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En faisant comparaître au pied de sa grandeur les présidents Goodluck Jonathan, Paul Biya, Idriss Deby, Mahamadou Issoufou et Yayi Boni, pour résoudre les problèmes de sécurité que pose Boko Haram, François Hollande n’a pas seulement fait montre de l’arrogance jupitérienne qui caractérise habituellement la France dans son rapport à l’Afrique. Il a, par le fait même, laissé croire que la France a les solutions liées aux problèmes que suscite, depuis un certain nombre d’années déjà, une secte islamiste aussi obscurantiste que violente.
Avant de proposer ou d’imposer des solutions en termes de mutualisation des efforts ou de coordination du renseignement dans le sens de la systématisation de la traque de Boko Haram, François Hollande doit se rappeler que les problèmes de sécurité et de stabilité que pose Boko Haram aux pays dont il a récemment convoqué les chefs d’États sont, en grande partie, le fait ou même la faute d’un certain Nicolas Sarkozy, ex-président français, qui a lâchement fait assassiner, pour des raisons inavouées, le colonel Kadhafi de Libye. La circulation des armes lourdes, qui profite, à la faveur de la porosité des frontières et surtout de la corruption et des collusions diverses, aux brutes extrêmement violentes de Boko Haram, se comprend donc comme la conséquence de l’ambiguïté qui régit le rapport des Français en particulier et des Occidentaux en général au djihadisme. Car, tout en donnant l’impression de le combattre, ils ne ratent jamais l’occasion de l’instrumentaliser à des fins de déstabilisation politique des États. Pour résoudre efficacement les problèmes de sécurité que pose Boko Haram, ne faut-il pas aussi inscrire dans le répertoire des bonnes intentions, la condamnation des bailleurs de fonds des djihadistes – qui sont, comme par hasard, les amis de la France – et ceux qui les arment et les instrumentalisent, notamment en Syrie, pour contenter leurs appétits politiques et économiques ?
Si les forces de sécurité des pays concernés doivent donner la preuve d’être plus intelligentes que la bande de brutes armées de Boko Haram, les États auxquels ce dernier impose la nécessité de sa sauvagerie doivent surtout s’organiser de telle sorte que les renseignements coordonnés par eux ne soient pas détournés à d’autres fins par ceux qui se plaisent à dealer avec les djihadistes pour réaliser des objectifs pouvant être tout à fait en contradiction avec ceux que le Nigéria, le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Bénin ont en vue.
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)