Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.
En essayant de réaffirmer sa centralité dans un monde dont le cours est surtout marqué par l’unilatéralisme des États-Unis, l’Europe retrouve paradoxalement ses réflexes européocentristes d’autrefois. C’est à la réactivation de cet européocentrisme régressif que procède de plus en plus l’Europe, quand ses dirigeants s’érigent, sans justification suffisante, en donneurs de leçons ou en directeurs de consciences, lorsqu’ils interpellent, par exemple, les dirigeants d’autres pays sur les droits de l’homme qu’ils ne respectent pourtant pas dans le traitement qu’ils réservent, comme l’a justement relevé Kadhafi, aux immigrés.
C’est parce que l’Europe croit naïvement incarner les valeurs humaines et avoir considérablement contribué, à travers l’humanisme dont elle a assuré la promotion intellectuelle depuis la Renaissance, au progrès de l’humanité qu’elle peut paradoxalement moraliser la colonisation et violer les droits de l’homme dans le rapport néocolonialiste qu’elle continue d’avoir, au XXIe siècle, avec les pays d’Afrique.
La question des droits de l’homme ne se semble pas non plus se poser, d’après elle, lorsqu’elle procède au pillage du tiers-monde ou quand elle assouvit ses appétits économiques dans un marché dont l’Afrique est, par exemple, la dupe.
Il est paradoxal que la France de Sarkozy adopte des lois consistant à soumettre au test ADN les enfants des immigrés voulant procéder au regroupement familial et oublie de soumettre au même test les oiseaux migrateurs venant d’Afrique ou d’Asie, bien qu’ils puissent être porteurs de grippe aviaire, comme si les oiseaux avaient plus de droit que les humains.
Au risque de se replier sur elle-même et de ne s’ouvrir aux autres qu’à travers un mode de communication éthique et politique fort défectueux, puisque fait d’interpellations, de menaces, d’intimidations ou d’injonctions, l’Europe est paradoxalement beaucoup plus préoccupée par la réalisation de son unité, qu’elle tient à protéger contre l’intrusion des Africains ou des Asiatiques, que par la construction du village planétaire.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)