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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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Les jeux, l'Académie et l'Education

Comment pouvoir articuler, avec bonheur, ces trois concepts, quand on sait que les jeux, qui relèvent de la sphère ludique, donc du divertissement au sens pascalien, ne semblent pas trouver dans les sphères académique et pédagogique, l’espace approprié à leur bon déploiement ? Quelle pertinence logique le concept de jeux universitaires peut-il revêtir lorsqu’on sait que l’Université est moins un espace ludique qu’un cadre académique régi par une pédagogie dont la particularité vient de la très grande noblesse de ses perspectives scientifiques, technologiques, économiques et éthico-politiques ? Suivant cette problématique, les jeux apparaissent comme ce qui ne peut être organisé à l’Université que lorsqu’on prend la sphère académique pour la sphère ludique. Cette confusion de sphères a nécessairement lieu quand on perd de vue la différence sur le mode de laquelle se rapportent les téléologies premières des jeux, de l’Académie et de l’éducation.

I-Les jeux, l’Académie et l’Education dans l’ordre de la spécificité téléologique

On joue d’abord pour se divertir, c’est-à-dire pour rompre avec la monotonie d’une vie et d’une existence que les contraintes historiques se chargent de rendre considérablement déplaisantes. Le jeu apparaît, dans ce cas, comme l’investissement de soi dans le procès d’accroissement des plaisirs dans un temps d’adversité qui a coutume de soumettre la vie et l’existence au principe de restriction, comme s’il tenait à les placer cyniquement sous la régie inhumaine de la frustration. Ce n’est pas évidemment la téléologie à laquelle se subordonnent l’Académie et l’éducation, car on ne s’inscrit pas à l’Université parce qu’on veut rompre avec la monotonie de la vie et de l’existence. Celui qui prendrait les études universitaires pour des occasions de chasser l’ennui serait très vite amené à revoir ses calculs d’hédoniste, compte tenu du caractère particulièrement astreignant de la formation universitaire. Les multiples éruptions cérébrales qu’elle impose à ceux qui la sollicitent montrent que la formation universitaire n’est pas du tout une partie de plaisir. Il en est de même des pressions coercitives dont s’accompagne nécessairement l’éducation. Lorsqu’on prend ce concept dans son acception étymologique, on s’aperçoit aisément qu’il correspond à ce qu’on pourrait appeler la gouvernance des âmes ou des esprits, si tant est qu’éduquer signifie d’abord guider, conduire. Dans ce cas, il va sans dire que l’éducation met en relation deux figures dans une scène où le sérieux ne permet pas au jeu d’y faire irruption. Guider un jeune, de manière à faire de lui un authentique être humain, revient, comme le dit Emmanuel Kant dans le Traité de pédagogie, à le sortir de l’animalité. Comme entreprise de désensauvagement, donc d’humanisation de l’individu, l’éducation apparaît évidemment comme quelque chose dont le sérieux est incompatible avec les distractions caractéristiques des activités ludiques, quelque importante que soit la possibilité qu’elles ont de démultiplier le plaisir de vivre ou d’accroître la joie d’exister dans ce monde de plus en plus difficile. Comme on peut le remarquer, si l’approche définitionnelle nous aide à distinguer le ludique du sérieux, tel que celui-ci peut s’incarner dans l’académique et le pédagogique, son défaut est d’accentuer tellement leurs différences qu’on perd de vue la dialectique qui sous-tend réellement leurs rapports. La prise en compte de cette dialectique sur le mode de laquelle se rapportent effectivement le jeu et le sérieux, permet de se rendre compte que le ludique n’est pas tout à fait ce qui souffre d’une sévère crise du sérieux, eu égard aux atouts sociopolitiques, éthiques et pédagogiques qu’il comporte, lesquels rendent possible sa rencontre avec le sérieux.

II-La dialectique du jeu et du sérieux dans le rapport du ludique à l’académique et au pédagogique

C’est vrai que l’académique se présente comme le cadre où se joue un jeu de langage autre que celui du divertissement, tant il ne renvoie pas d’emblée au ludique dont la fin capitale est l’hédonique, dans ses dimensions digestives, festives et aphrodisiaques. L’académique est certes le lieu par excellence de la formation de haut niveau, de la recherche et de l’appui au développement à travers l’instrumentalisation d’une pédagogie spécifique. Mais lorsqu’on donne au ludique un meilleur sens, donc une heureuse vection, cela dissipe le sentiment qu’il fait malheureusement irruption dans l’académique et l’éducation pour en aliéner le sérieux. C’est le cas lorsque le ludique donne à l’esprit des étudiants et des enseignants de précieuses occasions de se récréer pour mieux se recréer. En tant que moment de rupture dialectique avec le sérieux de l’académique et du pédagogique, le ludique apparaît comme cette halte indispensable et salutaire au corps et à la pensée dont l’investissement dans la formation, la recherche et l’appui au développement est si contraignant qu’il importe de les ménager sous peine de se surmener. En éduquant, à travers l’exercice sportif, les étudiants à l’éthique de cette saine émulation qui développe l’imagination, parce qu’elle permet d’inventer les conditions de possibilité du dépassement de soi et d’accès à la victoire, en accroissant et en entretenant en eux le sens de l’effort, l’esprit d’endurance et de compétition pour que prévale le mérite, les jeux prouvent qu’ils relèvent également du sérieux et ne sont pas des distractions sans objet. En plus de faire de l’Université un cadre pourvu d’incitations ludiques grâces auxquelles on peut se reconnecter hédoniquement à la vie, les jeux jouent une importante fonction sociopolitique, puisqu’ils contribuent à la consolidation de la trame sociale qui peut s’effilocher si on ne fait pas prospérer au moyen, par exemple des jeux universitaires, le phénomène de la fraternisation fréquente de tous les acteurs qui y prennent part. L’observance des règles du jeu affermit si bien leur surmoi qu’elle les prédispose à respecter, même en dehors de l’espace ludique, les normes qui régissent non seulement la vie sociale, mais aussi la méthode de la recherche scientifique. En s’accoutumant à observer les règles de telle ou telle activité ludique, le joueur acquiert un sens élevé de la sociabilité. En exerçant les étudiants à respecter les règles du jeu, on les éduque, par conséquent, au respect des valeurs telles que le mérite, l’effort, l’altérité, la différence et la victoire. En intégrant donc le ludique dans son cadre de déploiement, l’académique ne fait pas preuve de masochisme, car son intention n’est pas d’aliéner son sérieux. Il veut plutôt instrumentaliser astucieusement les jeux universitaires pour le faire prospérer à partir des incitations sociopolitiques, pédagogiques et éthiques que comporte réellement le ludique. Il va sans dire que le sérieux dont il s’agit ne peut vraiment prospérer que s’il est assuré d’être toujours maître du jeu.

III-Comment s’assurer que le sérieux sera toujours maître du jeu

Compte tenu du fait que le ludique joue, comme cela a déjà été dit, un important rôle social, politique, pédagogique et éthique, il n’usurpe donc pas, dans l’espace académique camerounais, la place qui lui est annuellement réservée. Mais il ne peut continuer de mériter cette place que s’il se subordonne au sérieux de l’académique et du pédagogique. Pour cela, on doit toujours assigner au ludique la fonction instrumentale qu’il est appelé à jouer aux plans sociopolitique, pédagogique et éthique. Étant donné qu’il n’est qu’un moyen destiné à d’autres fins telles que : l’assainissement de l’esprit à travers celui du corps (men sana in corpore sano ), la gestion de l’adversité qui s’accompagne de l’esprit de tolérance, le sens de l’équipe ou du collectif qui permet de prendre la mesure des limites constitutionnelles de l’individu, l’intérêt commun auquel se subordonne la collaboration, les jeux prouvent qu’ils ont droit de cité dans l’Académie parce qu’ils ne sont pas une entrave à la formation de haut niveau et à l’éducation des jeunes aux valeurs cardinales. Ils perdraient cependant toute leur pertinence et leur sens s’ils se substantialisaient. Ce serait malheureusement le cas s’ils venaient, par hasard, à imposer la nécessité de leur dimension ludique à l’académique et au pédagogique, de manière à en aliéner le sérieux. Le sérieux cesserait d’être maître du jeu s’il arrivait qu’on prenne le ludique pour une fin en soi.

Conclusion

Le ludique n’est donc pas nécessairement l’envers du sérieux. Les jeux universitaires gardent tout leur sérieux, compte tenu des atouts dont ils sont réellement chargés. En suscitant, pour qu’il soit entretenu dans le temps et dans l’espace, comme c’est le cas de ceux de la XVIIIe édition, un sursaut patriotique pour la croissance et l’intégrité nationale, en éduquant les étudiants à la tolérance de la différence, en suscitant et en développant en eux la passion de triompher des difficultés de l’existence ou en les exerçant à expulser la violence à travers l’effort à déployer, les jeux universitaires jouent une fonction éducative si remarquable que leur caractère ludique ne peut compromettre le sérieux de l’académique et du pédagogique que si on les instrumentale à d’autres fins.

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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M
Bonjour très cher professeur, c'est un réel et immense plaisir de savoir qu'à travers vos nombreuses publications qui sont non seulement croustillantes sur le plan esthétique mais aussi et surtout sémantiques et instructives sur le plan philosophique, j'en viens à aiguiser mon esprit ou du moins à rendre vives mes pensées. Merci très cher professeur.
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N
bonjour professeur.C'est toujours passionnant de vous lire.vous nous galvaniser en nous rappelant que notre bon sens doit être vigilent pour scruter tous les événements auxquels nous faisons face au quotidien. Preuve que le philosophe est celui qui ne dort jamais.CONGRATULATION.
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N
bonjour professeur.C'est toujours passionnant de vous lire.vous nous galvaniser en nous rappelant que notre bon sens doit être vigilent pour scruter tous les événements auxquels nous faisons face au quotidien. Preuve que le philosophe est celui qui ne dort jamais.CONGRATULATION.
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L
Cher Ngapout, merci beaucoup. Qu'êtes-vous devenu? A bientôt.