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Si les explorateurs portugais n’avaient pas été si impressionnés par l’abondance des ressources halieutiques du Wouri, au point de doter, ce qui deviendra le Cameroun (rio dos camaroes/la rivière des crevettes), d’une référence onomastique pouvant être considérée comme inappropriée, ce qu’on appelle aujourd’hui le Cameroun aurait probablement pour nom la Sanaga, pour la simple et bonne raison que ce fleuve est non seulement le plus long de tous les fleuves de notre cher et beau pays, mais aussi parce qu’il est le seul qui en traverse plusieurs régions où sa référence onomastique a, comme par magie, survécu, à son odyssée hydrographique : Djerem, Djom, Nlom sont des noms dont l’apparente diversité phonique cache mal le rapport d’intersection onomastique dont la cible référentielle est la même au plan hydrographique. Le fait que notre pays ne s’appelle pas la Sanaga accrédite le conventionnalisme dont Hermogène est le défenseur dans le Cratyle de Platon : pour tout dire, le nom ne se rapporte pas naturellement à la chose nommée comme le croyait Cratyle, parce que ce qu’on appelle aujourd’hui le Cameroun aurait pu aussi s’appeler la Sanaga, la Lékié, le Mfoundi, le Mbam, le Nyong, le Dja, le Ntem, la Bénoué, le Chari, le Logone, le Nkam, etc.
Lucien AYISSI
Philosophe