Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.
Les représentations, à n’en pas douter, tiennent une place capitale dans la vie des hommes. Individuellement ou collectivement, consciemment ou inconsciemment, ils en produisent en permanence ; ce sont des produits qu’ils consomment, échangent, écoulent, imposent ou subissent dans leur vécu quotidien comme tout autre bien au sens économique du terme, avec ce que ces idées à peine analogiques de production ou de consommation suggèrent de pouvoir de manipulation et de marchandage, de puissance mobilisatrice, aliénatrice ou libératrice.
En somme, on est en droit de parler de la faculté qu’a l’homme de produire des représentations comme d’une fonction vitale et de quelque chose par quoi l’espèce humaine se distingue des autres animaux ; c’est-à-dire que le genre humain périrait si d’aventure les hommes, pour une raison ou pour une autre, venaient à perdre ce pouvoir qui s’exprime dans les domaines aussi variés que le langage, l’art, la religion et les pratiques magiques, la mythologie, la politique, la science ou la philosophie.
Mais tout pouvoir n’est-il pas potentiellement monstrueux dans la mesure où il s’expose soit à des abus prémédités, soit à des dérapages imputables à la simple maladresse ? S’impose donc un nécessaire contrôle des représentations par la raison, instance normative, juge du bien et du mal, du vrai et du faux. Car si les représentations sont des aliments dont se nourrissent les hommes pour vivre et persévérer dans leur être, d’après une pensée empruntée ici à Spinoza, c’est-à-dire des outils dont ils se servent afin de se conserver et de durer autant que possible dans l’espace et dans le temps, il y a donc lieu de relever que les risques d’intoxication ne sont nullement négligeables ; les hommes forgent à dessein des représentations et y recourent comme à des armes pour s’entre-détruire, donc à des fins hégémoniques ou géostratégiques ; ils vivent de représentations, certes, mais, à l’échelle des individus ou à celle des communautés, il y a bien aussi des cas de perturbations plus ou moins profondes de santé, des cas de décès, des exemples historiques de retard et de recul dus à un certain usage du pouvoir des représentations, à une mauvaise consommation des représentations.
S’il est besoin d’illustrations, on peut ici par exemple faire référence :
à des malades mentaux dont le déséquilibre comportemental est d’origine religieuse, comme si les sujets considérés étaient victimes d’une surdose de représentations, poussés à vivre dans un univers irréel ;
à des actes de violence et à des attitudes de discrimination, tels que le tribalisme, le racisme et toute autre forme d’intolérance irrationnelle uniquement liés à une certaine idée de soi-même et d’autrui ;
à la révision modernisante des représentations à laquelle ont dû procéder en Europe les penseurs de la Renaissance et des Lumières pour faire progresser l’Humanité. Ce dernier exemple invite à souligner ceci qu’il est juste de voir dans les représentations des facteurs subjectifs potentiels ou actifs de retard des connaissances, c’est-à-dire qu’elles deviennent trop facilement des causes d’inertie, des obstacles épistémologiques au sens où l’entend Gaston Bachelard.
Entre les hommes et leurs propres représentations, il y a donc des rapports complexes qui se déteignent et sur leurs comportements de tous les jours, et sur les relations qu’ils entretiennent entre eux. Les représentations et le pouvoir qui les sous-tend méritent dès lors d’être examinés de manière critique, comme Kant l’a fait de la raison de manière générale en tant que pouvoir humain de connaître : il s’agit ici de la Critique du pouvoir des représentations. Car les enjeux de l’usage de ce pouvoir sont immenses.
Les axes de la réflexion sur le pouvoir des représentations sont par conséquent ouverts ; mais on peut proposer de les examiner à travers le traitement des questions suivantes :
en quoi les représentations consistent-elles ?
de quel pouvoir procèdent-elles et quel pouvoir désignent-elles elles-mêmes ?
quel usage convient-il d’en faire ?
Ces problèmes peuvent être étudiés en relation avec les domaines que nous avons relevés :
le langage ;
l’art ;
la religion, la mythologie et les pratiques magiques ;
les rapports avec autrui, la politique et la géostratégie ;
la science et la philosophie.
Il est entendu que le choix de l’un quelconque de ces thèmes n’est nullement exclusif ; c’est-à-dire que plus d’un de ces centres d’intérêt peut parfaitement être examiné dans un article. Il est préférable que les textes proposés, même s’ils prennent pour point d’appui l’étude d’un livre ou d’un penseur, reflètent néanmoins très clairement l’avis raisonné de leur auteur.
Les résumés des projets de contribution sont attendus au plus tard le 02 décembre 2009. Le 15 février 2010 est le dernier délai de recevabilité des textes définitifs qui seront publiés dans la collection « Problématiques Africaines » des Éditions L’Harmattan.
Normes protocolaires :
-interligne 1,5 ;
-police : Times New Roman ;
-taille : 12 ;
-format : 15 à 20 pages maximum ;
-notes de bas de pages.
Bien vouloir prendre attache avec le Professeur Lucien Ayissi.
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