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La lecture de Désobéir (Paris, Albin Michel/Flammarion, 2017), un ouvrage de Frédéric GROS dont ma cousine, Jeannine NNOMO, m’a récemment fait cadeau, m’a motivé à réfléchir sur le cannibalisme dont le « ON » fait constamment preuve en prédisposant le « JE » à être pris dans la nasse de la masse.
Dans une analyse où la grammaire se conjugue avec la métaphysique sur une plage discursive qu’occupe également la logique, Frédéric GROS montre comment le « ON » cannibalise le « JE » en l’accoutumant à voir le réel à travers le prisme de la masse et en l’empêchant, par le fait même, de se montrer réfractaire à la pression agglutinante de la société (p. 102 et sq.).
La cannibalisation du « JE » par le « ON » consiste précisément à fantomaliser le sujet, en l’attachant ou en l’agglutinant à un système à la dynamique duquel il participe inconsciemment à la statutarisation de sa condition d’avatar social, donc au préjudice de sa capacité à penser par la nécessité de son propre pouvoir judicatif. Sans la capacité à penser par lui-même et non par procuration, il ne peut pas faire preuve d’initiatives devant rénover ou révolutionner axiologiquement, éthiquement et politiquement son système d’appartenance.
Le cannibalisme dont fait preuve le « ON » à travers la castration épistémologique, axiologique, éthique, politique et économique à laquelle il soumet le « JE », se remarque évidemment lorsqu’il promeut le totalitarisme de la doxa, afin d’imposer son empire aux sujets, suivant un ensemble de protocoles dont le but est d’en faire des eunuques idéologiques, épistémologiques, politiques et économiques.
Si le « JE » se retrouve souvent dépourvu de sa capacité à dire : « JE PENSE QUE », « JE CROIS QUE », « JE NE VOUS ACCORDE PAS QUE », « JE SUIS D’AVIS QUE », c’est parce qu’il est trop agglutiné ou attaché au système pour pouvoir s’en détacher.
Comment le « JE » doit-il se désengluer ou se détacher de son système d’appartenance qui s’organise effectivement non seulement à le cannibaliser au profit du « ON », mais aussi à promouvoir la « surobéissance » propice à l’effacement du sujet ? Comment pouvoir affirmer, en toute autonomie intellectuelle, le pouvoir du « JE PENSE » dans une société plutôt fondée sur l’ethos de la « surobéissance » par voie d’agglutination coutumière au système ?
De SOCRATE à KANT, en passant par DESCARTES, il existe une gamme variée de philosophies de « la transgression » dont l’hétérogénéité méthodologique cache très mal l’identité des enjeux épistémologiques et métaphysiques qu’elles ont en partage.
Lucien AYISSI
Philosophe