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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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Promotion de l'égalité des sexes et responsabilisation des femmes au sein de la Direction générale des impôts

Communication faite mercredi, le 05 mars 2014 à la salle Garoua de l'hôtel Djeuga Palace à Yaoundé, dans le cadre des manifestations liées à la Journée internationale de la femme.

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La formulation de ce thème semble refléter la qualité éthique d’un état des lieux, à savoir l’administration de la Direction générale des impôts. Elle apparaît même comme la dénonciation sournoise d’un déficit d’égalité des sexes qui déteindrait sur la responsabilisation des femmes au sein de la Direction générale des impôts. Dans tous les cas, l’approche formulaire adoptée dans l’élaboration de ce thème semble non seulement s’accompagner d’une demande, mais aussi de la volonté d’inscrire la question du genre dans un programme dont la nouveauté consisterait dans la mise en perspective de l’éthique de l’égalité et de la parité dans l’administration de la Direction générale des impôts. Il s’agit, plus précisément, d’ouvrir dans cette administration une nouvelle ère éthique devant désormais être sous-tendue par l’égalité et la parité.

Devoir proposer une réponse à la question relative à la promotion de l’égalité des sexes et à la responsabilisation des femmes au sein de la Direction générale des impôts revient à contribuer, tout au moins théoriquement, à la recherche des solutions adaptées au problème de la pleine expression sociopolitique de l’humanité et de la citoyenneté des femmes dans un contexte qui peine à se délester des pesanteurs d’une culture dont les références masculinistes font inéluctablement le lit d’une phallocratie discriminatoire ou marginalisante.

La modeste réflexion à laquelle je vais aimablement vous inviter à prendre part comporte trois articulations : si la première consiste dans la mise en procès du patriarcalisme et la critique du féminisme instrumental qui peuvent, entre autres raisons, rendre compte du déficit d’égalité et de parité qu’on peut observer entre l’homme et la femme, la deuxième articulation porte sur les conditions de possibilité de l’égalité des sexes et de la responsabilisation des femmes au sein d’une administration métaphorique comme celle de la Direction générale des impôts. Dans la troisième et dernière articulation, nous vous proposons une éthique du vivre-ensemble dans laquelle l’approche genre articule l’égalité, la parité, voire la gémellité, afin que chaque personne puisse, en République, traduire au mieux son humanité et sa citoyenneté, sans craindre que l’expression différentielle de son être soit pour autrui une raison suffisante de la marginaliser ou de l’ostraciser.

 I-Du procès du patriarcalisme à la critique du féminisme instrumental

 Avant de passer à la question de l’étiologie, donc des causes de la crise ou du déficit possible ou réel d’égalité des sexes et des problèmes liés à la responsabilisation des femmes dans une administration métaphorique comme celle de la Direction générale des impôts, il importe de réinvestir sémantiquement la formulation du thème de cette communication : il n’y est pas question de la responsabilisation de la femme entendue comme un être sans détermination particulière. Voulant certainement éviter un nominalisme professionnellement et politiquement inutile, les auteurs de la formulation thématique de cette communication ont préféré qu’on parle de la responsabilisation des femmes plutôt que de celle de la femme in abstracto. Il s’agit bien des femmes déterminables et probablement déterminées, celles dont l’expertise ou la compétence n’est pas souvent pas prise en compte dans l’administration de la Direction générale des impôts, du simple fait qu’elle est celle des femmes.

Les causes pouvant expliquer les difficultés liées à la  promotion de l’égalité des sexes dans telle ou telle administration camerounaise, et notamment dans celle de la Direction générale des impôts, sont diverses. Parmi elles, nous préférons surtout nous référer au patriarcalisme qui en est la cause fondamentale ou structurelle. La société camerounaise, comme bien d’autres sociétés dans le temps et dans l’espace, est, dans son ensemble, un ordre masculin ou patriarcal. En effet, l’ordre patriarcal est structuré dans le sens de la préservation des privilèges des hommes. Le rapport homme-femme y apparaît nécessairement comme clivé, fracturé ou dualisé. Le clivage qu’on y observe s’accompagne d’un mode de structuration sociale hiérarchique. Pour l’essentiel, cet ordre vertical ou hiérarchique est celui qui est voulu et entretenu par les hommes, dans la mesure où il est conforme à leurs appétits de domination et d’appropriation des avantages sociopolitiques. Ce patriarcalisme qui est lui-même la version idéologique la plus évidente de l’andocentrisme[1]  s’accompagne nécessairement de sexisme, cette construction genrée de la société qui est assortie de la planification sexuelle des tâches.

Si, comme le démontre Nkolo Foé[2], l’État est de sexe masculin, compte tenu du fait qu’il s’agit d’un ordre politique patriarcal institué en vue de la protection des intérêts des hommes dans le temps, il est, dans une telle institution, fort difficile que la question de l’égalité des sexes et de la responsabilisation des femmes se formule de manière favorable à la production des réponses appropriées.

Souvent, lorsque les femmes s’investissent dans la réactualisation de cette question, de manière à la poser à nouveaux frais, celle-ci s’enferme dans le ghetto idéologique d’un féminisme bavard, revanchard et même tapageur sur des questions qui sont certainement dignes d’intérêt, mais inessentielles par rapport à la question qui mérite vraiment d’être posée relativement à la conception, à l’élaboration des stratégies d’émancipation de la femme et à la définition des modalités de sa participation à la construction d’un vivre-ensemble fondé sur l’égalité et la parité.

Il ne s’agit donc pas, comme on pourrait le penser, de tirer prétexte de la Journée internationale de la femme pour substituer le gynocentrisme à l’andocentrisme dont procèdent le patriarcalisme et le sexisme, mais de saisir cette occasion pour reformuler le problème encore irrésolu de la mise en couple du genre, à partir d’une politique fondée sur l’égalité des sexes, dans le sens de la réalisation d’une véritable relation de parité et même de gémellité entre l’homme et la femme aussi bien au sein de la Direction générale des impôts que dans toutes les autres administrations camerounaises.

L’instrumentalisation idéologique et politique du féminisme à des fins d’occupation quantitative des postes de responsabilité a certes permis, dans le temps, de modifier la représentation sociale du genre et de sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité de soumettre le problème de l’égalité homme-femme à la sanction d’une double correction éthique et politique. Mais, le fait pour le féminisme instrumental de se subordonner plutôt à l’aspiration de quelques femmes à l’ascension sociale qu’à la résolution globale des problèmes des femmes, l’a discrédité en même temps qu’il l’a frappé du sceau de l’inefficacité. Pour avoir soumis la question du genre à la sanction des calculs politiques particuliers, le féminisme instrumental l’a considérablement appauvrie. En la destinant à la résolution des problèmes de commensalité politique entre les sexes, ceux notamment liés à la prise de part des femmes dans la gestion gastronomique du pouvoir politique, il l’a inconsidérément détournée de sa finalité.

         Si la cause du déficit d’égalité et de la crise de la parité au sein de l’administration camerounaise en général et de la Direction générale des impôts en particulier relève, comme nous l’avons déjà dit, d’une causalité structurelle, quelle « politique des sexes »[3] doit-on, dans ce cas, élaborer et mettre en œuvre au Cameroun pour promouvoir l’égalité des sexes et la responsabilisation des femmes dans toute l’administration camerounaise ?

 II-Les conditions de possibilité de la promotion de l’égalité des sexes et de la responsabilisation des femmes dans l’administration camerounaise

Posée en termes de conditions de possibilité, la question de l’égalité des sexes et de la responsabilisation des femmes dans l’administration camerounaise se formule donc dans l’ordre des modalités. Pour rendre possibles l’égalité des sexes et la responsabilisation des femmes dans le vaste réseau administratif camerounais, il importe de mettre en place une « politique des sexes » destinée à dissiper les préjugés théologico-métaphysiques selon lesquels la femme est un être constitutionnellement inférieur à l’homme. C’est cette « politique des sexes » qui pourra développer, aux plans administratif et social, la culture de la différence dont l’objectivité ne doit pas servir de prétexte au sexisme qui est, à proprement parler, une sorte de ségrégation professionnelle sexuellement déterminée. Il va des soi que l’élaboration et la mise en œuvre d’une telle « politique des sexes » est, vue son ampleur, du ressort des pouvoirs publics.

Il est, dans ce cas, tentant de proposer, dans l’ordre des modalités, la pratique de ce qu’il serait convenable d’appeler la discrimination sexuelle positive. Mais, étant donné que cette incitation politique risque de consacrer la thèse de l’existence d’une inégalité constitutionnelle entre l’homme et la femme, il est plutôt préférable que la promotion de l’égalité et de la responsabilisation des femmes résulte de la réelle domination théorique et pratique par celles-ci de la rationalité qui régit l’administration camerounaise. C’est par la compétence et le sens des responsabilités que les femmes peuvent forcer le respect et finir par s’imposer inévitablement là où elles ne devraient jamais être imposées du simple fait de leur différence objective.

Lorsqu’on ne la réduit pas à la nomination, la promotion renvoie aussi au développement d’une valeur ou à la dynamique idéologique et sociopolitique construite et entretenue pour la consacrer, compte tenu de sa dimension cardinale. Développer l’égalité des sexes dans nos administrations dans le sens de la responsabilisation des femmes exige aussi que celles-ci exhibent constamment leur offre de compétence et de sérieux dans une administration camerounaise qui en a considérablement besoin. Étant donné qu’une telle offre est de plus en plus avérée parce que la femme camerounaise est de moins en moins enfermée dans une « clôture ménagère »[4], la question de l’égalité et de la responsabilisation des femmes devrait donc davantage se poser en termes de parité et/ou de gémellité. Comment pouvoir, dans l’administration camerounaise, fonder sur la parité et même la gémellité l’offre professionnelle des hommes et des femmes par-delà la différence de leur genre d’appartenance ? telle doit être, à mon avis, la nouvelle perspective éthique et politique à donner à la question du genre.

III-De l’égalité des sexes à la parité et même à la gémellité homme-femme : le nouveau vecteur éthique et politique de la question du genre

 

         Si, dans nos diverses administrations, l’inégalité des sexes survit encore aux diverses politiques publiques pourtant favorables à l’égalité homme-femme au travail, au Cameroun, tout au moins dans les milieux professionnels, le déficit d’égalité entre l’homme et la femme se corrige progressivement. Bien que ce déficit soit déjà, dans certains cas, considérablement minimisé, l’intérêt actuel de la question posée est surtout à rechercher dans l’éthique de l’altérité à promouvoir en milieu professionnel camerounais. Dans cette éthique de l’altérité à promouvoir, l’homme et la femme sont – en vertu de l’égalité ontologique sur le mode de laquelle ils se rapportent nécessairement, et que les diverses idéologies de légitimation de la thèse de l’infériorité métaphysique ou théologique de la femme ne parviennent pas à remettre efficacement en cause – appelés à se mettre en couple pour faire prospérer, dans le sens du développement de notre pays, la dynamique de l’administration camerounaise. C’est parce que l’altérité n’est pas l’ailleurs de soi, mais un autre soi-même avec lequel doit se construire une fructueuse collaboration qu’il importe de penser son rapport à lui sous l’angle de la mixité. Comme le dit Sylviane Agacinski, « penser la mixité, c’est considérer qu’il y a deux versions de l’homme, et en se représenter l’humanité comme un couple. »[5]

Si la parité et/ou la gémellité se présentent comme la perspective éthique et politique vers laquelle doit plutôt s’orienter la question de l’égalité et de la responsabilisation des femmes, c’est parce qu’au Cameroun comme partout ailleurs, ni l’homme ni la femme ne résument exclusivement l’humanité et la citoyenneté. C’est pour cette raison que leurs diverses contributions sont nécessairement attendues dans le procès de construction d’un vivre-ensemble pacifique et véritablement humain.  

Élaborer, au Cameroun, une « politique des sexes » revient moins à féminiser la société[6], comme le recommande Roger Garaudy[7], qu’à promouvoir le sens de la parité à travers la mise en couple de l’homme et de la femme au travail, compte tenu du fait que l’humanité est ce que l’homme et la femme ont tout à fait en partage.

         C’est donc dans une gouvernance paritaire ou gémellaire, c’est-à-dire celle qui n’est ni androcentrée ni gynocentrée, parce que fondée sur la cogestion du Cameroun par les hommes et les femmes qui en constituent le fonds démographique, que peut se résoudre, de façon plus pertinente, le problème de l’égalité des sexes et de la responsabilisation des femmes dans les administrations camerounaises, y compris celle de la Direction générale des impôts.

 Conclusion

Collaborer à la résolution des problèmes liés à l’égalité et à la responsabilisation des femmes dans telle ou telle administration, c’est inscrire en lettres d’or la question de la parité ou de la gémellité dans le répertoire des questions relevant de l’éthique du vivre-ensemble et même de la gouvernance. Pour cela, il revient d’abord aux pouvoirs publics d’élaborer une « politique des sexes » fondée sur la volonté de dissiper, de façon décisive et définitive, les idéologies théologico-métaphysiques de légitimation de la thèse de l’infériorité constitutionnelle de la femme par rapport à l’homme. Ils doivent aussi promouvoir socialement et politiquement la culture de la parité, c’est-à-dire de l’égalité parfaite entre l’homme et la femme appelés qu’ils sont, à l’instar des jumeaux, à se partager à la fois le pathos dont l’existence est toujours chargée pendant les temps d’adversité aussi bien que les avantages d’un Cameroun et d’un monde au développement et à l’humanisation desquels ils doivent toujours œuvrer en couple. Ce n’est qu’en référence au paradigme de la parité que l’homme et la femme peuvent, ensemble, donner un meilleur sens tant à l’administration de la Direction générale des impôts qu’à la gouvernance camerounaise et mondiale.

 Pr. Lucien AYISSI

Université Yaoundé I (Cameroun)

 



[1]- L’andocentrisme se définit, par opposition au gynocentrisme, comme un mode de pensée qui consiste à se représenter le monde du point de vue des êtres masculins.

[2]- Nkolo Foé, Le sexe de l’État, Yaoundé, Presses Universitaires de Yaoundé, 2002.

[3]- Cette expression est de Sylviane Agacinski. Cf. le titre de son ouvrage : Politique des sexes, Paris, Seuil, 1998.

[4]- Nous empruntons cette expression à Roger Garaudy. Cf. son ouvrage intitulé : Pour l’avènement de la femme, Paris, Albin Michel, 1981.

[5]- Sylviane Agacinski, op. cit., p. 101.

[6] Pour Roger Garaudy, il s’agit en effet de féminiser la société pour que l’humanité tout entière puisse escompter un avenir.

[7]- Roger Garaudy, op. cit., p. 176.

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