà avec la grammaire et l’arithmétique élémentaires. S’il est avéré qu’ils sont d’intelligence avec la police locale, dans le dessein de jouir régulièrement des dividendes qui reviennent aux fidèles mouchards de l’ordre établi, leur prétention d’éclairer les consciences populaires apparaît alors comme un véritable bluff idéologique et politique.

 

Prof. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé 1 (Cameroun)

 

 

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