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Le professeur Mono Ndjana Hubert, un grand philosophe paradoxalement mis à mort par la doxa ambiante

On n’accède à la vraie connaissance, tout au moins d’après Platon, qu’après qu’on a pu faire preuve de cet ascétisme qui permet de dépasser la doxa, c’est-à-dire l’ordre des rumeurs, des connaissances par ouï-dire et des créations poétiques de l’imagination mythogène et tératogène.

En déférant à « l’impératif du tout de suite », et notamment à la pression de l’appétit du scoop ou du sensationnel, la doxa fait cyniquement l’impasse sur les contraintes liées à la prudence méthodologique qu’il importe d’assumer face à un événement qui, nonobstant le fait qu’il suscite l’étonnement, voire la révolte doit, malgré tout, se soumettre à la sanction du questionnement ou du doute.

Bien qu’il n’ait jamais fait, à qui que ce soit, la promesse d’immortalité, le professeur Mono Ndjana avec qui je me suis entretenu pendant plus d’une heure au pavillon haut standing de l’hôpital central de Yaoundé, vendredi, le 10 novembre 2023, n’était pas à l’article de la mort. La preuve, il a accordé une interview à une chaîne de télévision privée au cours de laquelle il n’a accusé aucune défaillance logique.

C’est vrai que cela ne prouve pas qu’il est encore vivant. Mais, la doxa peut-elle pertinemment tirer prétexte de sa mortalité constitutionnelle pour le déclarer mort avant qu’il ne le soit réellement ? Qu’est-ce qui peut bien la motiver à mettre symboliquement à mort le professeur Mono Ndjana qui, comme tous les autres vivants, est condamné à mourir réellement tôt ou tard ?

Si la doxa est fort blâmable d’avoir attenté à la vie d’un illustre philosophe qui s’est pourtant immortalisé à travers ses nombreuses publications, sa bienheureuse faute est de nous avoir permis de savoir que le professeur Mono Ndjana (avec « J »), habite constamment le cœur de beaucoup de ses concitoyens.

 

Lucien AYISSI

Philosophe

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