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‘‘Bring back our girls’’, telle est la formule incantatoire que récitent en chœur, depuis le Nigéria jusqu’aux États-Unis, tous ceux qui condamnent, avec raison, le rapt des jeunes filles perpétré dans un lycée nigérian par la secte islamiste, Boko Haram.
Mais comment peut-on croire que ceux qui ont enlevé, sans droit ni qualité, 234 filles d’autrui et brûlé un établissement scolaire seront si sensibles à un message à eux adressé dans une langue occidentale qu’ils rendront, après l’avoir lu, des filles qu’ils destinent à d’autres fins ?
Comment peut-on se figurer que des brutes qui affectionnent la violence et prennent l’obscurantisme pour point d’Archimède idéologique, peuvent, malgré tout, se montrer sensibles à la détresse des parents et raisonnables au point de déférer finalement à la volonté de tous ceux qui condamnent leur crime ?
Cette formule incantatoire a certes pour fonction de mobiliser l’opinion internationale contre ces sortes d’abus. Mais affecter à l’incantation l’efficacité qu’elle ne saurait jamais avoir, c’est recourir à la magie là où il est plutôt question d’agir de telle sorte que les jeunes filles kidnappées soient libérées dans les meilleurs délais, et que la récidive de cet acte n’ait plus jamais lieu dans le monde. Espérer que le Dieu d’Abraham, d’Ismaël, d’Isaac et de Jacob va opérer un miracle en faveur des filles kidnappées, c’est avouer son impuissance face à un problème de sécurité que la première puissance économique de l’Afrique ne parvient paradoxalement pas à résoudre par la nécessité de ses propres capacités politiques.
La communauté internationale qui excelle dans l’art de mettre le monde en forme a ici l’occasion de donner, encore une fois de plus, la preuve de sa puissance en collaborant à la rapide libération des filles kidnappées par les brutes armées de Boko Haram.
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)