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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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LE DÉFI DES ORACLES DE LA SCIENCE DANS LES SOCIÉTÉS IDÉOLOGIQUEMENT FORMATÉES PAR LA DOXA

 

Parce qu’elle est méthodologiquement fondée sur le principe de contestation de ce qu’on admet habituellement en sa créance sans examen préalable, la science, au sens large du terme, ne fait jamais recette dans la population des habitants de la caverne ténébreuse que décrit métaphoriquement Platon au Livre VII de La République. Le propre des habitants de cette caverne est de prendre leurs chaînes pour des bijoux, des vessies pour des lanternes et des lucioles pour des étoiles.

Socrate est condamné à boire la ciguë pour avoir osé soumettre à la sanction de la maïeutique l’ethos épistémologique, éthique et politique de ses concitoyens. Giordano Bruno sera brûlé vif pour avoir remis en cause la thèse de l’homogénéité ontologique de l’univers, communément admise à son époque. Galileo Galilei sera condamné à se parjurer et assigné à résidence pour avoir confirmé l’héliocentrisme de Nicolaus Copernicus qui valida, au XVIe siècle, les intuitions astronomiques que Philolaos de Crotone et Aristarque de Samos avaient eues dans l’Antiquité grecque. Des théologiens trouveront que le cartésianisme est suspect d’athéisme, parce que l’auteur du Discours de la méthode affirme le primat du cogito sur le credo. Le Traité théologico-politique de Spinoza sera mis à l’index, parce que ce philosophe y remet rationnellement en question les références scripturaires sacralisées par l’Église statutaire de l’époque.

Lorsqu’on lit Science et religion de Bertrand Russell, on s’aperçoit que l’histoire des idées surabonde d’exemples qui illustrent le rapport transgressif que la science a coutume d’entretenir avec la doxa que protègent habituellement ceux qui accordent la primauté au credo par rapport au cogito. Le savant, ce précieux produit dont surabonde aujourd’hui l’Université camerounaise, apparaît alors comme l’empêcheur-de-tourner-en-rond : Mathias Éric Owona Nguini, Viviane Ondoua Biwole, pour ne citer que ceux-là, doivent être condamnés à boire la ciguë, parce qu’ils interrogent les mœurs et les croyances établies qui ne s’imposent pas à l’esprit de ces savants comme des évidences intellectuelles.

L’histoire, ce théâtre tragique que se plaisent à ensanglanter constamment non seulement les maîtres du monde pour le contentement de leurs appétits politiques et économiques, mais aussi les lanceurs d’alerte et les influenceurs à gage, et où se commettent régulièrement des crimes monstrueux contre le Vrai, le Beau et le Juste, est de plus en plus animée par « les plus nombreux » (l’expression est de Niccolò Machiavelli) qui, parce qu’incapables de comprendre que tout ce qui brille n’est pas doré, commandent aux savants que produit laborieusement et parcimonieusement l’Université, de se mettre en situation de rivalité impropre avec ceux qui brillent dans la foule sans la garantie d’avoir la valeur inaltérable de l’or. Du coup, l’ochlocratie (le règne de la foule ou de la multitude) impose politiquement sa nécessité délétère à la démocratie. On comprend alors aujourd’hui l’aversion de Platon à l’égard de la démocratie ; cela aide également à comprendre pourquoi Rousseau pense qu’un tel régime ne convient pas aux hommes, ou pourquoi Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville l’assimilent respectivement au despotisme majoritaire et à la tyrannie de la majorité.

         Comment pouvoir donc collaborer à la construction d’un espace public démocratique dans une société qui aspire à l’émancipation, mais qui est intellectuellement trop clivée pour que les obscurantistes et tous ceux qui vouent un culte fanatique à leurs idoles se mettent résolument à l’écoute de l’Université et de ses savants qui sont les moteurs incontestés du développement ? that is the question.

Il s’agit là d’un défi de taille que les oracles de la science ne peuvent pas relever en gaspillant leurs énergies et leur temps à hurler avec des loups. Hurler avec des loups revient, pour ces savants, à risquer de se dissoudre dans une catégorie zoologique bien identifiée, celle de l’espèce canine dont la sauvagerie et la férocité sont bien connues. L’erreur de stratégie dont une telle dissolution est la conséquence inéluctable consiste à se mettre, sans nécessité, au niveau zoologique, c’est-à-dire infra humain.

Au Cameroun, il est temps que ceux qui doivent, selon Francis Bacon (voir Novum Organum), être honorés comme des dieux, parce qu’ils sont les points archimédiques de la science et du développement des peuples et des États, soient considérés et respectés comme tels. Si le football était la clé du développement, la Chine, les États-Unis, le Japon seraient des pays sous-développés ; le Brésil et l’Argentine seraient les premières puissances du monde ; le Cameroun, le Maroc, le Sénégal et l’Égypte en seraient des puissance moyennes

Lucien AYISSI

Philosophe

 

 

 

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