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« Pala Pala », cette chanson qui fait musicalement recette non seulement au Cameroun, mais aussi en Côte d’Ivoire et au Gabon est celle d’une Camerounaise appelée Mani Bella. Si l’aspect thématique de cette chanson donne l’impression d’être varié, parce que son auteur y présente l’amour tel qu’il peut être envoûtant, envahissant et invalidant, en même temps qu’il y exprime le sentiment de révolte dû aux conséquences d’un amour authentique, mais inutile et nuisible, cette apparence de diversité thématique se dissipe lorsqu’on rapporte la dimension esthétique de son opus à son éthique du refus. Cette éthique du refus qui est motivée par les déceptions dont s’accompagne l’amour authentique se fonde sur le rejet du principe de gratuité qui régissait jusque-là son offre aphrodisiaque. Aussi se résout-elle désormais à mettre un terme à un amour dont la générosité est effectivement dépourvue de tout intérêt. Ce qu’elle refuse précisément, c’est ce dont son amour était naguère chargé et qu’elle répertorie avec force détails au moyen d’une sémantique dont l’obscénité est finalisée sur l’hyperbolisation de sa révolte. Sont par exemple « finis », d’après elle, le ndjo, l’akap zud, etc. Ce qu’il y a également lieu de comprendre, c’est que l’éthique du refus de Mani Bella, remarquable par le fait qu’elle frappe du sceau du véto le ndjo ou l’akap zud, correspond réellement à l’éthique marchande qui gouverne la mondialisation actuelle. En substituant au principe de gratuité le principe d’utilité, Mani Bella ne s’affirme pas seulement comme une idéaliste révoltée. Elle se dévoile aussi et surtout comme une personne déterminée à adapter son sentir et son agir aux nécessités de l’histoire et à instrumentaliser son corps de manière à pouvoir relever, avec bonheur, les multiples défis des impératifs de l’actuel ordre mondial d’exploitation économique et de domination politique. L’éthique du refus de Mani Bella s’inscrit donc, à proprement parler, dans le vaste procès de marchandisation globale qui ne laisse ni au ndjo ni à l’akap zud la moindre de chance de prospérer.
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)