Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.
/image%2F0995424%2F20230102%2Fob_c720f2_20180507-190521.jpg)
Que nous est-il permis d’espérer en 2023 ? Cette interrogation emprunte évidemment son aspect formulaire à l’une de celles dont Emmanuel Kant est philosophiquement l’auteur.
Kant a effectivement formulé quatre questions dont trois ont philosophiquement prospéré (‘‘Que puis-je savoir ?’’, ‘‘Que dois-je faire ?’’, ‘‘Que m’est-il permis d’espérer ?’’) pour des raisons qu’il est possible de déterminer. Pour rappel, les quatre questions philosophiques formulées par Kant sont précisément les suivantes :
Marquée par le conflit russo-ukrainien qui cache mal la confrontation russo-otanienne sur fond de contestation de l’hégémonie de l’Empire étasunien dont l’Europe occidentale est évidemment l’appendice idéologique et politique, l’année 2022 est aussi celle de la crise sino-étasunienne ponctuée par les convulsions d’une économie mondiale pathologiquement affectée par les effets de la démondialisation problématique de la Russie. À l’évidence, l’année 2022 n’a pas du tout été à la hauteur des espoirs qu’il a pourtant capitalisés des suites de la mise à mort de l’année 2021 par Chronos.
Après avoir privé cette déception de sa capacité à ruiner notre optimisme, nous croyons superstitieusement aujourd’hui que l’année 2023 corrigera les crises caractéristiques de l’année 2022 dont nous venons de célébrer cyniquement le deuil, le 31 décembre 2022. C’est cette illusion superstitieuse qui explique l’expectative, c’est-à-dire l’attente motivée par l’espoir, dans laquelle nous sommes, à l’aube de l’année 2023. Nous croyons que nos vœux qui n’ont pas été exaucés en 2022, seront comblés au cours de cette nouvelle année. Nous espérons par exemple que nos créances non soldées seront magiquement résorbées en 2023.
Mais de quelle pertinence peut être notre expectative, quand nous savons que la dynamique de Chronos n’est pas du tout conforme à notre psychologie, puisqu’elle n’est jamais tributaire de nos fantasmes ? Autrement dit, comment pouvons-nous pertinemment croire que l’année 2023 sera chargée de plus de promesses d’humanité que celles qui l’ont chronologiquement précédée quand nous savons qu’aucune année n’a jamais pu réaliser l’espoir d’une vie suffisamment prospère et heureuse ?
Il est donc fort superstitieux de croire qu’il suffit que 2022 ait été chronologiquement condamné à mourir, le 31 décembre 2022 pour que nos vies et nos existences soient désormais protégées des drames et des tragédies qui les meublaient jusque-là. Cette agréable superstition prospère surtout dans le cadre des conceptions qui prennent le temps plutôt pour une succession de moments distincts et discernables que pour une continuum d’événements qu’on ne peut disjoindre que si l’on fait l’impasse sur la praxis humaine à l’œuvre dans la confection de l’histoire. C’est en ayant une conception dialectique de l’histoire qu’on peut comprendre pourquoi on ne peut pas ne pas devoir à répondre des créances qu’on n’a pas pu solder en 2022, sous prétexte que cette année a été, le 31 décembre, phagocytée par Chronos.
Lucien AYISSI
Philosophe