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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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A quoi sert la philosophie aujourd'hui?

professeur_ayissi.jpg Il s’agit là d’une interrogation classique à laquelle correspondent des réponses qui sonnent habituellement comme de vieilles rengaines fastidieuses. Ceux qui la formulent dans l’espoir de résoudre les problèmes d’une quotidienneté chargée d’adversité, se recrutent même dans la démographie des professionnels de la philosophie. En se posant cette question, ces Socrate-fonctionnaires n’oublient pas qu’en achetant leur expertise, au prix qu’elle s’autorise de fixer unilatéralement, la Fonction Publique donne la preuve par les faits que la philosophie est très utile. Comment cette dévoreuse d’expertises pourrait-elle être commise par l’État pour l’achat de ce qui ne pourrait jamais apporter la moindre réponse pragmatique à la question du bonheur individuel et collectif ? Mais, si la « fonctionnarisation » de la philosophie suffisait à justifier son utilité, la récurrence de la question posée ne s’expliquerait pas. Dans tous les cas, on est en droit de se demander ce qui fait qu’on tolère encore l’existence publique de la philosophie dans le contexte actuel, principalement défini qu’il est, par la généralisation de l’esprit technoscientifique. Dans le cadre de cette rationalité technoscientifique à laquelle on recourt de plus en plus pour résoudre les problèmes objectifs, il est légitime de s’interroger sur l’utilité de la philosophie ou d’une philosophie qui, même dans un aujourd’hui caractérisé par la crise de l’humanité, se plaît à n’exister que dans la simple construction des châteaux de concepts dont la beauté coïncide paradoxalement avec leur vacuité, comme s’ils ne pouvaient être beaux qu’en étant vides. La liberté d’une telle beauté rend ces châteaux tout à fait inutiles dans la mesure où ils ne peuvent pas protéger l’humanité des êtres qui les construisent contre les avanies de l’histoire. Étant donné que l’aujourd’hui est dominé par le principe d’utilité et le souci d’efficacité, est-il possible de reconnaître à la philosophie un quelconque droit de cité alors qu’elle semble se discréditer par sa tendance quasi irrépressible aux ratiocinations apparemment anachroniques, parce que relevant très souvent d’un autre âge mental ?


QUESTION DE SENS ET PROBLÈME DE PERTINENCE

 La question posée est à la fois suspicieuse, légitime et d’essence philosophique : elle est suspicieuse, car si on se la pose au sujet de la philosophie, on ne s’interroge pas beaucoup sur la raison d’être actuelle de la poésie ou de la religion, par exemple. Créditées d’une utilité qui n’est pas très évidente aujourd’hui, la poésie et la religion font pourtant encore bonne recette. Est-il beaucoup plus important et plus urgent aujourd’hui d’aller au Ciel que de vivre heureux sur terre et de n’avoir plus à effectuer une telle aventure ? La musicalité des vers et l’harmonie des rimes d’un poème classique ou moderne peuvent-elles apporter des solutions appropriées au problème du bonheur, tel qu’il se pose avec acuité aujourd’hui ? telles sont les questions dont on n’accable pas souvent les poètes et les religieux. Mais le constat amer de l’injustice dont la philosophie serait l’objet dans ce cas, ne suffit pas à nous permettre de répondre à la question posée. Constater simplement qu’on est particulièrement exigeant à l’égard de la philosophie et qu’on est considérablement complaisant vis-à-vis de la poésie et de la religion, ce n’est pas répondre à la question posée. Regretter qu’on n’exige pas souvent que la poésie et la religion produisent également la preuve de leur utilité aujourd’hui, c’est risquer de prendre un état d’âme pour une réponse philosophique. Et prendre ce regret pour cette réponse, serait une lamentable confusion de genres. C’est précisément prendre le genre psychologique pour le genre philosophique. Affirmer que la présomption d’utilité vaut à la philosophie le titre de la discipline utile, c’est badiner avec un sophisme juridique là où il question de répondre sérieusement à une interrogation d’une grave importance philosophique. Bien plus, l’inutilité supposée ou avérée de la poésie et de la religion aujourd’hui ne saurait jamais constituer la preuve de l’utilité possible ou réelle de la philosophie. La philosophie ne mérite donc aucune circonstance atténuante sous prétexte qu’elle n’est pas la seule discipline dont l’utilité inspire le doute. La vanité qu’elle aurait en partage avec la poésie ou la religion, par exemple, ne la rendrait pas moins blâmable

Cette question est enfin une interpellation et même sommation : c’est la philosophie qui est interpellée et sommée de présenter ses lettres de créance, sous peine d’être disqualifiée et rayée pour de bon de l’échiquier des disciplines efficaces dans le traitement des problèmes existentiels de l’homme d’aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas d’une question de fait, mais d’une question de droit : la philosophie existe, c’est un fait incontestable. Mais quel est, aujourd’hui, le droit d’existence du fait philosophique ? À quoi peut-elle servir pour mériter un tel droit ? Ce faisceau de questions couve un sérieux problème philosophique : que peut faire la philosophie pour l’homme d’aujourd’hui, étouffé qu’il est par les contraintes inhumaines de la « zooéconomie » et de la « zoopolitique », angoissé et pris en otage qu’il est également par l’énorme puissance de la civilisation technoscientifique actuelle ? Si l’humanité est actuellement en crise au point que l’homme que Diogène cherchait déjà à Athènes soit devenu une espèce de plus en plus rare, que peut la philosophie pour dissiper cette crise ? Victime de la nouvelle épistémologie, laquelle est dominée par les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie et l’informatique, la philosophie a-t-elle encore aujourd’hui suffisamment d’ « énergie polémique » ou de potentiel critique pouvant lui permettre de donner un sens humain à une histoire considérablement meublée de problèmes relatifs à la liberté, à la paix et au bonheur ?

On ne peut pas honnêtement répondre à ces questions par l’affirmative si la philosophie continue, même aujourd’hui, à trouver son confort spéculatif dans la friperie conceptuelle d’une scolastique périmée, ou si, comme le disait déjà Descartes, elle « donne moyen de parler vraisemblablement de toutes choses et de se faire admirer des moins savants ». Elle ne peut recouvrer son autorité morale de « reine des sciences » et donner un sens humain à l’histoire, si elle se délecte à la production intellectuelle des concepts creux qu’elle soustrait à l’histoire pour les analyser en eux-mêmes, comme s’ils étaient des êtres spécifiques ayant leur propre histoire. Ce que dénonce Descartes et que Molière tourne en dérision dans Les Femmes savantes, n’est qu’un pervers onanisme intellectuel consistant en une activité spéculative purement masturbatoire. C’est un jeu intellectuel très merveilleux pour les enfants et prestigieux pour les ignorants. La philosophie ainsi conçue exerce sur les esprits sensibles une irrésistible fascination érotique au moyen des concepts qu’elle déploie de façon spectaculaire. En marge du divertissement, c’est-à-dire des calembours, des gags ou des farces que se plaisent à donner les spécialistes de ces sortes de facéties intellectuelles, la philosophie de Philaminthe ne peut pas donner la preuve de son utilité par rapport à la  crise de l’humanité qui sévit dans l’histoire. Les brillantes spéculations de cette sorte de philosophie permettent tout au plus de chasser le spleen ou de sortir, pour un temps, de la monotonie d’une existence absurde. L’impressionnante prestidigitation conceptuelle que la philosophie abstruse donne en spectacle est un mirage intellectuel dont l’éclat offusque la vue de l’homme au lieu de l’éclairer pour la vie. Même sur le plan ludique qui est pourtant son seul cadre légitime d’existence, la philosophie abstruse n’est pas aussi compétitive que le football, le basket-ball, le cinéma ou le théâtre, par exemple. Les autres modes de divertissement survivraient même si, pour parodier Kant, il arrivait que cette philosophie disparaisse tragiquement dans le « gouffre  d’une barbarie entièrement dévastatrice ». Ces autres activités ludiques sont plus attractives qu’elle et n’exigent aucune formation spéciale au spectateur qui veut jouir de la beauté du spectacle. La connaissance sommaire de quelques règles de l’art lui suffit. Il n’a donc pas besoin d’être lui-même footballeur, basketteur, cinéaste ou comédien pour goûter au plaisir scopique d’un beau match, d’un film ou d’une représentation théâtrale. Par contre, le spectacle que donne la philosophie de Philaminthe est un pédantisme dont l’appréciation nécessite au spectateur un niveau élevé de culture.

L’inutilité d’une philosophie est donc constatée lorsqu’elle donne libre cours à des spéculations hystériques au lieu de prendre conceptuellement en charge tout ce qui entrave l’actualisation de l’humanité de l’homme dans le temps et dans l’espace. Le délire spéculatif qu’elle donne en spectacle à travers une infrastructure conceptuelle cohérente et brillante, mais sans objet, ressemble fort à ces belles harmonies musicales dont le plaisir qu’elles procurent à l’âme des auditeurs ne dure que l’instant de leur courte existence. Dans leur évanouissement regrettable, elles emportent avec elles l’agréable illusion passagère qu’elles ont suscitée en eux. Leur disparition oblige les auditeurs à devoir affronter les désagréables aspérités d’une vie malheureuse qu’elles leur ont pourtant fait oublier pendant quelques instants. Comme pour perpétuer dans leur âme les délices et le bonheur fallacieux dont ces belles harmonies musicales s’accompagnent, ceux qui les ont écoutées continuent à fredonner leurs refrains alors qu’elles ont cessé d’exister. Il en est de même de l’auto-érotisme intellectuel auquel se délectent considérablement les amateurs de la philosophie abstruse. Le plaisir qu’ils éprouvent en prenant la philosophie à la fois pour son propre objet et son propre but est entretenu et accru par eux dans des spéculations infernales.

Ceux qui affectionnent l’académisme des esprits distingués prennent la philosophie pour ce qu’elle n’est pas. Le succès qu’ils ont dans la population de brillants esprits de ce monde est à la mesure de la peur qu’ils inspirent aux ignorants. La technicité pédante, le verbalisme sophistique et même sophistiqué qu’ils assaisonnent habilement avec des citations savantes, ne sont pas philosophiques. Les merveilleuses jongleries conceptuelles auxquelles ils s’adonnent, et qui sont surtout dignes des amuseurs des cirques, ne sont utiles qu’aux maîtres jongleurs qui en profitent soit pour se garnir les poches, soit pour pouvoir exercer sur les psychologies  sensibles un  énorme pouvoir de séduction.

Non contents que cette belle gymnastique intellectuelle sacrifie la science utile à l’autel de la simple esthétique, les partisans de la philosophie abstruse la rendent encore obscure et inintelligible, comme si l’obscurité était le signe distinctif de la philosophie. Un discours qui n’est décodable que par son auteur, protège la pauvreté conceptuelle que son émetteur tient à mettre à l’abri de l’entendement de son récepteur. C’est lorsqu’on redoute l’aperception de son incompétence et de sa vacuité philosophiques par le public qu’on entretient ce genre d’obscurité pour n’avoir pas à rendre des comptes sous la lumière. Cette opacité intellectuelle est une altière vanité qui veut passer pour une auguste science. L’obscurité qu’il faut nettement distinguer de la technicité authentique est, comme le dit Jean-François Revel, symptomatique de la faiblesse théorique des « systèmes frivoles ou ridicules ». « L’obscurité scolastique (médiévale ou moderne), ajoute-t-il, n’a rien à voir avec la difficulté technique. Cette dernière résulte d’une précision supplémentaire, la première d’une impuissance à préciser. Et l’art de dissimuler cette impuissance (…) a souvent passé pour la pénétration d’esprit. » La précision des mathématiques et de la physique a, dans cette confusion, de quoi infliger des complexes à la philosophie. Nous avons la preuve de tels complexes dans la prétention d’un Locke, d’un Hume et d’un Condillac, de penser philosophiquement suivant la méthodologie newtonienne, ou celle d’un Descartes s’inspirant de la rigueur des mathématiques pour élaborer sa méthode ou encore celle de Spinoza philosophant more geometrico. La mascarade conceptuelle de la philosophie abstruse protège l’irresponsabilité de cette sorte de philosophie devant l’histoire qu’elle se garde d’interroger. Sachant qu’elle parle pour ne rien dire, elle adopte délibérément un air doctement hermétique. Pendant que les disciples du maître s’échinent à présenter la forteresse conceptuelle de ce dernier comme étant inexpugnable en soi, il devient risquant de manifester l’audace de vouloir la critiquer sous peine de prouver, par le fait même, son ignorance à l’égard de la conceptualité du maître dont la grandeur est à la mesure de l’inintelligibilité de son discours. Le meilleur moyen de passer à son tour pour un docte, c’est de singer le maître en assaisonnant son discours plus ou moins philosophique d’épices conçues par lui. La féodalité théorique qu’institue cette mentalité mythique, notoire dans la tendance au Magister dixit qui est admirablement critiquée par Marcien Towa, discrédite la philosophie dont l’exigence fondamentale est la liberté de penser et non le fait de réciter sur la foi d’autrui, ce qu’il prend pour des vérités philosophiques absolues. L’institution de cette féodalité théorique aboutit au terrorisme philosophique. La logique de terreur qui sous-tend cette féodalité consiste beaucoup plus à se servir des philosophes (Spinoza, Marx, Marcuse, Habermas, Morin, Janicaud, Sève) comme des épouvantails intellectuels qu’à tirer des ressources conceptuelles de l’histoire de la philosophie ce qui est susceptible d’aider à la bonne lecture rationnelle du temps pour une meilleure expression de l’humanité de l’homme.

Au lieu d’être un mode de pensée de l’histoire, la philosophie abstruse, cette néo-sophistique, se plaît à n’être qu’une suite de pensées à la mode. Voilà pourquoi elle n’arrive pas à marquer profondément le temps qui l’emporte inexorablement dans son constant devenir. D’autres modes intellectuelles s’instituent avec le même espoir d’opposer au temps une résistance beaucoup plus efficace. Mais, elles finissent par être frappées par la même obsolescence intellectuelle que les modes précédentes. C’est pourquoi l’histoire de la philosophie est pour Kant un champ de bataille où s’affrontent vainement des dogmatismes contraires ou contradictoires dans un combat d’où nul ne rentre victorieux. Tautologies, pétitions de principe et logomachies sont le propre des philosophies abstruses. Dans ces trahisons de la philosophie, avoir la culture philosophique, c’est réaliser l’exploit singulier de savoir parler sans pouvoir rien dire ou pouvoir parler de tout, savoir manier les invectives, les calembours, bref faire montre du bel esprit, au besoin, être en mesure de chicaner habilement les autres, leur démontrer leur myopie intellectuelle au sujet des choses qu’on ne voit pourtant pas soi-même. Être philosophe dans ce cas, c’est pouvoir rivaliser d’adresse avec Agathon et Magdelon de Molière, c’est-à-dire être capable de préciosité et même de ridicule. Cette préciosité ridicule caractérise tous ceux qui s’imaginent qu’en philosophie, on est d’autant plus savant qu’on a une langue à la fois très lourde et très épaisse. Ils ignorent que la pesanteur et l’épaisseur d’une telle langue problématisent sérieusement la communication du philosophe dont le silence serait préférable au discours lourd et inintelligible qu’il tient à des fantômes. La pesanteur de la nomenclature de la philosophie des vaniteux est pratiquement vaine. Cette altière vanité qui a longtemps distrait la philosophie de sa noble mission historique, est une nouvelle sophistique dont le seul dessein est de réaliser une véritable « pédantocratie ». C’est pourquoi, d’un « ton grand seigneur » elle impose ses propres dogmes et institue dans les esprits la croyance qu’en marge d’elle, on sombre fatalement dans l’abîme de l’erreur et de l’ignorance. Au Cameroun, cela est fort remarquable avec la tendance à la « confrérisation » du logos et à la « sectarisation » de la philosophie dans des cercles intellectuels fort étouffants parrainés par des maîtres qui existent à la manière des gourous, tant ils ne ratent pas l’occasion de harceler psychologiquement les consciences jalouses de leur indépendance.

Les succès mondains de la néo-sophistique dans les agoras, les amphithéâtres et les médias, font des « philosophes » qui la cultivent et l’entretiennent, des stars d’un genre spécial qu’il est heureux de rencontrer, de contempler et d’écouter religieusement. Être philosophe, dans ce cas, c’est pouvoir affirmer son excellence, en prouvant, par exemple, qu’on peut discourir facilement, même sans compétence théorique, sur des vérités générales dans un jargon hermétique, mais agréablement assaisonné de locutions grecques ou germano-latines. La philosophie ainsi conçue est tenue, selon Hubert Grenier, « pour une sorte de matière vaporeuse livrée à la délectation des esprits distingués. » C’est ce pédantisme admirable que Molière caricature à la fois dans Les Femmes savantes et Le Bourgeois gentilhomme. À cette philosophie qui n’est bonne que pour conter fleurette aux âmes sensibles à la flatterie ou pour  briller aisément dans un ciel sans étoiles, Descartes préférait une, pratique, grâce à laquelle nous pouvons « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature » et jouir, « sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent ». Les siennes de ces « philosophes » particuliers passent pour des modes d’être d’un génie singulier, celui que le philosophe n’aurait en partage qu’avec ses pairs.

Ceux qui se plaisent à gérer les concepts vides d’une philosophie qui tient des discours à elle-même, font montre, comme le dit si bien Revel, d’« une ingéniosité stérile sur des textes » éculés. Ceux qui transforment l’histoire de la philosophie en une vaine paléographie conceptuelle, en réduisant l’ « auguste mère des sciences » au commentaire plus ou moins insipide des textes des autres, oublient que la philosophie est une discipline vivante qui doit surtout exister au présent, et que l’actualiser consiste moins à présentifier les vérités des Anciens qu’à penser par concepts les crises et les contradictions du présent dans la perspective d’un futur plus humanisant.

Il y a donc lieu de se reposer la même question que Jean-François Revel : « à quoi bon, en effet des philosophes ? Ou, du moins ces philosophes, si leur philosophie est devenue le contraire de la philosophie, si la discipline de libération par excellence a peu à peu dégénéré en cette litanie béate des formules venues de tous les étages du temps et de tous les coins de l’espace, si la prétendue école de la rigueur n’est plus que le refuge de la paresse intellectuelle et de la lâcheté morale ? » À quoi sert finalement cette philosophie qui « substitue l’incantation à la solution » ou qui « aboutit à une pure et simple réédition de l’Aristoteles dixit médiéval » ?

 
À QUOI BON, LA PHILOSOPHIE ?

Le caractère fréquentatif de cette question dans l’histoire de la philosophie moderne et contemporaine est symptomatique du malaise qu’éprouvent, par exemple, Descartes, Hume, Kant, Marx, Revel, Nizan, Adorno ou Habermas. Pour nous, tant que la philosophie fonctionne comme un système axiomatique vide de tout contenu humain, donc de la misère des peuples, de l’injustice et de la violence qui définissent de plus en plus l’histoire, elle se niera en tant que telle. Elle continuera de collaborer, de façon suicidaire, à sa propre mort tant qu’elle se complaira dans la rhétorique merveilleuse et capiteuse ou lorsqu’elle s’enlisera dans la phraséologie pompeuse et impressionnante, parce que charmante et savante en apparence. Elle consiste souvent à prendre les astuces de style pour des arguments logiques. Dans les effets rhétoriques spéciaux auxquels la philosophie abstruse a coutume de recourir, on enveloppe l’objet du discours philosophique d’une imperméable carapace verbale. C’est la tendance morbide à la phraséologie que Marx et Engels critiquaient déjà chez les jeunes hégéliens qui, parce que victimes de la superstition des produits de la conscience des hommes pourtant historiquement déterminés, se contentaient de substituer à la phraséologie qu’ils critiquaient, la leur propre. Non contente d’exister dans le hors-temps, c’est-à-dire en dehors de l’existentiel, sous prétexte que ce mode d’existence est son propre, la philosophie abstruse donne parfois dans l’irrationalisme, oubliant que tout exposé rationnel de l’irrationnel s’autoréfute par le fait même. On la connaissait déjà comme étant inutile. Il faut désormais ajouter à ses pauvres attributs, l’absurdité dans laquelle elle s’enferme souvent orgueilleusement, comme si sa vanité ne suffisait pas à la dévaluer systématiquement. À l’instar des sorciers qui n’existeraient que dans l’obscurité, les partisans de la philosophie abstruse préfèrent l’opacité à la clarté comme s’ils avaient quelque chose de honteux à cacher dans les ténèbres.

La philosophie se dévalue systématiquement chaque fois qu’elle coïncide parfaitement avec l’art du pancrace que dénonce Platon dans Euthydème. La misère de la philosophie abstruse est due au fait qu’elle déploie des concepts vides dans le vide et prend le bruit qu’ils produisent pour les remous de la vie réelle. Beaucoup plus familière aux en soi, aux substances, à l’âme, à Dieu qu’aux hommes vivants, produits particuliers de telle ou telle civilisation, qui expérimentent tel ou tel problème dans telle ou telle gouvernance ou dans tel ou tel mode de production, la philosophie abstruse est une agréable masturbation intellectuelle doublée d’une vaine gymnastique consistant, pour l’esprit, à s’exercer à esquiver élégamment les problèmes réels ou à les occulter simplement.

La philosophie a pour fonction de maintenir en éveil la conscience critique sans laquelle la dignité de l’homme risque d’être aliénée dans la masse hétéroclite des choses à vendre, à acheter, à produire et à consommer. Elle destine cette conscience à la libération de l’humanité de l’homme très souvent aliénée par la pression de conformité sociale et les sources d’obscurantisme. Elle devient un jeu puéril et inutile lorsqu’elle n’aide pas déjà le philosophe à corriger les bigarrures morales de son propre ethos et quand elle se plaît à entretenir de séduisants rêves métaphysiques au moment où les hommes sont de plus en plus pris dans l’étau acéré des contradictions de la vie, notamment lorsque le développement de l’efficacité de l’intelligence humaine coïncide paradoxalement avec la corruption de la moralité et la crise de l’homme. La philosophie a tort de s’enfermer à clé dans des institutions où on forme surtout à la pelle des Socrate-fonctionnaires souvent habiles à satisfaire les besoins de la cause professionnelle, en identifiant les concepts des philosophes dont ils ont le devoir d’enseigner la pensée ou en dissertant admirablement, dans la perspective d’une bonne évaluation, sur l’universalisme d’un Platon, d’un Descartes, d’un Kant ou d’un Hegel, bien qu’on ne se serve pas des concepts de ces philosophes pour lire ou penser l’actualité ou l’histoire tout court. Cela explique pourquoi, en marge des dissertations et des commentaires philosophiques qu’ils réalisent plus ou moins brillamment à l’université, certains étudiants et enseignants cultivent et entretiennent souvent, à l’instar de leurs autres concitoyens, les mêmes préventions et croyances superstitieuses. S’ils opinent de la même manière que ceux qui ne se sont jamais initiés à la philosophie, c’est parce qu’ils se persuadent que l’esprit philosophique est ce qui n’est exigible que dans les dissertations philosophiques dont l’évaluation peut donner sur une belle carrière professionnelle. Voilà pourquoi l’universalisme qu’on professe ou qu’on étudie, coïncide curieusement avec la misère existentielle des enseignants et des étudiants, sans que les uns et les autres puissent, à l’aide de l’outil conceptuel que leur offre gracieusement l’histoire de la philosophie, interpeller philosophiquement une telle misère. Les uns et les autres continuent stoïquement d’aliéner leur particularité existentielle dans la recherche d’un universalisme problématique, en s’imaginant naïvement qu’il leur suffirait de contempler la beauté des Idées platoniciennes, la « logicité » et la transcendantalité inaliénables des sujets cartésien et kantien, pour qu’ils puissent rectifier, au moyen de ces universaux, les contradictions de leur existence personnelle. Ils offrent certes, par-là, un bel exemple d’attitude philosophique, laquelle rappelle la dignité et la majesté de Socrate continuant sereinement de s’entretenir en prison des questions philosophiques avec ses amis, bien qu’il fût condamné à boire la ciguë.

Mais, la philosophie n’est pas l’asile des irresponsables, ceux qui refusent de s’assumer sous le prétexte honorable que leur irresponsabilité est une altière attitude philosophique. Ne sachant pas pourquoi Platon, Descartes, Spinoza, Hume, Kant, Hegel, Marx, etc. sont au programme de philosophie, les étudiants se résignent à consommer passivement leurs concepts sans pouvoir réaliser leur rapport éventuel avec le déjà-là ou avec le non-encore-là. Ils se persuadent que ce sont ces philosophes-là qui sont à la mode dans leur université, même si leurs concepts ne permettent pas la lecture de l’actualité ou la définition de la possibilité idéale pour eux. Cela explique le spectacle désagréable et ridicule que donnent beaucoup d’étudiants pour qui philosopher, c’est badiner avec les concepts philosophiques ; c’est pouvoir parler admirablement pour impressionner, par une logorrhée plus ou moins pourvue de sens, leurs camarades des autres filières. Cela explique également la tendance considérable qu’ont certains étudiants au commode vagabondage à travers les systèmes philosophiques passés et parfois dépassés. De tels vagabonds peuvent tout au plus devenir de robustes répétiteurs et d’habiles traducteurs des concepts philosophiques d’autrui. Habitués à explorer les concepts des autres, ils n’arrivent plus à se forger une personnalité philosophiquement fécondante. Cette tendance au mimétisme prime sur le devoir de penser pour promouvoir le libre jugement qui définit vraiment la philosophie. Déterminée par les maniaques de la répétition et de la traduction, lesquels sont dans une servitude théorique caractérisée pratiquement par le mimétisme puéril des grands maîtres jusque dans leurs tics de langage, la philosophie n’est plus qu’une matière d’enseignement, bonne pour alourdir davantage les programmes scolaires et universitaires. Dans certaines universités, on a également tendance à croire que la philosophie n’existe que dans le corps des plus gradés. Collaborer à entrer dans ce corps prestigieux pour avoir le statut de philosophe, devient le principal but à atteindre. Empêcher les autres d’accéder à la jouissance du prestige lié à ces grades, devient également l’objectif de ceux qui veulent avoir l’exclusivité des grades académiques pour dominer les autres. C’est ainsi que certains de ces grands maîtres commandent la libation, jusqu’à la lie, de leurs thèses ou de celles qu’ils défendent, quand ils n’écrasent pas au passage, les moins gradés. Ce caporalisme indigne de la philosophie consiste à faire prévaloir le grade au détriment du concept à développer et à promouvoir. La dramatisation puérile des grades universitaires, analogue à l’exhibition des galons dans les casernes, a pour fin de tenter vainement de compenser la vacuité philosophique de ceux qui fétichisent le grade. L’assurance vantarde avec laquelle ils arborent leurs titres académiques, permet de penser qu’il n’y a rien de consistant sous ces beaux étendards qu’ils se plaisent à agiter de façon narcissique. Prendre la publicité ridicule de ses grades universitaires pour la preuve de sa compétence philosophique, est la malheureuse confusion dont sont victimes tous ceux qui espèrent pouvoir compenser leur vacuité conceptuelle par l’étalage enfantin des grades parfois mal acquis. En devenant une activité intellectuelle autistique, la  philosophie justifie les critiques dont elle est souvent l’objet. Elle se discrédite considérablement lorsqu’elle s’abstient d’interroger une histoire dans l’étau des contradictions de laquelle l’homme est souvent coincé ou écrasé.

 PHILOSOPHIE ET HISTOIRE

Comme le relève Paul Nizan dans Les chiens de garde, la philosophie, lorsque ses concepts sont en rupture de contact avec la vie, apparaît comme la terre promise de ceux qui dédaignent l’histoire avec ses misères et ses servitudes. C’est un tel dédain que ce philosophe dénonce en ces termes : « Nous vivons dans un temps où les philosophes s’abstiennent. Ils vivent dans un état de scandaleuse absence. Il  existe un scandaleux écart, une scandaleuse distance entre ce qu’énonce la philosophie et ce qui arrive aux hommes en dépit de sa promesse, la philosophie est en fuite. Elle n’est jamais là où l’on aurait besoin de ses services. Elle est, ou plutôt paraît, démissionnaire. Il faudra même parler d’abandon de poste, de trahison. » Cette trahison qui revêt le masque hypocrite d’une altière indifférence, consiste, pour la philosophie, à continuer à produire, avec une sérénité tout à fait cynique, des concepts qui se veulent purs, à scruter le « ciel glacial des Idées » ou à explorer tranquillement « les lieux intelligibles » pendant que la terre connaît d’importants remue-ménages et que des hommes éplorés se trouvent dans la « vallée des larmes ». Les grandes avenues dans lesquelles roule la pensée de cette sorte de philosophie ne sont pas encombrées par les embouteillages ; ils ne connaissent pas les problèmes de salubrité ou de sécurité ; elles n’ont pas de nids-de-poule et ne sont pas peuplées de clochards, de mendiants ni pavoisées de cadavres comme c’est le cas des routes des hommes réels. Si leur beauté surplombe la misère du monde objectif, c’est parce qu’elle vaut en soi. Cela permet de comprendre pourquoi le concept philosophique y circule aisément. Lorsque ces beautés en soi sont quelque peu éprouvées par de légères contradictions que motivent parfois les passions des philosophes redevenus accidentellement des êtres de chair et d’os, la froide raison philosophique les résout ou les dissout. Exiger donc que les catégories pures de la divine philosophie s’appliquent à l’histoire réelle des hommes, c’est encourir les foudres de tous ceux pour qui, satisfaire à une telle exigence, c’est souiller l’immaculée conception philosophique. Pour ces « belles âmes », la schématisation des concepts philosophiques est une abominable transmutation de la philosophie en idéologie partisane. Une telle transmutation aliénerait la dignité que conférerait à la philosophie son caractère universel et abstrait.

Mais, cette dignité affectée qu’on croit devoir protéger par un académisme et un pédantisme tout à fait vains, n’est qu’une démission élégante par rapport aux obligations de la philosophie. De telles obligations consistent à penser l’histoire dans ses misères et ses contradictions. Cette démission subtile est assortie de l’illusion qu’en évitant de penser les misères et les contradictions de l’histoire, la philosophie académique donne, par-là, la preuve de sa dignité et de sa transcendance. C’est pourtant dans cette fugue aux apparences de transcendance, qu’elle donne plutôt la preuve contraire, celle de son indignité et de sa vanité. Cette politique d’autruche est la complicité de cette philosophie par rapport à la misère objective qu’elle se garde, par cette sotte pruderie, de penser. C’est en voulant plutôt protéger la prétendue virginité de la philosophie au moyen des concepts fétichisés que les « académiques » construisent ce qu’ils veulent pourtant éviter, à savoir l’idéologie au sens de Marx et d’Engels. Ces philosophes ont bien montré l’aberration de la fétichisation des produits d’une conscience réellement déterminée par l’histoire. Nous leur accordons que les « abstractions prises en soi, détachées de l’histoire réelle, n’ont absolument aucune valeur. »

Actuellement, lorsqu’elle ne dilapide son génie dans la résolution des problèmes d’ordre métaphysique, elle se fait prendre tout à fait en pension par la Fonction Publique pour jouir d’une retraite tranquille et agréable, donnant ainsi en gage la liberté de penser qui la définit essentiellement. La dépendance absolue de la philosophie de la Fonction Publique est d’autant plus dangereuse qu’elle est assortie du risque de voir les philosophes devoir faire allégeance au prince sous peine d’être bannis des institutions de l’État, s’ils osent interroger les vérités officielles. Par un simple fiat administratif ou politique, le prince peut rayer les philosophes professionnels du corps des fonctionnaires, s’ils n’assument pas convenablement le devoir de fidélité et d’allégeance qui les lie à sa volonté. Pour le bien de son existence, la philosophie ne doit pas s’aliéner tout à fait dans la Fonction Publique. La philosophie se nie en tant que telle lorsqu’elle sacrifie sa liberté à l’autel de l’opportunisme social et politique, notamment dans la recherche des faveurs d’un prince qui la tolère soit pour donner le change, soit dans l’espoir qu’elle pourra lui être d’un grand secours dans la conservation de son pouvoir. Spinoza l’a très bien compris. En déclinant courtoisement l’offre d’une chaire de philosophie à lui offerte par le Sérénissime Électeur Palatain, en dépit de l’assurance qu’il philosopherait librement dans sa principauté, ce philosophe ne voulait certes pas préférer les recherches philosophiques à l’enseignement public. Mais son refus s’explique surtout par le fait que l’offre généreuse du prince ne pouvait pas lui assurer dans les faits la liberté de philosopher sur la religion et la politique. C’est pourquoi il écrivit au Dr. Louis Fabritius en ces termes : « j’ignore dans quelles limites ma liberté philosophique devrait être contenue pour que je ne paraisse pas vouloir troubler la religion officiellement établie. » La philosophie doit donc éviter un mode d’existence parasitaire vis-à-vis de la Fonction Publique et du pouvoir politique afin de protéger sa liberté d’interroger, de juger ou, le cas échéant, de condamner. Comme l’affirme Marcien Towa à la suite de Hegel, la philosophie est « la pensée de la crise ». Mais, elle ne cultive ni n’entretient la crise dont elle est la pensée pour pouvoir exister nécessairement. Elle pense les situations critiques pour définir les conditions de possibilité de leur dépassement. Elle participe à la libération de l’humanité d’une actualité corrompue soit par l’obscurantisme des philodoxes et des philomythes, soit par la dictature des instincts sauvages auxquels les hommes donnent de plus en plus cours lorsque les enjeux d’ordre politique, économique, idéologique ou affectif les opposent dans le temps et dans l’espace.

Historiquement, la philosophie a commencé à exister dans la rue, tout au moins avec Socrate qui philosophait habituellement sous les oliviers et les platanes dans les faubourgs d’Athènes. Elle entra peu à peu dans les institutions (l’Académie de Platon, le Lycée d’Aristote… l’Université, etc.), abandonnant résolument la rue avec ses misères et ses malheurs pour jouir d’une retraite paisible dans une tour d’ivoire qu’elle a su se construire patiemment dans le temps. L’hostilité et l’adversité de la rue ont dû avoir raison de sa témérité. Mais, c’est en se protégeant contre la misère et les malheurs de la rue qu’elle se renie ou démissionne. En cessant de penser les crises de la rue pour parler, sur un ton très docte et très bourgeois, de la bonté inaliénable de Dieu, de la constitution des substances, de la beauté anhistorique des Idées, des affaires de l’âme et du ciel, elle s’est rendue suspecte de complicité par rapport aux facteurs de propagation de la misère et des malheurs de la rue. La philosophie démissionne par rapport à ses devoirs historiques lorsqu’elle prétend se situer au-dessus de l’histoire et discourir par-delà la détresse des individus et l’adversité du temps qui passe. C’est le cas de la philosophie qui « cultive une si hautaine horreur des contacts » avec la vie réelle, sous prétexte que sa dignité théorique lui interdit de se rapporter à elle. C’est en ayant le courage d’interroger constamment l’existence de l’homme pour en identifier et en évaluer le sens, que la philosophie maintient en éveil la dimension critique de la conscience, celle qui protège l’humanité de l’homme contre le déterminisme néfaste des facteurs hétéronomisants que sont les politiques liberticides ou homicides, les croyances superstitieuses, la pauvreté matérielle et morale qui prédisposent les individus, les peuples et les États à la subordination de leur pouvoir d’élire ou de choisir à la volonté des autres.

Pour pouvoir identifier l’utilité de la philosophie aujourd’hui, il faut d’abord se garder de lui demander des recettes de ménagère, en s’interrogeant, par exemple, sur sa capacité à résoudre les problèmes quotidiens. Cette demande qu’on formule très souvent au point de prendre cette discipline pour la magie qu’elle ne sera jamais, procède de l’ignorance de son statut théorique et du véritable rôle historique qui est assigné à la philosophie. Elle exprime également une attente : on attend effectivement que la philosophie, qui est généralement le fait intellectuel des esprits brillants, éclaire de ses lumières les sentiers obscurs et sinueux de la vie, afin que l’homme existe réellement et ne se contente pas d’être comme une chose qui n’a pas la moindre conscience de sa choséité. Cette demande montre enfin combien important est le capital d’espoir que l’humanité, qui est de plus en plus en quête de bonheur, place dans la philosophie. L’homme qui attend que son parcours existentiel soit heureusement reconfiguré par cette discipline, formule une telle demande dans l’ignorance des malheurs dont elle-même peut être l’objet. En élevant l’existentialité à la dignité du concept, la philosophie n’a réellement pas pour objectif de prouver ce dont elle est logiquement capable. Cette opération de conceptualisation a pour fin de donner une meilleure lisibilité au réel pour une bonne visibilité existentielle exigible non seulement dans la sauvegarde de l’humanité de l’homme d’aujourd’hui, mais aussi dans la réappropriation d’un monde et d’une histoire dont le sens lui échappe évidemment.

 

 

- R. Descartes, Discours de la méthode, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 36.

- Cf. Molière, Les Femmes savantes, vers 44-48.

- J.- F. Revel, Histoire de la philosophie occidentale, Nil Éditions, Collection Pocket, 1994.

- Ibid.

- Agathon et Magdelon sont les deux pédantes ridicules dont Molière décrit les fantaisies et les extravagances dans Les Précieuses ridicules.

- H. Grenier, La connaissance philosophique, Paris, Masson & Cie, 1973, p. 128.

- R. Descartes, Discours de la méthode, p. 84.

- Revel, Pourquoi des philosophes ? Paris, J.-J. Pauvert, 1957, p. 16.

- Revel, op. cit., pp. 183-184.

- Ibid., p. 183.

- Ibid., pp. 175-176.

- Cf. le titre de l’introduction aux Profils philosophiques de Jürgen Habermas.

- K. Marx et F. Engels, L’idéologie allemande, Première partie : Feuerbach, trad. Renée Cartelle et Gilbert Badia, Paris, Éditions Sociales, 1965,  p. 17.

- P. Nizan, Les chiens de garde, Paris, FM/ Petite collection Maspero, 1976, p. 29.

- K. Marx et F. Engels, op. cit.,  p. 29

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