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Relativement à son titre, L'école, gage du développement de l'Afrique, le lecteur peut se poser la question de savoir si son auteur ne défonce pas des portes déjà ouvertes par d’autres. Mais, ce serait préjuger du contenu de cet ouvrage que d’opiner sur sa pertinence à partir d’un titre qui peut laisser croire que son auteur procède au ravaudage du déjà lu.
Si cet ouvrage évite les lieux communs et ne s’inscrit pas dans le budget du déjà lu, c’est parce que son auteur revisite intelligemment la problématique de l’émergence et même du développement de l’Afrique subsaharienne relativement à la nécessité de repenser le système scolaire et académique qui y est en vigueur.
Dès l’Avant-propos de son ouvrage, Monsieur Laurent Zénith affiche la modestie de son ambition : il n’a pas le complexe des thaumaturges ni des dieux de proximité. Aussi ne promet-il pas de proposer des solutions-miracles dans cet ouvrage (p. 11). S’il dénonce les tares d’un système de formation à décoloniser parce qu’il est extraverti et aliénant, il ne fait pas montre de l’arrogance que les directeurs de conscience et les donneurs de leçons ont en partage. En prenant un solide appui sur la bureaucratie pour persévérer dans son être, le système scolaire et académique en vigueur dans l’Afrique subsaharienne appauvrit l’éducation non seulement en la fonctionnarisant et en l’inscrivant dans les chaînes de servitude d’un mandarinat tout à fait contre-productif, mais aussi en désarticulant le savoir du savoir-faire.
Le système de formation encore en vigueur dans l’Afrique subsaharienne est, selon Monsieur Laurent Zénith, considérablement en demande de soins thérapeutiques. Mais la thérapie, même par des soins palliatifs que propose l’auteur de cet ouvrage ne peut prospérer que si elle se fonde sur un diagnostic précis. C’est la tâche à laquelle il s’attèle dans cet ouvrage, après avoir souligné que l’école est un facteur de libération et d’émergence ou de développement. C’est surtout dans une métaphore à la fois architecturale et mécanique que Monsieur Laurent Zénith montre l’importance de l’école dans la résolution des problèmes d’émergence et de développement : c’est pour cette raison qu’il présente l’école à la fois comme la fondation de la société et ce dont la machine sociale a nécessairement besoin pour que sa dynamique soit assurée dans le temps (p. 14). Toutefois, l’école qui est censée réaliser notre aspiration à l’émergence et au développement existe, dans l’Afrique subsaharienne, dans le paradoxe.
Le paradoxe du système scolaire et académique en vigueur dans l’Afrique subsaharienne
Ce paradoxe consiste, pour l’école qui est censée émanciper les peuples et développer les États, à entraver à l’émergence et le développement de l’Afrique subsaharienne, dans la mesure où le système scolaire et académique concerné est pathologiquement affecté par des maux qui sont le fait des enseignants (chapitre 3, pp. 72-84), des parents et des apprenants, quand ils ne sont pas inhérents à un système scolaires et académique qui n’est pas seulemen sollicité par ceux qui n’ont pas la vocation d’enseignants, mais qui est aussi investi par des promoteurs beaucoup plus motivés par la rentabilité que par la formation (p. 88).
La tendance des enseignants à l’autoglorification, remarquable par le besoin d’impressionner les apprenants, au risque d’écraser, au sens informatique, le devoir de les former, la mystification du savoir qui fait prospérer dans nos écoles l’esprit magique en lieu et place de l’esprit scientifique sont, en plus du fait qu’on soit enclin à transformer l’évaluation en valeur marchande ou aphrodisiaque (il parle des « notes sexuellement transmissibles », pp. 45-51), certains des maux qui minent notre système scolaire et académique.
Si Monsieur Laurent Zénith sollicite les enseignants généralement coupables, à ses yeux, de ne pas faire de l’école un « cadre de formation théorique et pratique » (p. 29) et dont la démographie est de plus en plus « envahi par des brebis galeuses » (pp. 79-84), il ne ménage pas non plus les parents d’élèves ou d’étudiants (chapitre 2, pp. 54-70).
Lorsque les parents d’élèves ou d’étudiants n’oublient pas qu’ils sont des acteurs majeurs du développement de leur pays, ils prennent une part souvent très active dans la mercantilisation des offres pédagogiques et académiques. En plus de l’esprit marchand qu’ils font ainsi prospérer et qui finit par imposer sa nécessité dans un système devant pourtant exister en marge des contraintes économiques, les parents se substituent souvent, sans aucune compétence, aux conseillers d’Orientation parce qu’ils veulent fabriquer à leur progéniture le destin qui correspond à leurs propres volonté de puissance. La conséquence de tout cela est la crise du mérite et de la performativité indispensable à la correction du sous-développement des États d’Afrique subsaharienne.
En plus du fait que les apprenants n’ont pas souvent le sens de la détermination et ne vouent pas toujours un culte au travail (pp. 38-44), le système scolaire et académique d’Afrique subsaharienne est en soi défectueux parce qu’il consacre le diplôme au détriment de la performativité. Ce système qui ne valorise pas les disciplines qu’on a tort de considérer comme mineures (dessin, musique, danse, beaux-arts) est structuré de telle sorte que l’apprenant ne puisse pas se prendre convenablement en charge dans l’histoire. Le fait que notre système scolaire et académique soit la sphère d’intervention des administrateurs et des politiques, notamment dans la détermination du pourcentage de réussite aux examens (pp. 99-104), le « recrutement des incapables » (pp.104-110) ou le recours au principe de l’équilibre régional qui compromet la formation et favorise les médiocres (113-120), n’est pas de nature à le performer de manière à ce qu’il forme l’Africain capable de relever efficacement les défis liés au problème du développement qui se pose à notre continent.
Si Monsieur Laurent Zénith est très critique à envers le système scolaire et académique encore en vigueur dans l’Afrique subsaharienne, il ne désespère pas que les maux qui minent ce système soient rectifiables. Il est convaincu qu’il est perfectible. C’est pour cette raison qu’il propose modestement à son lecteur certaines solutions.
Les solutions
Ces solutions vont de la valorisation des compétences pratiques, celles qu’on trouve par exemple chez les techniciens et les ingénieurs (pp. 125-133) à la promotion des talents (pp. 136-142). Parce que l’Afrique est l’avenir du monde, il importe, d’après lui, qu’un accent particulier soit mis dans l’amélioration de la qualité de sa jeunesse (cette « pépinière négligée » (pp. 143-144). Étant donné que le domaine académique est la « fabrique des hommes potentiellement et réellement prêts pour la réalisation du développement, il est plus qu’impératif de polir ce moule en Afrique » (p. 146). « Sous l’angle informatique, poursuit-il, l’on dira que l’éducation est un logiciel, système qui formate et programme l’ordinateur qu’est la société. Alors, tous les acteurs du domaine scolaire et académique que sont : les élèves/étudiants, les parents, les enseignants, les dirigeants, les administrateurs du secteur scolaire et académique, les élites, la société civile en général et bien entendu les gouvernements ne devraient ménager aucun effort pour qu’on puisse réaliser notre vœu qui est le développement du continent. » (pp. 146-147).
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)