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Parmi les chansons, plus ou moins grivoises, dont l’ambition à l’hégémonie acoustique est avérée au Cameroun, et qui sont instrumentalisées pour faire exploser l’audimat de certaines de nos chaînes de radio et de télévision, il y en a une qui brille par la volonté exprimée par elle de ravir la vedette à « Pala pala », à « Envie de wang wang wang » et à toutes celles dont le dessein est de mettre en effervescence les sens de tous ceux qui daignent les écouter.
« Laisse seulement, ça sort comme ça sort » est comme une exhortation au renoncement à l’investissement de la causalité humaine dans un cadre historique qui en aliène nécessairement la productivité. Conscient du fait que la volonté humaine ne peut pas avoir un réel impact sur la dynamique qui se déploie dans l’espace et le temps, l’auteur de « Laisse seulement, ça sort comme ça sort » sublime l’incapacité de l’homme à la marquer de l’estampille de sa subjectivité par une logique stoïcienne et fataliste évidemment régie par le principe de l’accommodement. Cette logique consiste précisément à assumer une facticité rapidement transmuée en nécessité. « Laisse seulement, ça sort comme ça sort » apparaît donc comme l’expression d’un impératif idéologique qui consacre politiquement les nécessités d’une histoire par rapport à la dynamique de laquelle l’homme perd de plus en plus son latin. Autrement dit, puisque l’homme ne peut pas librement donner le sens qu’il lui plaît à une histoire dont la dynamique est, en vérité, l’effet d’une causalité dont le déterminisme impose sa nécessité à sa volonté, il faut qu’il comprenne que ce qui lui reste à faire, c’est de laisser, suivant l’expression de Voltaire, « le monde comme il va ». Ce qui, in fine, revient tout simplement à dire : « Laisse seulement, ça sort comme ça sort ».
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)
