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Cette question fait suite à celle que s’est posée Monseigneur Samuel Kleda. « Qui tue les Camerounais ? » est effectivement la formulation de la question de cet évêque. Monseigneur Kleda s’est interrogé, le 30 janvier 2023, sur l’identité du « qui », non pas en tant que référence grammaticale, mais plutôt en tant qu’agent/acteur qui se dissimule derrière ce pronom relatif pour semer l’horreur en répandant la mort parmi les autres Camerounais.
À l’analyse, ce pronom relatif a nécessairement un référent qui doit être précisément identifié, car comme tel, il renvoie à un identifiant, dans le cas d’un serial killer, ou à des identifiants, dans le cas d’un syndicat du crime dont les membres travaillent méthodiquement en bande bien organisée.
Si Mgr Kleda s’interroge sur l’identité du « qui », c’est parce que celui ou ceux qui se cachent derrière ce pronom relatif ne sont pas suffisamment cohérents pour faire prospérer leur cynisme. Si l’expression de leur cynisme était cohérente, ceux qui se servent du paravent grammatical du « qui » faciliteraient la tâche aux enquêteurs en revendiquant publiquement leurs œuvres macabres.
À la question posée par Mgr Samuel Kleda, les réseaux sociaux qui sont constamment animés par des mythomanes à l’imagination aussi fertile qu’éruptive, répondent spontanément en désignant, sans la moindre prudence méthodologique, des coupables et en prononçant péremptoirement de lourdes sentences à leur encontre. À partir des prétendus aveux d’un agent secret étrangement très peu discret, la doxa impose la nécessité de sa pression sur le jugement des Camerounais trop gonflés de colère et assoiffés de vengeance pour attendre l’issue des enquêtes prescrites, d’après ce que nous avons appris, par le président de la République du Cameroun.
La question que nous nous posons en emboîtant, en quelque sorte, le pas à Mgr Kleda, est motivée par la récurrence du crime au Cameroun. Nous pensons, par exemple, à certains crimes non encore élucidés. Comme si l’histoire éprouvait un malin plaisir à les inscrire dans le répertoire des non-lieux, ces crimes sont restés impunis en dépit des enquêtes qui furent instruites pour en identifier les auteurs. En effet, il s’agit bien de l’assassinat de l’Abbé Joseph Mbassi en 1988, de Maître Ngongo Ottou en 1988, du Père Antony Fontegh en 1990, de Monseigneur Yves Plumey en 1991, des religieuses de Djoum en 1992, du professeur Engelbert Mveng en 1995, de Mgr Benoît Bala en 2017. L’assassinat de Martinez Zogo et celui du Révérend Père Jean-Jacques Ola Bébé en 2023 viennent ajouter à l’inquiétude dont la question posée est tout à fait chargée. Si le traitement des crimes sus cités, tout comme ceux qui ont été engloutis dans les failles de la mémoire collective, avait bénéficié de la même célérité que celui dont Martinez Zogo a été victime, le Cameroun ne serait pas aussi tristement célèbre qu’il l’est aujourd’hui.
Parce que le Cameroun continue d’être maculé de sang et encombré de cadavres, Fridolin Nké a perdu son discernement et rejoint la brousse, son véritable biotope qu’il n’aurait jamais dû déserter pour faire sauvagement irruption dans la Cité avec ses mœurs de silvaticus.
Personne ne peut pertinemment blâmer ce monsieur de craindre pour sa vie. Il a tout à fait raison de la sécuriser contre l’expression de la volonté meurtrière de ceux qui s’organisent, selon ses propos, à le réduire au silence pour des raisons qui sont certainement inavouables.
Mais pour avoir fait preuve de poltronnerie après avoir affirmé, avec beaucoup de jactance et en mondovision, qu’il ne redoute pas la mort, l’attitude de Fridolin Nké relève d’une logique dont la pertinence est à établir. Pour avoir appelé au secours ceux qu’il a coutume d’abreuver d’insultes, sauf si ceux dont il a sollicité, de façon tout à fait pitoyable, la protection en cherchant refuge chez les hiboux, les guenons et les macaques sont, en même temps, ceux au service desquels est ce tigre en papier, ce monsieur qui a constamment des conflits avec son système nerveux dont l’équilibre est, pour cette raison, fort instable, prouve que la cohérence a du mal à trouver un tant soit peu de place dans un contexte aussi ensauvagé que le nôtre. Au service de qui ce prétendu « expert en discernement », qui entretient des rapports fort ambigus avec le régime politique qu’il prétend combattre, va-t-il désormais se mettre dans cette forêt où il a trouvé refuge, quand on sait qu’il a toujours été « l’homme d’un autre homme » ? (cette expression est de Marc Bloch)
Étant donné que sont déjà interpellés certains de ceux dont la présomption d’innocence n’est pas aliénée du fait qu’on les suspecte d’avoir sauvagement ôté la vie à un être humain, au motif qu’il portait atteinte à leur dignité et transgressait cyniquement les normes de l’éthique et de la déontologie qui régissent son métier, nous osons espérer que le pouvoir s’est enfin résolu à mettre un terme à la dynamique zoologique des animaux aussi sauvages que féroces qui investissent de plus en plus le Cameroun soit en tant que prédateurs, lorsqu’ils pillent les caisses de l’État, soit en tant que meurtriers, lorsqu’ils soustraient violemment à la vie et à l’existence les individus qu’il leur plaît de sortir de la démographie des vivants.
Lucien AYISSI
Philosophe