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On dit qu’une dynamique est pervertie, lorsque sa contre-productivité est avérée. C’est effectivement le cas, lorsqu’elle produit des effets évidemment opposés à la finalité à laquelle elle se destinait. Les économistes, dans la démographie desquels se recrutent de plus en plus des oracles qui rivalisent de compétence prophétique funèbre avec Jonas et Ézéchiel réunis, disent qu’un investissement produit un effet financier pervers lorsque la rentabilité à laquelle elle était subordonnée fait plutôt place nette à sa contre-finalité.
La démocratie camerounaise se pervertit, remarquons-le, dans la mesure où elle fait paradoxalement prospérer le dogmatisme là où on devrait plutôt avoir l’expérience de saines discussions ayant pour perspective la construction d’un véritable espace public. Ce dogmatisme dont les réseaux sociaux sont idéologiquement les fabriques, nourrit un sentiment d’intolérance tout à fait néfaste à la démocratie.
Le devoir de se réapproprier les valeurs dont la démocratie est politiquement chargée, et qui sont propices à la tolérance de la différence et à un vivre ensemble juste et pacifique, incombe à chaque Camerounais qui tient à ce que l’expression de son humanité et de sa citoyenneté ne soit pas, sous de fallacieux prétextes, étouffée par celle d’un autre Camerounais. Tolérer la différence propice à la réalisation d’un vivre ensemble juste et pacifique, tout en évitant le babélisme, est le devoir qui nous incombe, si nous voulons vraiment contribuer à la transmutation du Cameroun en un véritable espace républicain.
Lucien AYISSI
Philosophe