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Sur le sort du désormais défunt Martinez Zogo, les Camerounais sont, en quelques jours, passés de la formulation de l’hypothèse de son assassinat, à partir de son enlèvement, à sa commutation de cette hypothèse en thèse. Le doute que chacun d’entre eux entretenait encore, avec l’espoir que ce journaliste survivrait miraculeusement à la cruauté féroce de ses ravisseurs, s’est vite dissipé lorsqu’il a finalement été établi qu’il a effectivement été assassiné.
La tragédie qui émeut maintenant les Camerounais et qui condamne ses auteurs à la dissimulation de leur identité, ne relève pas d’un acte que ces derniers peuvent avoir la témérité de revendiquer ou de breveter. Il s’agit d’un être humain qu’ils ont assassiné. De ce fait, son assassinat ne peut qu’indigner et révolter tout être encore pétri de valeurs humaines. En recourant au quantificateur universel « tout », nous soulignons l’universalité de l’humanité dont participe un Martinez Zogo ou n’importe quelle autre personne, mais que ses bourreaux ont froidement aliénée. L’assassinat de Martinez Zogo est donc, pour cette raison, une grave atteinte à l’humanité universelle dont il a participé avant que ceux qui collaborent à la prospérité de l’horreur et au développement de la logique de la terreur dans notre pays ne s’arrogent le droit de ruiner sauvagement sa vie et de mettre un terme à son existence.
En prenant l’horreur et la logique de la terreur pour des muselières idéologiques et politiques, ceux qui ont assassiné et fait assassiner le journaliste Martinez Zogo se sont trompés de calcul, car pour étouffer efficacement l’expression de l’humanité et de la citoyenneté d’une vingtaine de millions de Camerounais, il leur faudra autant de muselières.
Persuadé, malgré tout, que nous sommes encore dans un État de droit, nous espérons que les autorités de la République feront toute la lumière sur cette tragédie et nous protègeront des effets macabres de la dynamique mafieuse dont les appétits meurtriers des promoteurs de l’horreur et des partisans de la logique de la terreur sont de plus en plus évidents.
Lucien AYISSI
Philosophe