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Devenue depuis un certain temps, du moins au Cameroun, l’objet d’une pomme de discorde politique que l’opposition et le parti au pouvoir s’accordent pourtant à croquer à pleines dents, l’élection doit donner la preuve de son utilité, surtout qu’elle grève le budget de l’État. Elle doit produire ses lettres de créance politique si elle ne tient plus à être négativement sollicitée par ceux qui collaborent plus ou moins fanatiquement à son boycott. Mais avant de savoir si elle sert à quelque chose, il importe de dire préalablement ce qu’elle est en réalité.
En réalité, l’élection, c’est quoi ?
C’est l’expression d’une préférence qui se matérialise à travers le choix qu’opère un citoyen pour telle ou telle chapelle politique à partir de la qualité de son offre idéologique ou de son projet de société. Élire, c’est effectivement choisir, c’est-à-dire exprimer librement sa volonté devant plusieurs possibilités idéologiques. Une volonté déterminée, oblitérée ou corrompue est celle qui a perdu sa capacité à élire du fait des nécessités auxquelles elle s’est, pour telle ou telle raison, subordonnée.
L’élu est, par conséquent, celui qui a été choisi par des citoyens au terme de leur évaluation de la qualité des offres idéologiques concurrentes. On peut donc remarquer que l’élection suppose principalement trois choses :
Même lorsque ces trois principales conditions sont réunies, la réponse à la question posée continue d’être attendue. Autrement dit, on ne répond pas à la question liée à l’utilité de l’élection en se contentant de définir ses conditions de possibilité.
L’utilité de l’élection
Si nous devons, au Cameroun, recourir, dimanche le 09 février 2020, à l’élection des Maires et des Députés, c’est parce qu’il n’est pas heureux que nous laissions cette belle opportunité politique à la discrétion du hasard, des dieux ou de Dieu. Par rapport à l’appropriation par nous de la dynamique politique du Cameroun, nous ne pouvons pas nous permettre de tirer au sort les noms de ceux qui doivent nous représenter soit à l’exécutif communal, soit à l’Assemblée nationale. En cédant au sort, aux dieux ou à Dieu un droit qui est en réalité incessible, c’est-à-dire le pouvoir de décider du sens à donner à notre pays, nous renonçons lâchement et de façon fort irresponsable à notre devoir de citoyens.
Lorsque nous nous rendons compte, à la suite de Hobbes, de Locke, de Spinoza, de Rousseau, pour ne citer que ceux-là, que l’appropriation des affaires de la cité n’incombe ni à dame Fortune, ni aux dieux, ni à Dieu, nous comprenons très vite que les citoyens ne peuvent effectivement actualiser leur citoyenneté qu’en choisissant eux-mêmes ceux qui doivent soit diriger tel ou tel exécutif communal de leur pays, soit les représenter valablement à l’Assemblée nationale.
L’élection a certes toutes les apparences d’un jeu. Mais son aspect ludique ne peut pas occulter ses enjeux politiques. En nous interdisant de jouer ce jeu, nous renonçons à notre droit de citoyens et évitons d’assumer notre devoir civique au profit de dame Fortune, des dieux ou Dieu.
Prof. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)