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L’écologisme est, d’après moi, ce nouveau culte qu’on voue fanatiquement à une nature préalablement divinisée. Les adeptes de cette nouvelle religion ne se contentent pas d’adorer le dieu-nature ; ils criminalisent aussi l’agir de l’homme, coupable, selon eux, d’exercer sur l’environnement une pression de nature à produire l’effet de serre, à détruire la biodiversité et à perturber l’écosystème. Bref, l’agir inconsidéré de l’homme sur la nature introduirait le chaos dans le cosmos. Au moyen des évangiles verts, les apôtres de l’écologisme qui répandent la bonne nouvelle écologique à travers le monde, cherchent également à donner à leur credo l’ampleur d’une religion universelle, celle tant rêvée par les Empereurs désireux d’être en même temps des dieux universels.
Si l’homme est voué aux gémonies par les adeptes de l’écologisme, c’est eu égard à la dangerosité de son anthropocentrisme. Un tel anthropocentrisme trouve une partie de ses nutriments idéologiques dans une célèbre référence scripturaire d’après laquelle l’homme a été créé à l’image de Dieu. Pour cette raison, il doit pleinement jouir de la procuration que Dieu lui a donnée dans l’ordre de la domination et de la création. Si Dieu lui a donné sa procuration pour régner sur les animaux de la forêt, les poissons de la mer, etc., c’est pour qu’il puisse légitimement sous-traiter son pouvoir de créateur et de dominateur.
Au dieu qui aurait créé l’homme à son image, les adeptes de l’écologisme en substituent un autre, le dieu-nature par rapport auquel l’homme ferait, au moyen notamment de la technoscience, preuve d’une impiété lourde de conséquences écologiques dont la correction consisterait à réduire drastiquement la dynamique anthropique et la présence de l’homme dans le monde.
Si l’écologisme entre évidemment en conflit ouvert avec l’économisme dans une inéluctable guerre des dieux, c’est parce qu’il divinise la nature, au contraire de l’économisme qui divinise plutôt le marché, au point de considérer la nature comme une rente parmi tant d’autres. La misanthropie dont s’accompagne le culte que les adeptes de l’écologisme vouent à la nature fait idéologiquement le lit de l’antihumanisme : établir que l’agir de l’homme est éco-éthiquement néfaste revient à envisager un monde de moins en moins peuplé d’hommes, parce que la réduction de la présence humaine dans le monde minimiserait ce qui est de son fait et surtout de sa faute.
La criminalisation de l’agir de l’homme sur la nature par l’écologisme est problématique à plus d’un titre :
1-en définissant la nature par la passivité, l’écologisme oublie que sa structure est si dynamique qu’elle n’attend pas de pâtir de l’action anthropique pour connaître des changements ;
2-en criminalisant l’agir de l’homme sur la nature, les adeptes de l’écologisme font l’impasse sur son hostilité et sa finitude essentielles, puisqu’elle n’assure pas à l’homme un accueil suffisamment pertinent et ne peut jamais combler ses besoins élastiques.
Si les éruptions volcaniques, les séismes, la désertification du Sahara, etc. résultaient de l’agir de l’homme sur la nature, sa criminalisation par l’écologisme ne pècherait pas par ses excès.
Lucien AYISSI
Philosophe