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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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La loi est dure, mais c’est la loi

Dura lex sed lex est la formulation latine de cette expression qui a certainement inspiré les propriétaires des manufactures de fabrication des verres pour les ménages pauvres. Cette heureuse inspiration s’est accompagnée de la production des verres de table quasi incassables, parce qu’à l’épreuve des chocs. C’est pour cette raison que ces verres quasi incassables ont été appelés Duralex.

Cette formule latine sert de pare-feu aux juristes contre toutes les stratégies intrusives du moi dans le procès de détermination du juste et de l’injuste. Si la loi ne peut être juste qu’en étant dure, elle risque de devenir injuste si elle est fragilisée par nos affects. Le droit risque, par conséquent, de cesser d’être droit, s’il arrivait à la loi d’être amollie par les considérations de nature mercantile ou affective.

Ce que veut précisément dire ce dicton, et qui va dans le sens de la préservation de la rectitude du droit, est que la loi est, tout au moins en principe, à l’épreuve des déterminations particulières. C’est son impersonnalité, gage de sa dureté, qui fait qu’elle s’exprime dans l’indifférence absolue de nos passions et de nos émotions. Elle ne saurait préserver notre humanité et notre citoyenneté des dérives zoologiques que si le ton de son discours n’est particulièrement accentué ni par ce qui nous plaît ni par ce qui nous déplaît. La loi ne peut être telle que si l’empreinte acoustique de sa voix n’est aucunement altérée par nos affects.

Mais avant de prendre la dureté pour la caractéristique essentielle de la loi, dureté dont le défaut la condamnerait à usurper son nom et sa fonction civilisatrice, nous devons d’abord nous interroger sur le fondement de cette norme à l’autorité de laquelle nous devons nous soumettre, même lorsque son expression contrarie ou contredit nos attentes, car elle peut se draper des apparences d’impersonnalité que les faits sont susceptibles de dissiper.

La loi qui condamne le plus grand nombre de personnes à la sous-humanité et à la sous-citoyenneté n’est pas seulement dure ; elle est même atroce. Elle est atroce, au sens étymologique de ce terme, puisqu’elle s’exprime sur le mode d’une cruauté noire.

Chaque fois qu’on nous rappelle ce que nous sommes censés connaître, à savoir que « la loi est dure, mais c’est la loi (dura lex sed lex) », nous devons toujours faire preuve de prudence méthodologique en cherchant préalablement à identifier le fondement de cette loi à la dureté, et parfois à l’inhumanité, de laquelle on nous demande de nous résigner, car si c’est la loi de Caligula, de Néron, de Hitler ou de leurs avatars politiques contemporains, nous sommes en droit de lui opposer une résistance à la mesure de son inhumaine dureté. Parce que la loi de Caligula, de Néron ou de Hitler se destine toujours au rabougrissement ou à l’anéantissement de ceux qui pâtissent la dureté de son mode d’expression, nous devons lui opposer une résistance de taille. Suivant la loi qui régit universellement la prédation, le prédateur ne collabore jamais à l’épanouissement de ses proies. Tant s’en faut ! Il s’organise plutôt, en vertu de cette loi, à contenter, comme il lui plaît, ses appétits gastronomiques et aphrodisiaques, dans l’oubli de la solidarité de destins qu’il a dialectiquement construite, à son insu, entre sa proie et lui, et qui le condamne à disparaître des suites de la disparition de l’être qu’il a réduit à la condition de proie. Telle est, par exemple, la bêtise de l’asticot dont la prospective est au degré zéro, puisqu’il ne prévoit jamais que la disparition du corps-hôte à la décomposition duquel il collabore activement va entraîner la sienne.

Lorsque la loi de celui qui est position de pouvoir, et qui peut être le gouvernant, le créancier, etc., s’exprime avec le cynisme de celle que les lions ou les loups appliquent atrocement à leurs proies dans la jungle animale, elle se dénonce comme inique ; elle se délégitime par le fait même. Une telle loi ne peut, dans ce cas, civiliser, avec bonheur, l’expression de nos préférences appétitives. Elle ne peut pas donner à notre agir un sens humain et citoyen, compte tenu du fait qu’elle sert les intérêts d’un individu ou d’une oligarchie.

La loi de tous ceux qui prennent le lion pour un pertinent paradigme éthique et politique est, à proprement parler, l’expression de la volonté de ceux dont le désir de vivre et d’exister est tout à fait exclusif de l’aspiration de l’altérité à vivre et à exister également et collatéralement dans un monde qui est, en principe, le domus de tous.

 

Lucien AYISSI

Philosophe

 

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