INTERNET, SOCIETE, POLITIQUE ET ECONOMIE
L’Internet se définit comme cette technologie qui, en tant que réseau des réseaux, nous permet d’accéder, suivant la vitesse du signal électronique (300 000 km/s), d’accéder à une infinité de sources d’information et de pouvoir communiquer avec d’autres citoyens du monde, sans qu’il soit nécessaire d’en avoir un contact tangible. Inventé par les Américains pour des besoins militaires, puis tombé dans l’usage civil afin d’être instrumentalisé de telle sorte que tout petit Américain puisse toujours, en dépit du temps et de l’espace, être en contact avec ses parents, l’Internet est aussi devenu, grâce, par exemple à la messagerie, aux moteurs de recherche, un outil destiné à communiquer à tous les habitants du monde les expériences, les savoirs et les savoir-faire disponibles. L’usage de plus en plus fréquent de cette technologie de l’information et de la communication élève l’internaute au rang de l’homo cyberneticus ou de l’homo numericus. Son exploitation sociale, politique et économique comporte des avantages liés à la cybernétisation du vivre-ensemble et à la planétarisation électronique des échanges commerciaux. Ces avantages sont précisément ceux dont s’accompagne non seulement la cybersocialité, encore appelée technosocialité ou socialité virtuelle, mais aussi ceux dont la cybernétisation de la politique et le commerce électronique sont assortis.
Nous analyserons d’abord le rapport de l’Internet à la société. Il s’agira pour nous de prendre part à un débat qui porte sur l’impact de l’Internet sur le lien social et sur la pertinence de la cybersocialité. En d’autres termes, l’Internet renforce-t-il ou affaiblit-il le lien social au moyen des relations virtuelles qu’elle construit à travers la Toile ? Autrement dit, est-il, comme se le demande le philosophe Pierre Rostaing, une machine de destruction ou de production sociale ? La deuxième et la troisième articulations de notre réflexion porteront sur la relation que l’Internet entretient respectivement avec la politique et l’économie.
Internet et société
Les questions précédemment formulées sont aujourd’hui en débat dans certains milieux intellectuels. L’économie des articulations de ce débat montre que, pour certains penseurs tels qu’Arnaud Saint-Martin, Serge Latouche, Paul Virilio, etc., la socialité virtuelle ou cybersocialité relève d’une idéologie, l’idéologie de la virtualité. La cyberculture, cette prétendue révolution culturelle dont semble s’accompagner la révolution cybernétique, procède d’une utopie fabriquée de toutes pièces par les industriels du divertissement. Faute de la réalité qui pourrait lui assurer une authenticité, la cybersocialité est pour eux une belle illusion. Pour Saint Martin par exemple, « La concorde universelle connectant les internautes n’est après tout qu’une fiction : la toile n’unit pas les esprits mais les nombrils, elle est la source d’eau que les narcisses boivent à satiété jusqu’à l’ivresse ».
À l’opposé de cette critique de la cybersocialité, d’autres penseurs tels qu’Edgar Morin, André Lemos, Michel Maffesoli, Jean Baudrillard, Frederico Casalegno, etc., conçoivent la cybersocialité comme ce produit de la civilisation technologique qui, au moyen des réseaux électroniques, accroît le lien social en le rendant coextensif au monde, par-delà la différence raciale, culturelle ou idéologique. En soustrayant chaque citoyen du monde à la particularité de son identité, l’Internet l’ouvre, grâce à la cybersocialité, à une différence culturellement fort enrichissante. À l’échelle globale, la cybersocialité donne lieu au cyber-espace ou au cybermonde, c’est-à-dire à ce que frederico Casalegno appelle un « méta-territoire » où se construisent instantanément, à travers les Chats et les forums de discussion, des communautés interactives de personnes, des sortes de tribus, liées entre elles par les artifices de la technologie électronique et informatique. D’après Jakob Nielsen, le Chat est un précieux instrument de développement de l’esprit de groupe, parce qu’il permet à plusieurs personnes de converser par écrit en temps réel (1997). Cet esprit de groupe est aussi développé dans le cadre d’un forum de discussion (bulletin board), puisqu’il se définit comme un espace de discussion sur un site web qui permet aux internautes de communiquer ou d’échanger des propos, autour d’un sujet (fil) de discussion.
Le problème qui se pose dans l’une ou l’autre de ces deux problématiques est non seulement celui de la détermination de la nature du rapport de l’Internet à la société, mais aussi et surtout celui de la pertinence de la cybersocialité que les internautes prétendent construire par-delà la diaspora spatio-temporelle des individus et des peuples dans l’espace.
Dans le cadre de la première problématique, les sociétés et les communautés en ligne relèvent d’une pseudo-socialité qui cache mal l’individualisme de leurs acteurs. Cet individualisme est remarquable à travers leur refus de nouer des liens sociaux authentiques fondés sur une communication tangible. Dans le cadre de la deuxième problématique, l’Internet répond convenablement à la demande de solidarité globale des membres de la grande famille humaine, en les sortant de l’enclave de leur particularité pour les ouvrir à un monde dont on proclame, grâce à la révolution cybernétique et informatique, la fin de l’histoire et de la géographie.
Ce qu’on peut observer, c’est que la pertinence d’une critique de la cybersocialité qui se fonde principalement sur son défaut de réalité, et donc d’authenticité, est problématique en soi. Elle consiste à exiger de la virtualité une réalité qu’elle ne saurait produire, sinon en présentant son mode d’être virtuel comme sa seule manière d’être à la fois réelle et authentique. En demandant donc à la cybersocialité la preuve de sa réalité et de son authenticité, les penseurs dont nous mettons le pessimisme cybernétique en cause ici, estiment à tort, sur la base d’un réalisme problématique, que faute de donner cette preuve, les promoteurs de la cybersocialité devraient reconnaître son caractère utopique ou fictif.
L’optimisme cybernétique des penseurs qui soutiennent que l’Internet a hypertrophié un lien social qui était limité par les particularités identitaires, circonscrit dans des enclaves idéologiques, doivent davantage établir que l’individualisme a vraiment reculé grâce aux forums de discussions ou aux Chats. La possibilité, certes illimitée, qui nous est désormais offerte par l’Internet, de discuter ou de Chatter, mais avec ceux qui masquent leur identité par des pseudo (nicknames), est-il un facteur d’accroissement du lien social ? La possibilité de communiquer avec le reste du monde ne s’accompagne-t-elle pas de l’illusion d’ouvrir toutes les portes des autres communautés par le simple clic de la souris de son ordinateur ou en se contentant de taper sur son clavier ? Si notre lien social est désormais rendu possible par le clavier ou la souris d’un ordinateur, de quelle consistance peut-il alors être ? De quelle portée cette cybersocialité peut-elle être quand on sait sa construction est limitée par des questions relatives la maîtrise de l’usage de l’Internet dont la démocratisation est encore attendue, et celles se rapportant aux coûts que son utilisation implique, dans des sociétés pauvres ?
En mettant dos à dos le pessimisme et de l’optimisme cybernétiques, qui sont les modalités du pessimisme et de l’optimisme technoscientifiques, nous voulons surtout mettre en relief le fait que le problème du rapport de l’Internet à la société risque d’être mal posé si on se contente de le formuler dans l’enceinte de d’un dogmatisme déterminé ( le dogmatisme des penseurs modernes et celui des intellectuels postmodernes) qui pèche, théoriquement parlant, par l’anthropomorphisation aberrante d’une technologie qui n’a pourtant pas la psychologie d’un être humain, et qui, par conséquent, n’est pas en mesure soit d’atomiser ou de décomposer la société, soit de la reconfigurer ou de la recomposer à sa guise.
À notre avis, ce problème ne peut être mieux posé que si nous ne faisons pas l’impasse sur la fonction instrumentale de l’Internet. Il s’agit, en effet, d’un instrument de l’information et de la communication. Dans ce cas, l’Internet peut-il servir à étendre ou à rompre le lien social ? Pouvons-nous instrumentaliser l’Internet dans le sens du développement de la solidarité et la promotion de la culture du dialogue interculturel ? Ainsi formulé, le problème du rapport de l’Internet à la société peut être non seulement convenablement posé, mais aussi trouver des solutions ou des réponses pertinentes.
Nous pensons que la socialité classique, fondée sur des communications tangibles, a, sans doute, des atouts insubstituables. La chaleur émotive qu’on éprouve à se retrouver parmi les siens, à échanger avec des amis, à nouer des contacts intéressants avec des personnes qu’on a rencontrées fortuitement ou à vivre sa culture dans la concrétude de son expression particulière, est irremplaçable.
Mais, à partir de l’information qu’il garantit à ses utilisateurs et de la mise en commun des expériences, des savoirs et des savoir-faire qu’il rend à la fois possible et réelle, l’Internet apparaît bel et bien comme un instrument de production sociale. En effet, il permet, grâce aux Jhoos ou à Messenger, par exemple, la construction des communautés d’amis, sortes d’exchorésis des Grecs. Au moyen des Facebook, ces sites de résautage social destiné à rassembler des personnes proches ou inconnues, il permet également l’organisation des groupes de défense de certaines causes politiques, éthiques et économiques. La mondialisation de l’expertise par l’Internet, rend disponible les savoirs et les savoir-faire à travers des sites spécialisés. Les âmes seules qui cherchent des âmes sœurs l’instrumentalisent aussi et même beaucoup dans le traitement de leurs problèmes affectifs. Par le Chat, l’internaute veut intervenir dans la construction d’un lien social d’un type nouveau, celui dans le cadre duquel la société n’exerce pas sur lui une énorme pression de conformité. En se déterminant à Chatter avec des personnes dont on ignore tout, et dont on n’est pas sûr qu’elles nous disent la vérité sur elles, l’internaute semble chercher désespérément à sortir de la solitude existentielle que nous impose un mode de plus en plus hostile, tant ses impératifs économiques sont d’une sévérité à la limite de l’humanité.
L’engouement avec lequel cette technologie est instrumentalisée, semble prouver qu’elle correspond à la correction d’une crise relationnelle qui sévit dans la socialité classique. Cet engouement rend compte, à notre avis, de la volonté exprimée par les divers citoyens du monde de tirer au maximum profit de l’ouverture globale que leur assure la mondialisation, afin d’optimiser une citoyenneté et une humanité qui étaient étouffées dans la socialité classique.
En tirant profit de l’ouverture globale, les internautes cherchent également à jouir pleinement de la spatialité d’un monde qui était jusque-là balkanisé en territoires difficilement accessibles. Au sentiment d’appartenir à des humanités hétérogènes, les citoyens du monde se sentent de plus en plus appartenir, grâce à l’Internet, à une même communauté de dessein et de destin.
La cybersocialité qui se développe à la faveur de l’Internet apparaît certes comme une socialité marginale, celle qui se construit en ligne en marge de la socialité classique. Toutefois la cybersocialité ne parodie ni ne se substitue à la socialité classique. Tant s’en faut. Elle la consolide au point de développer des réseaux de solidarité effective ou tangibles autour des problèmes qui suscitent le pathos universels. Par exemple, en ayant l’expérience, dans le Net, des débats qui se développent par exemple sur l’occupation de la Palestine, la marginalisation des Roms en Europe, nous, Africains, avons le sentiment d’être des Palestiniens ou des Roms. Ce sentiment nous amène à penser que la Palestine est une métaphore politique.
Internet et politique
Si la cybernétisation de la politique n’est pas encore si importante qu’on puisse assimiler les citoyens du monde à de véritables citizenet, au point d’envisager non seulement la création d’une sorte de parlement électronique à l’échelle globale, mais aussi un gouvernement mondial assisté par l’Internet. Cependant, l’Internet trouve lentement mais sûrement une place de choix dans le processus de modernisation de la vie politique parce qu’on estime de plus en plus que, par son truchement, les citoyens peuvent traduire en acte leur citoyenneté, de manière à permettre au peuple de se rendre véritablement comme maître et possesseur des affaires publiques.
La cybernétisation de la politique peut certes s’avérer dangereuse, parce que son instrumentalisation inconsidérée peut aliéner la démocratie au profit de la cybercratie. L’informatisation excessive de la vie politique peut par exemple s’accompagner du phénomène de l’affaiblissement de l’implication effective des citoyens dans la politique, lorsqu’il peut leur arriver malheureusement de croire leur engagement politique se limite à appuyer sur l’un des boutons d’un ordinateur pour opérer le choix de leurs représentants ou de leur chef politique. Il peut ainsi se créer entre les citoyens et les politiques une distance néfaste à l’implication des premiers dans le suivi et le contrôle attentif de la vie politique, distance que l’Internet ne saurait convenablement réduire, surtout s’il met à la disposition des citoyens, des informations qu’ils jugent désincarnées.
Toutefois, lorsqu’on parvient à minimiser le risque de voir que l’Internet n’est pas politiquement exploité dans le sens de garantir une réelle interactivité entre les citoyens et les politiques ou parce que son accès est encore limité dans la démographie de ceux qui se représentent son usage comme étant le luxe qu’ils ne peuvent se permettre qu’avoir avoir résolu les problèmes relatifs à la survie, la cybernétisation de la politique correspond, en réalité, à la nécessité de démocratiser la politique. En mettant la politique à la portée des citoyens grâce à l’Internet, on amène ces derniers à se l’approprier effectivement et à y intervenir de manière à pouvoir restaurer, dans le temps, la toute première forme de démocratie, c’est-à-dire la démocratie directe que la taille démographique des États rend pratiquement impossible.
La possibilité donnée à chacun d’opiner ou d’exprimer son jugement sur le mode de gestion des affaires publiques de son pays, sur le cours politique du monde ou sur le sens humain à donner à l’histoire, participe de cette démocratie directe par laquelle celui qui réalise cette possibilité actualise sa citoyenneté. Il se sent vraiment citoyen parce que la possibilité d’opiner librement sur la qualité politique de la gouvernance locale ou globale lui est assurée.
Les dernières élections présidentielles françaises et américaines ont permis de constater que les candidats se servent beaucoup de l’Internet soit pour battre campagne, soit pour répondre aux questions qui peuvent leur être adressées, soit pour réagir aux attaques de leurs adversaires. C’est ainsi que chacun des candidats à la présidence française ou américaine s’est créé un blog ou un site pour pouvoir communiquer directement avec les électeurs sur le bien-fondé de son projet de société, et donc sur la pertinence de sa candidature. Autant ces candidats recouraient-ils à la télévision, autant ils se servaient de l’Internet pour développer et entretenir une relation de proximité politique avec les électeurs.
En se servant à leur tour de l’Internet pour donner leur point de vue soit sur le mode de gestion de la cité, soit sur le projet de société de tel ou tel candidat, les citoyens font valoir, dans le cadre de cette citoyenneté virtuelle, leur liberté d’expression dans ce qui s’appelle la démocratie électronique. Elle consiste, pour le peuple, à instrumentaliser l’Internet pour participer au contrôle des institutions et opiner sur le cours des affaires publiques, sans devoir recourir au principe de la médiation politique qui régit la démocratie représentative. C’est grâce à cette démocratie électronique que les Français ont, par exemple, en 2002, rapporte Thierry Vedel, pu se mobiliser efficacement, à gauche comme à droite, pendant l’entre-deux tours des élections présidentielles, contre l’extrême droite.
Grâce au phénomène du vote électronique, ce mode de scrutin informatiquement assisté dont on a, depuis un certain nombre d’années, l’expérience politique dans des pays développés, le vote est désormais dépourvu des peines et des désagréments dont il s’accompagne habituellement, pour devenir une sorte d’activité ludique. En permettant aux citoyens établis hors de leur territoire d’accomplir leur devoir civique et de participer, en dépit de la distance géographique, au choix de leurs représentants et dirigeants, le vote électronique, leur évite une frustration politique susceptible de les amener à douter de l’authenticité de leur citoyenneté.
Le rapport de proximité que l’Internet réalise entre les citoyens et les politiques, peut être mis à profit dans le cadre d’une meilleure information des citoyens sur les partis politiques et leurs leaders, sur la qualité politique de la gouvernance de en vigueur dans leur pays, pour une bonne évaluation de l’action publique des dirigeants. La relation de proximité qu’il permet d’établir entre les politiques et les citoyens, donne à ces derniers la possibilité d’entrer, grâce au courrier électronique, en contact avec les premiers pour mieux s’informer sur leur action politique ou pour exercer sur eux des pressions politiques salutaires soit pour l’environnement, soit pour l’État. En mettant l’information nécessaire à la disposition de tout le monde, l’Internet aide à la formation des opinions, en même temps qu’il permet à d’autres citoyens du monde d’opiner sur la qualité du traitement réservé par les politiques locaux ou d’ailleurs, aux droits de l’homme, à la santé de la planète, à la gestion du nucléaire et des ressources communes.
Avec la cybernétisation de la politique et la pénétration de l’Internet dans la gouvernance des États, les gouvernants font de plus en plus d’efforts de transparence, parce qu’ils savent que grâce au Net, la médiocrité politique de leur gouvernance peut être publiée, mondialisée et dénoncée. Par conséquent, tout régime qui refuse ou limite l’accès des citoyens à l’Internet se dénonce comme politiquement opaque et suspect de violation des droits de l’homme.
Bien plus, le fait que le caractère transfrontalier des messages électroniques et des informations qu’ils véhiculent permette de réaliser ce que Serge Latouche appelle une « démocratie sans frontière », contribue à mondialiser la démocratie, sans qu’on ait suffisamment de raison de craindre l’institution d’une cybercratie, surtout si les citoyens du monde se résolvent à instrumentaliser cette précieuse technologie de l’information de la communication dans le sens de l’appropriation d’un monde dont personne n’est, à proprement parler, le propriétaire exclusif.
Pour une meilleure instrumentalisation politique de l’Internet, il faut d’abord procéder à une démocratisation de cette technologie. Une fois démocratisée, c’est-à-dire appropriée par le peuple, celui-ci pourra savoir l’instrumentaliser, de manière à éviter le conditionnement cybernétique qui, selon Paul Virilio, met en péril la liberté humaine. Outre le fait qu’il dénonce l’uniformisation du temps par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, temps qu’elles réduisent anormalement au temps mondial, c’est-à-dire au temps universel de l’astronomie, au point de faire l’impasse sur la particularité du temps historique ou du temps local (celui de tel ou tel territoire déterminé), Virilio affirme que « Les nouvelles technologies sont des technologies de la cybernétique. Les nouvelles technologies de l’information sont des technologies de la mise en réseaux des relations et de l’information et, en tant que telles, elles véhiculent bien évidemment la perspective d’une humanité unie, mais aussi d’une humanité réduite à une uniformité » (1996 : 12-13).
Les atouts que l’Internet présente aux plans social et politique, sont également vérifiables au plan économique.
Internet et économie
La cybernétisation de l’économie n’a pas seulement enrichi notre langage de concepts nouveaux, dont la pertinence est telle qu’on puisse aujourd’hui parler de monnaie, de banque ou de commerce électroniques, de marché virtuel sans que ces concepts soient vides de sens. Si ces concepts sont pourvus de sens financier ou économique, c’est parce qu’ils se réfèrent effectivement à des pratiques qui sont devenues très usuelles.
La cybernétisation de l’économie prouve son efficacité à travers l’importance remarquée du niveau de l’adoption et de l’exploitation de l’Internet par les entreprises de toutes les tailles. L’exploitation par les divers acteurs économiques des possibilités interactives que cette technologie, a un réel impact sur les dynamiques économiques, déjà remarquable à travers l’heureuse interlocution électronique que l’Internet rend désormais possible entre ceux qui, sans avoir forcément besoin de se connaître physiquement, peuvent contracter des rapports de partenariat économique. Les multiples possibilités d’emploi qu’il donne aux internautes de tous les coins du monde, prouvent que l’Internet comporte un grand intérêt économique.
Le fait qu’il transforme les marchés particuliers et atomisés dans la réalité économique classique, en diverses modalités historiques du marché global dont la promotion des produits bénéficie de son très grand pouvoir de diffusion, ajoute à cet intérêt économique déjà considérable.
La mise à la disposition des vendeurs aussi bien que des consommateurs, d’une très grande banque informationnelle, grâce à ses plates-formes d’échanges (multised markets) (par exemple eBay, Amazon, Fnac, alapage) ou aux sites de référencement et de comparaison des prix soit des marchandises (Kelkoo, Autobytel), accroît la possibilité qu’a l’internaute de n’importe quel coin reculé du monde de faire librement son shopping en ligne ou d’explorer, dans un cybercafé ou à domicile, à travers l’écran de son ordinateur, les vastes comptoirs d’un marché global.
Les multiples relations interactives que les différents partenaires et agents économiques peuvent nouer grâce aux plates-formes marchandes de l’Internet, font de cette technologie un précieux instrument de développement économique : eBay donne par exemple à l’acheteur et au vendeur la possibilité d’évaluer la qualité de la transaction électronique autour de laquelle ils ont noué un rapport commercial et de faire des recommandations dans le sens de son amélioration ; Epinion permet aux consommateurs de donner leur appréciation sur la qualité du produit qu’ils ont testé ou consommé ; Elance permet de recommander ou non une entreprise de sous-traitance à un grand groupe industriel ; Citysearch permet aux internautes de localiser les bars, les restaurants ou les hôtels dans une ville.
L’interactivité qu’il rend possible dans les relations entre des personnes ou des groupes de personnes pouvant être des partenaires économiques réels ou éventuels, a donc un impact décisif sur le développement économique du monde. Il y a, dans cette cybernétisation de l’économie, comme l’automatisation de celle-ci : une telle automatisation réside dans le fait que le rapport des acteurs économiques s’opère électroniquement par l’exploitation de la banque informationnelle des différents sites et des diverses plates-formes. L’avantage qu’offre cette automatisation dont s’accompagne la cybernétisation de l’économie, est que les acteurs qui y sont impliqués tirent profit du plaisir et de l’extrême aisance avec lesquels ils peuvent désormais, grâce à la magie de l’Internet, se rapporter au marché et à ses divers acteurs, sans qu’ils doivent se donner la peine de se déplacer dans la réalité.
Les attentes des vendeurs et des acheteurs seraient parfaitement comblées par l’économie virtuelle, si celle-ci n’était pas souvent fréquentée par des maniaques de l’arnaque électronique, qui profitent des vides juridiques qui existent encore dans certains pays du monde sur la cyberdélinquance et la cybercriminalité pour abuser de la confiance des internautes et leur extorquer de l’argent. En plus de ce problème de sécurité, l’extrême richesse de la banque informationnelle des plates-formes marchandes est parfois un handicap pour l’agent économique qui doit choisir des produits lorsqu’il fait le shopping électronique.
Conclusion
Vous l’aurez remarqué par vous-mêmes. Dans le cadre de cette réflexion, il n’était pas question de l’épistémologie de l’Internet. Une telle épistémologie nous aurait obligé à intégrer notre réflexion dans la vaste dynamique réflexive qui porte sur l’intelligence artificielle. Nous avons montré que l’Internet peut, à travers les communautés virtuelles qui s’y crée, au moyen par exemple du Chat, le Meetic (une plate-forme de rencontres), des Jhoos, de Messenger, des Facebook et des forums de discussions, consolider le lien social. Nous avons aussi établi que l’Internet comporte un intérêt politique et peut aider à la promotion ou au renforcement de la démocratie participative, parce qu’il permet de réduire la distance critique qui existe, dans la démocratie représentative, entre les citoyens et leurs représentants d’une part, les citoyens et les dirigeants d’autre part. Parce qu’il rend possible l’interactivité politique entre les dirigeants et les dirigés, l’Internet peut être instrumentalisé dans le sens de la correction de la médiocrité politique de la gouvernance. Il comporte enfin un intérêt économique, dans la mesure où il facilite l’accès au marché global. Grâce aux plates-formes marchandes, l’Internet à la disposition des acteurs économiques une banque informationnelle susceptible d’être exploitée par eux dans le sens d’une meilleure production des richesses.
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Par la loi du 28 mars 2003, le vote électronique est autorisé pour les Français établis hors de France dans le cadre de l’élection des représentants au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger. Le décret du 13 mars fixe notamment les formalités à accomplir pour voter par correspondance électronique, les modalités des traitements et l’organisation du bureau du vote par voie électronique.
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