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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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Essai de clarification du rapport de l'Afrique à la technoscience

ESSAI DE CLARIFICATION DU RAPPORT DE L’AFRIQUE À LA

TECHNOSCIENCE

Publié dans les Annales de la Faculté des Arts, Lettres et Sciencesprofesseur_ayissi-1.jpg Humaines de l’Université de Yaoundé I, Vol. 1, N° 4, 2006.


Résumé


Essayer de comprendre les rapports de l’Afrique à la technoscience, revient à évaluer ceux-ci relativement aux défis actuels de ce continent. Cela revient également à réévaluer l’optimisme et le pessimisme technoscientifiques. Cette réévaluation permet de soutenir que c’est lorsqu’on fait bon marché de l’instrumentalisation de la technoscience qu’on est prédisposé à lui imputer les défauts qui sont plutôt le fait de l’homme. C’est donc l’homme qu’il faut « éthiciser » afin que son instrumentalisation de la technoscience ne le prédispose plus à la barbarie et à l’inhumanité.

 

Mots clés : technoscience, science, technique, domination, libération, violence, barbarie, développement, optimisme, pessimisme, technophobie.

 


Abstract

 

An attempt to understand reports from Africa on technoscience means coming back to evaluate this in relative terms to present african condition. This re-evaluation of the technoscientific optimism and pessimism allows one to maintain that it is when we render cheap the instrumentalisation of technoscience that we are predisposed to attribute to it the flaws which are manmade. It is thus man who should of neccessary be ‘‘ethicised’’ in order that his instrumentalisation of technoscience does not make this latter be inclined towards barbary and inhumanity.

 

Key words : technoscience, science, technique, domination, liberation, violence, barbary, development, optimism, pessimism, technophobia.

 

 

INTRODUCTION

 

Le besoin de clarifier correspond nécessairement à une situation confuse ou ambiguë. Clarifier revient alors à rendre intelligible  ce qui est obscur, bref à substituer aux ténèbres qui occultent la vérité, la lumière qui la dévoile et l’expose à la contemplation de ceux qui se passionnent pour elle. Si le besoin de clarifier le rapport de l’Afrique à la technoscience se fait sentir, c’est justement parce qu’un tel rapport est ambigu. Cette ambiguïté naît de la contradiction qui caractérise l’attitude des penseurs africains dans leur rapport à la technoscience. Cette contradiction qui oppose l’optimisme et le pessimisme technoscientifiques est la forme réactivée du débat qui anime, thématiquement parlant, l’ouvrage du célèbre écrivain Cheikh Hamidou Kane, à savoir L’Aventure ambiguë. Dans l’un et l’autre débat, il est question de savoir s’il faut adopter ou non la rationalité scientifique et technique occidentale. Autrement dit, le rapport de l’Afrique à la technoscience peut-il être considéré comme une aventure ambiguë ?

            La nécessité de clarifier ce rapport nous impose le devoir de définir d’abord la technoscience, de faire ensuite la relecture de l’optimisme et du pessimisme technoscientifiques africains, et enfin de définir l’idéal de ce rapport à la lumière de la condition objective de l’Afrique actuelle.

 

I-DE L’ESSENCE DE LA TECHNOSCIENCE

 

 

            Pour définir adéquatement le concept de technoscience, il convient d’en faire d’abord l’archéologie à la lumière de son créateur, Gilbert Hottois, philosophe belge contemporain. Une telle archéologie consiste en la description de la mutation épistémologique au terme de laquelle le concept de technoscience est né. Cette mutation est caractéristique de l’évolution intellectuelle qui va de la science ancienne à la science moderne. La science ancienne est « logothéorique », c’est-à-dire conceptuelle, discursive, langagière et non mathématique. Sa finalité est logique et théorique, car la rationalité scientifique se borne à viser l’être dans sa constitution intime, ce qu’Aristote appelle « l’être en tant qu’être ». La science ancienne est surtout philosophique. Dans son effort d’intelligibilisation du réel, la « logothéorie » protège sa dignité de science pure contre la corruption de l’utilitarisme ou de l’instrumentalisme. L’idéal logothéorique, c’est la réalisation d’une science expurgée des préoccupations pratiques,  donc utilitaires. La « logothéorie » se réduit, par conséquent, selon Gilbert Hottois (1990 :16),  à une « image symbolique, unitaire qui nous montrerait la nature et la structure du réel tout en nous offrant la maîtrise contemplative à la manière d’un tableau que l’on  domine du regard. »

 La philosophie classique qui se confond généralement avec la science ancienne, résume bien l’idéal de la « logothéorie ». Sa dignité de « science des premiers principes et des causes premières » lui interdit tout rapport avec le métier des ingénieurs, des techniciens et des manouvriers. Parce qu’elle existe en retrait par rapport à la technique, la science ancienne passe pour être pure, neutre et bonne en soi (Ibid.,17), étant donné qu’elle est, affirme Hottois (loc. cit.),

 

« une sorte de sémantique, de mise en ordre conceptuelle définitive et à partir de l’ensemble mal organisé des significations données du langage. L’idéal de la science ancienne est de constituer un corps logiquement organisé appuyé sur des définitions (…) et sur des principes, et procèdent ensuite déductivement. »

 

            Mais à la période moderne, notamment à partir du XVIIe siècle, il s’opère une importante mutation épistémologique dans les sciences qui, devenant de plus en plus opératoires parce que schématisant de plus en plus aisément leurs concepts dans le réel, mettent également en relief la vanité de la « logothéorie ». À l’ancien binôme science-technique assorti du primat de la « logothéorie », s’est substitué le monôme technoscience, résultat du couplage ou de l’interpénétration de la science et de la technique au point qu’« aujourd’hui », affirme Gilbert Hottois (op. cit. : 23), « les pôles théorique et technique de l’activité scientifique sont indissolublement enchevêtrés. » C’est J.-J. Salomon, qui, selon Gilbert Hottois (op.cit : 23-24), illustre bien la relation d’enchevêtrement en question :

 

« Dans cette relation, la théoria est l’instance première au sens chronologique plutôt qu’hiérarchique de la technè, et sans que ses priorités épistémologiques soient constantes par rapport aux acquisitions techniques qui les fondent ; les conquêtes de la science passent aussi par celles de la technologie. L’expérience de la guerre et celle, plus récente, des recherches spatiales ou des grands laboratoires industriels tels que ceux des Bell Laboratories, de la General Electric, de Du Pont ou d’I.B.M., ont montré que si le développement technique dépend étroitement de la science pure, le progrès de la science dépend tout aussi étroitement de la technique. L’emploi massif d’instruments n’est pas moins devenu la règle pour les ingénieurs (…). Comme la science crée des êtres techniques nouveaux, la technique crée des lignées nouvelles d’objets scientifiques. La frontière est si tenue qu’on ne peut plus distinguer entre l’attitude d’esprit du scientifique et celle de l’ingénieur, tant il y a des cas intermédiaires.»

 

            Le concept de technoscience traduit convenablement la relation d’interdépendance de la science et de la technique qui a motivé la constitution du complexe scientifico-technique dû à la scientifisation de la technique et à la technicisation de la science, transcendant, par le fait même, l’idéal ancien essentiellement « logothéorique » et philosophique. Cela fait dire à Jean-René Ladmiral cité par Gilbert Hottois (op. cit. : 22) que

 

« Depuis les grandes inventions du XIXe siècle (…) la science et la technique sont entrées dans une relation de double dépendance réciproque et se trouvent couplées dans un double processus de feed-back. De nos jours, la recherche scientifique met en œuvre des techniques de précision qui lui sont devenues tout aussi essentielles que la méthode expérimentale elle-même. »

 

Ainsi, d’après Gilbert Hottois (op. cit. : 29),

 

« Les termes « technoscience » et « technoscientifique » signalent à la fois l’enchevêtrement des deux pôles et la prépondérance du pôle technique, aussi sont-ils approuvés pour désigner l’activité scientifique contemporaine dans sa complexité et son originalité.»

 

            Si l’enchevêtrement des pôles scientifique et technique initialement indifférenciés est la condition de possibilité de la science moderne, il ne préserve pas la pureté, la neutralité ou l’innocence qu’on reconnaissait à la « logothéorie ». La fonctionnalité instrumentale de la technoscience, son intégration administrative, politique, économique et militaire posent des problèmes d’ordre éthique qui ne se posaient pas (Ibid. : 31) dans le cadre de la science ancienne.

 

« Alors que la science théorique pouvait se dire pure et innocente, la technoscience, parce qu’elle est essentiellement activité modificatrice et productrice dans le monde, n’est jamais totalement innocente. Praxis, elle est éthiquement problématique. Des questions éthiques se posent aujourd’hui au niveau de la recherche dite fondamentale parce que le projet de savoir est faire et pouvoir. Ceci est aussi vrai de la recherche fondamentale en physique que de la recherche en génétique moléculaire, par exemple. »

 

            Les termes « pureté », « neutralité », « bonté », « innocence » relèvent d’une prédication morale dont la technoscience est de plus en plus l’objet selon qu’elle motive l’optimisme ou le pessimisme, voire la phobie technoscientifiques de la part de tous ceux qui en font, suivant les termes d’Hottois, une « évaluation anthropologiste ». L’ambivalence de la technoscience, justiciable de l’attitude ambiguë que les théoriciens africains adoptent à son égard, explique la contradiction qui existe entre l’optimisme et le pessimisme technoscientifiques, telle qu’elle est aujourd’hui réactualisée en Afrique.

 

II-L’ANALYSE DE L’OPTIMISME ET DU PESSIMISME

    TECHNOSCIENTIFIQUES AFRICAINS

 

Cette analyse portera principalement sur l’optimisme technoscientifique de Marcien Towa, de Paulin Hountondji et de Fabien Eboussi Boulaga et sur le pessimisme technoscientifique  de Sidiki Diakité et de Pius Ondoua.

 


II.1- LES PARTISANS DE L’OPTIMISME TECHNOSCIENTIFIQUE

 

            L’optimisme technoscientifique de Towa et de Paulin Hountondji reflète, dans la problématique africaine, à la fois celui de Francis Bacon et de René Descartes au XVIIe siècle et des philosophes des Lumières au XVIIIe siècle.  Dans les deux cas, on souscrit aux principes du positivisme et on exalte et célèbre, par conséquent, la rationalité technoscientifique à laquelle on reconnaît le pouvoir de libérer l’homme de l’empire de la nature et de la superstition. La thèse d’une science qui s’identifie à la puissance, laquelle permet de vaincre la nature en lui obéissant (cf. Natura parendo vicintur)  est certes baconienne. Elle relève de l’optimisme scientifique et technique caractéristique de toutes les philosophies qui ont fondé l’espoir d’émancipation de l’humanité sur la domination du cosmos par la science. C’est pourquoi elle correspond également  au vœu formulé par Descartes (1966 : 84) de voir la science « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Chez Bacon comme chez Descartes, la finalité de la recherche fondamentale est instrumentale. Il s’agit de réaliser le fameux « regnum hominis ». Dominer la nature pour en devenir le possesseur ou le propriétaire, revient à remplacer ceux qui, comme les dieux, passaient pour en être les maîtres et les possesseurs par d’autres, les hommes. C’est soustraire la nature à la prétendue causalité divine pour la soumettre à la volonté décrétoire de l’homme. C’est également imposer la nécessité du vouloir humain là où s’imposait absolument la prétendue fantaisie des génies et des dieux.

            C’est  la même fonction instrumentale que Marcien Towa assigne à la technoscience pour la libération et le développement de l’Afrique. Dans l’Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Towa propose aux Africains une aliénation stratégique consistant à accepter de perdre leur essence afin d’assimiler le « secret de la puissance » de l’Occident impérialiste, c’est-à-dire la technoscience. « Notre liberté », dit expressément Towa (1981 : 46),

 

« c’est-à-dire, l’affirmation de notre humanité dans le monde actuel, passe par l’identification et la maîtrise du principe de la puissance européenne ; car si nous ne nous approprions pas ce principe, si nous ne devenons pas puissants comme l’Europe, jamais nous ne pourrons sérieusement secouer le joug de l’impérialisme européen. Par là nous sommes conduits à adopter une attitude positive, une attitude d’ouverture à l’égard de la civilisation européenne justement pour nous libérer de la domination européenne. »

 

            L’efficacité de la technoscience occidentale motive l’optimisme technoscientifique de Towa. Notre dessein essentiel étant, selon lui, la liberté et la puissance, nous devons nous approprier la technoscience, fondement de la puissance occidentale. C’est pourquoi, domestiquer la science et la technologie occidentales est pour l’auteur de L’Idée d’une philosophie négro-africaine (Towa, 1979 : 55) un impératif à assumer nécessairement :

 

« Enfin, nous devons comprendre que la force de la bourgeoisie internationale, c’est en définitive la force de la matière domestiquée par la science et la technologie. Si nous voulons être forts nous aussi – et il le faut bien si nous sommes résolus à nous libérer de l’impérialisme européen- il est aisé de voir ce que nous avons à faire : maîtriser à notre tour la science et la technologie moderne pour disposer de la force de la matière ».

 

 

            Dans l’histoire, la relation de causalité qui existe entre la technoscience, la puissance et le développement est, relève Towa, fort remarquable : l’essor technoscientifique de l’Italie a été brisé par l’hostilité de l’Église et par l’intolérance de l’Inquisition. C’est cela que Towa (1981 : 59) souligne lorsqu’il affirme que la 

 

« science comme principe de la puissance, nécessité de la liberté de pensée et de la liberté tout court pour le développement de la science, et donc aussi indirectement de la puissance : ces deux thèmes caractéristiques de la philosophie de l’Europe au moment de son passage à la modernité ont un rapport évident avec notre dessein profond : avènement d’une Afrique puissante, auto-centrée et libre dans un monde réellement libéré.»

 

            Pour ce qui est du rapport de la technoscience à la puissance, l’auteur de Sur la « philosophie africaine » s’accorde avec Towa sur l’essentiel. Mais, la philosophie, affirme Hountondji (1977: 246),  ne « peut avoir un sens »que si

 

« elle doit être autre chose qu’une redondance tautologique. Déterminée elle-même en dernière instance par un projet politique, elle ne peut se réduire à un commentaire bavard de ce projet. Elle doit plutôt se situer sur le terrain même de la science, source ultime de la puissance que nous cherchons et contribuer d’une manière ou d’une autre à son progrès. »

 

Si le philosophe béninois refuse que la philosophie soit absorbée par la politique, il admet qu’elle  se subordonne à la science et contribue même à son développement parce que c’est celle-ci qui donne directement sur la puissance. La nouvelle orientation philosophique que propose Towa dans l’Essai doit également conduire, selon Hountondji (Ibid.)

 

« à privilégier dans nos classes de philosophie, plutôt que cette sorte de méditation existentielle proposée par Towa sur « ce que nous devons être », l’enseignement des disciplines philosophiques les plus aptes à favoriser, chez nous, l’essor de la pensée scientifique : logique, histoire des sciences, épistémologie, histoire des techniques, etc. sans préjudice, bien entendu, de l’indispensable enquête sur l’histoire de la philosophie.»

 

L’optimisme scientifique et technique de Towa, de Hountondji et d’Eboussi réactualise celui des philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles européens pour qui, ce qu’il est désormais convenu d’appeler avec Gilbert Hottois, la technoscience, dote l’homme de la puissance grâce à laquelle il impose son règne à la nature et à l’histoire. L’important capital d’espoir que Towa et Hountondji placent, par exemple, dans la technoscience explique le scientisme et le technicisme du premier, et l’épistémologisme du second. Ils sont convaincus que la technoscience est la réponse appropriée aux défis que l’Afrique doit relever par rapport à la libération et au développement. Le danger que l’acquisition de cette technoscience fait courir à l’Afrique est un beau risque à courir, puisque c’est le gage de la libération et du développement de cette partie du monde.

            Towa et Hountondji ont, dans une certaine mesure, cet optimisme technoscientifique en partage avec Fabien Eboussi Boulaga qui subordonne également la liberté et l’humanité de l’Afrique à la maîtrise de la technoscience. L’optimisme technoscientifique de ces trois penseurs a un fondement idéologique dont la perspective est à la fois humaniste et nationaliste : la technoscience à domestiquer ou à promouvoir en Afrique est finalisée sur la libération de l’homme africain, l’acquisition par l’Afrique de la puissance qui lui fait encore cruellement défaut et le développement économique de ce continent. Cela fait dire à Eboussi Boulaga (1977 : 216) que

 

« La science et la technologie non maîtrisées demeureront notre manque et notre déshumanité ; et notre liberté sera un rêve sans consistance. Il restera à celle-ci à s’exprimer par elles, à  y apposer son sceau.»

 

À l’instar de Towa et de Hountondji, l’auteur de la Crise du Muntu assigne à la rationalité scientifique et technique une fonction instrumentale, puisqu’il en établit la nécessité tant pour l’émancipation du Muntu que pour son authenticité. Convaincu que la science et la technique sont les meilleurs garants de la culture, Eboussi pense que l’expression, même la plus véhémente, de la personnalité culturelle de soi est illusoire et dérive inévitablement dans l’ « idéologie de compensation » lorsqu’elle se fonde sur la phobie de la science et de la technique. Une telle phobie consiste à croire que la science et la technique sont « l’autre du Muntu ». D’après ce philosophe (Ibid. : 228),

 

« La science et la technologie ne sont pas l’autre du Muntu. Voilà pourquoi l’authenticité requiert aussi la technologie et la science dans la pratique émancipatrice. L’authenticité est illusoire si la rationalité lui reste étrangère à tous égards, si elle ne s’exprime pas à travers les instrumentations de la technologie qui peuvent, lorsqu’elles sont maîtrisées, décupler le jeu de la liberté, lui donner ses conditions nécessaires, quoique non suffisantes. Tant que la technologie et la science demeurent son manque, l’authenticité passe pour une pauvre idéologie de compensation, un carnaval. »

 

Mais, pour Sidiki Diakité (1985 : 34), le parti pris pour la promotion des technologies occidentales qui fait fi des dérives inhumaines de celles-ci, relève tout simplement d’un complexe faustien : en voulant à tout prix donner, en toute autonomie, des réponses appropriées à ses problèmes, l’homme moderne en général, et l’Africain en particulier, « est prêt à signer un pacte avec n’importe qui, fût-ce avec le diable pour maîtriser la nature, pour manipuler la matière, pour faire de la terre un paradis. » Pour  Pius Ondoua, l’optimisme technoscientifique de Towa, de Hountondji ou d’Eboussi est suspect de fétichisme. La fonction instrumentale d’une technoscience conçue pour la domination et non pour la libération, justifie son pessimisme technoscientifique.

 

II.2-LA CRITIQUE DE LA RATIONALITE TECHNOLOGIQUE

           

            Dans sa critique des dérives de la « civilisation technicienne », Sidiki Diakité (op. cit. : 24) dénonce les violences qu’ont subies « les sociétés africaines à la suite de l’introduction de la technologie et de la civilisation occidentale. » De telles violences se sont, d’après lui, accompagnées « chez le Nègre d’un déséquilibre psychologique ; depuis lors le Nègre se présente comme un être qui a perdu son « moi » désagrégé par la violence, le poids, la présence d’un élément étranger envahissant et déstabilisant. » (Ibid.)

            Pour lui, la « technolâtrie » de certains penseurs africains est suspecte d’ « occidentolâtrie » (Ibid. 79), car elle procède de l’illusion selon laquelle le modèle occidental de développement est un modèle de référence se situant au-delà de toute idéologie. Cette « technolâtrie » se fonde sur le postulat d’une nature initialement chaotique que les techniciens, véritables Démiurges de proximité, informent en lui donnant la configuration d’un réel cosmos disposant désormais d’un ordre esthétique, politique, économique et humain. Pour l’auteur de la Violence technologique et développement, la « technolâtrie », avatar du scientisme, procède des mythes délirants qu’il s’attèle à « déconstruire » après les avoir inventoriés au chapitre 2 de la première partie de son ouvrage. Parmi ceux-ci, il y a le mythe de la neutralité de la technique, de la technologie et de la science qui ne seraient au service d’aucune classe ; celui de l’efficacité d’une technique et d’une technologie seules à même de résoudre les problèmes humains (Ibid., 48). Il y a, enfin, le mythe de la compétence exclusive des technocrates. C’est cette mythologie dont s’entoure le « credo des technocrates » (Ibid.) et à laquelle les « technolâtres » assignent une fonction « messianique », celle qui consiste à présenter la technique comme la libératrice de l’humanité, dans l’oubli de ses violences et autres dérives. Fort de celles-ci, Sidiki Diakité soutient qu’il est tout à fait impropre à l’Afrique d’importer des technologies. Importer des technologies revient à importer des cultures. Aussi recourt-il à l’argument de l’antinomie pour faire le procès des transferts de technologie : les normes que véhiculent les techniques occidentales sont antinomiques par rapport aux réalités africaines. Le transfert de technologie d’une Europe vers une Afrique dont l’histoire est tout à fait différente, impose aux structures socioculturelles africaines d’importantes transformations. Ce transfert, affirme Sidiki Diakité (op. cit., 86) « modèle et transforme les rapports sociaux, les modes de vie et de production, l’imaginaire socio-historique, en même temps que le milieu naturel. » En outre, le transfert de technologie produit en Afrique et dans le Tiers-Monde un effet économique pervers :

 

« Le transfert de technologie, au lieu de contribuer au développement des pays sous-développés (conformément à son but), accentue au contraire leur « sous-développement » en les maintenant dans un rapport de dépendance et d’exploitation à l’égard des pays détenteurs des techniques de pointe. » (Ibid. : 85).

 

L’économie dans laquelle sont impliquées les technologies à transférer en Afrique est un véritable « marché de dupe » dans la mesure où ce continent est l’otage du réseau de dépendance et de domination de ceux qui lui transfèrent leurs technologies (Ibid. : 80-81). La technicisation de l’Afrique par le transfert de technologie est aliénante, car elle introduit dans la culture africaine l’éthique marchande avec son lot de violences (Ibid. : 113), le phénomène de l’exclusion des couches sociales ne pouvant pas s’adapter à cette nouvelle culture et la « prolétarisation » de la main-d’œuvre locale (Ibid. : 102-105). Au niveau macro-économique, la conséquence du transfert de technologie est la subordination économique de l’Afrique au capital financier international dont elle assure, par le biais des délocalisations, l’expansion.

            Toutefois, la critique par Sidiki Diakité de la rationalité technique ne débouche pas sur la technophobie. Diakité redoute moins la technicisation de l’Afrique par le biais des délocalisations que l’aliénation et la domination dont elle s’accompagne nécessairement. C’est pourquoi il repose le problème du développement de l’Afrique de manière à pouvoir concilier « à la fois l’efficacité technicienne et les exigences humaines, en tenant compte de la diversité des solutions locales et des principes sur lesquels peut s’appuyer une régulation de l’action politique. » (Ibid., 120) Aussi formule-t-il cette profession de foi techniciste :

 

« Nous partions de l’affirmation de l’impérieuse nécessité d’une technicisation-industrialisation de l’Afrique et du reste du Tiers-Monde comme base matérielle de la libération et de l’indépendance, affirmation de plus en plus largement admise, mais qui pose le problème essentiel de savoir si cette technicisation-industrialisation est un « simple transfert » de technologie des pays développés vers les pays sous-développés. » (Ibid. : 121)

 

Quelle technique faut-il donc à une Afrique qui doit non seulement se  techniciser pour se libérer et se développer, mais aussi éviter de reproduire en son sein les structures et les rapports de production capitalistes occidentaux ? Pour Diakité (op. cit. : 123),

 

« La résolution de ce problème suppose l’invention par le Tiers-Monde d’une technologie nouvelle, qui non seulement permette une maîtrise générale de la nature, mais encore introduise des rapports de production non aliénés. Le problème est donc de mener trois objectifs : révolutionner les rapports de production, les techniques et finalement l’idéologie, en vue d’une « réappropriation » de soi et du monde par le Tiers-Monde. »

 

            À la suite de Sidiki Diakité, Pius Ondoua embouche la trompette de la critique de la rationalité technoscientifique dans la perspective d’une réelle phobie de la technoscience. Issue du positivisme idéologique, la technoscience, pense Ondoua (1989 : 393), est « domination et oppression, domination de la nature et domination/oppression de l’homme ».

 

II.3-LA PHOBIE DE LA RATIONALITE TECHNOSCIENTIFIQUE

 

 

            En faisant sienne la critique francfortoise de la rationalité instrumentale bourgeoise, Ondoua agite fébrilement la thèse d’une technoscience dangereuse parce que vouée à la violence et à la domination. En cherchant, comme le font Towa et Hountondji, à s’assurer la liberté et le développement par le biais de la technoscience, l’Afrique, soutient-il, consacre sa propre domination. Les nouvelles formes de fanatisme qui illustrent la dérive barbare dans laquelle a tragiquement sombré la technoscience (nazisme, fascisme, stalinisme, impérialisme, etc.) prouvent qu’il est fort aventureux pour l’Afrique de fonder sa libération et son développement sur la technoscience. Ce que Pius Ondoua dénonce aussi chez Towa et chez Hountondji, c’est l’absence d’examen de la technoscience, de sa logique, du type de rationalité dont elle participe, de la légitimité de cette rationalité qui existe exclusivement en tant qu’elle prétend capitaliser « tout le possible de la rationalité ». Ondoua pense que la technoscience que Towa et Hountondji récupèrent et hypostasient est déjà impure, compte tenu de sa détermination génétique et de sa double fonctionnalité idéologique et politique. La volonté de récupérer ce modèle pourtant aliéné et aliénant est motivée, selon Ondoua, par la croyance à sa neutralité, et donc à sa plasticité. Le défaut de neutralité de la technoscience hypothèque sa réorientabilité et aliène sa plasticité. On ne saurait, pense-t-il, libérer avec l’instrument qui a été conçu pour dominer. « Qu’espérer », se demande-t-il, avec des accents fort pessimistes, « de la mobilisation actuelle de la communauté internationale, désireuse de faire passer la technoscience, d’instrument de domination/oppression en instrument révolutionnaire pour la libération et le développement ? A notre avis, pas grand chose. » (Ibid. : 308)

            Croire donc que le transfert de la technoscience à l’Afrique pourrait assurer la libération, la puissance et le développement de ce continent est une agréable illusion, car un tel transfert, affirme-t-il à la suite de Sidiki Diakité, en plus de n’être pas neutre, ne saurait jamais être systématique, puisque « les pays du Centre ne mettraient point à la disposition des pays dominés, toutes les techniques possibles, monopole oblige ! » (Ibid. : 309).

En supposant, par hypothèse que ce transfert pratiquement impossible ait lieu, l’Afrique qui fonde en lui l’espoir de libération, de puissance et de  développement, court d’énormes risques, dans la mesure où, d’après Ondoua (op. cit. : 307-308),

 

« Le transfert de la technoscience reproduirait à terme le système dominant dans son intégralité (…) les rapports sociaux de production en vigueur au Centre, lieu de genèse de la technoscience (…) ainsi que les représentations idéologiques concomitantes, pour le maintien du système actuel dont les règles de fonctionnement sont fixées par l’impérialisme en fonction de ses intérêts propres.»

 

 

            Pour Ondoua, la volonté de récupérer la technoscience occidentale est en réalité une réaction oedipienne. Il s’agit d’une volonté d’identification, celle exprimée par Towa et Hountondji de voir l’Afrique aussi libre et développée que l’Occident, son maître.

 Si l’optimisme technoscientifique de Towa, de Hountondji et d’Eboussi est fort suspect d’ « occidentolâtrie », la critique de la rationalité technologique et la phobie technoscientifique respectives de Diakité et d’Ondoua ne posent pas moins des problèmes de pertinence philosophique.

Remarquons que la technophobie africaine qu’incarne évidemment Ondoua, se rend également coupable de ce qu’elle reproche à l’optimisme techno-scientifique, car elle adopte et reproduit servilement la critique francfortoise de la rationalité instrumentale bourgeoise. L’absence d’examen dont ses partisans font preuve dans la volonté de récupérer à leur profit une critique élaborée ailleurs et pour d’autres raisons, est donc, pour parler comme Ondoua lui-même « une lacune fort regrettable ». Se contenter de critiquer Towa, Eboussi et Hountondji sur la base idéologique de l’École de Francfort, c’est faire tout au plus parler Habermas et Marcuse là où rien ne motive Towa, Eboussi et Hountondji à discourir semblablement. C’est donc commettre le même vice intellectuel que celui qu’on dénonce facilement chez autrui.

Les arguments que Diakité mobilise contre la civilisation technicienne dont il dénonce le caractère aliénant, ont surtout un fondement psychologique : c’est la peur que le Tiers-Monde ou l’Afrique ne soit l’objet d’une occidentalisation considérablement aliénante pour son identité culturelle, qui motive sa critique. Par sa « ratiophobie » et sa technophobie, en dépit des distances qu’il prétend prendre vis-à-vis de l’irrationalisme, Ondoua réactualise ce pessimisme qu’il étend à la technoscience. Son pessimisme dérive dans la phobie de la science et de la technique. Sa phobie technoscientifique est consécutive à l’ontologisation, sans justification suffisante, d’une technoscience à laquelle il donne la psychologie d’un être maléfique. L’inconséquence de cette critique est due au fait qu’Ondoua recommande pour l’Afrique, l’« éthicisation » préalable d’une technoscience pourtant essentiellement justiciable, selon lui, de l’inhumain, parce que nécessairement vouée à la domination, à la violence et à la barbarie. Chez lui, l’« éthicisation » de la technoscience s’apparente à un rituel exorciste destiné non seulement à la « désidéologiser », mais aussi à lui donner les sacrements dont le défaut la prédispose à la domination, à la barbarie et à la manipulation.

La thèse d’une technoscience dangereuse pour l’Afrique est un lieu commun où la négritude et l’ethnophilosophie se recoupent idéologiquement parlant. Cette thèse consiste à abominer le Différent dans l’espoir de se préserver efficacement contre la différence et sauver par-là son identité. Craindre que la technoscience ne produise de profondes mutations et de considérables destructions culturelles dans la Périphérie (Ondoua, op. cit. : 307), c’est traduire, à la suite des partisans de la négritude et de l’ethnophilosophie, sa peur du Différent. Recommander que soit révolutionné « le paradigme scientifique dominant » pour lui substituer « une nouvelle rationalité et élaborer un nouveau paradigme de la scientificité » ayant pour perspective l’homme (Ibid. : 353), c’est introduire dans un discours qui abomine évidemment la technoscience, de sérieux problèmes de cohérence. Les apories philosophiques dont la critique de la rationalité technologique et la phobie technoscientifique sont assorties en Afrique, imposent une réévaluation du rapport de ce continent à la technoscience à la lumière des défis auxquels il fait actuellement face.

 

III- LA RÉÉVALUATION DU RAPPORT DE L’AFRIQUE À LA

       TECHNOSCIENCE À LA LUMIÈRE DES DÉFIS ACTUELS

 

La condition actuelle de l’Afrique est définie par l’arriération technoscientifique et l’hétéronomie politico-économique. Son arriération technoscientifique la prédispose à la domination et aux manipulations idéologiques de toutes sortes, lesquelles expliquent la plupart des remous politiques qui caractérisent la Région des Grands Lacs, celle de la corne de l’Afrique, de l’Afrique occidentale, centrale et australe. Expliquer l’extrême vulnérabilité de l’Afrique par son arriération technoscientifique revient à considérer la science et la technique comme la solution appropriée aux problèmes de ce continent. Il s’agit là de l’expression de l’optimisme technoscientifique que Diakité et Ondoua révoquent en doute pour les raisons précitées. La justification d’un tel optimisme n’est pertinente que si on établit l’importance de la technoscience dans la résolution du problème de la paix, de celui de la libération ou du développement.

            Historiquement, c’est la maîtrise de la technoscience par les puissances occidentales qui explique la paix dont elles jouissent depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Dans le cadre des relations qu’entretiennent ceux qui maîtrisent la technoscience, le désir d’agresser autrui est vite refoulé dans la mesure où chaque puissance se représente a priori le risque qu’elle court en exprimant un tel désir. Ce dernier est ainsi sublimé par la diplomatie ou la concurrence économique. La guerre qui oppose les puissances atomiques du monde actuel est essentiellement diplomatique et économique. Les Africains gagneraient beaucoup à promouvoir l’esprit technoscientifique parce qu’il libère de la servitude des mythes obscurantistes qui dominent encore leurs représentations et empêchent la pleine actualisation de leur humanité dans l’histoire. L’insertion de l’Afrique dans la dynamique d’un monde qui pose de plus en plus des problèmes de sens, dépend de la nature de son rapport à la technsocience. Elle n’a pas intérêt à faire l’économie de l’esprit technoscientifique en se fondant sur les critiques idéologiques qu’on adresse souvent à la technoscience.

Les critiques qu’on adresse habituellement à la technoscience sont généralement impropres parce qu’elles procèdent soit d’une définition défectueuse de celle-ci, soit de son ontologisation aberrante : à la question de savoir ce qu’est la technoscience, on s’attend habituellement à une réponse analytique. Mais, en lieu et place de celle-ci, on a plutôt souvent droit à une réponse synthétique consistant en une prédication tout à fait extérieure à la technoscience. On la définit alors par la barbarie, la domination et la manipulation. Il est aisé d’établir que ces caractéristiques ne sont pas constitutives de la technoscience. L’ontologisation de la technoscience consiste à la considérer comme un être doté d’une âme et à qui on doit imposer une éthique. S’il est pertinent de faire le procès de l’instrumentalisation de la technoscience au préjudice de l’homme, c’est tout à fait superstitieux de faire de celle-ci un être violent et barbare. L’ontologisation de la technoscience motive la confusion des coupables dont sont victimes tous ceux qui lui prêtent les appétits d’un être maléfique, monstrueux et inhumain. Avec Jean Laloup et Jean Nélis (1953 : 249), on peut dire qu’il s’agit moins d’ « éthiciser » la technoscience que d’

 

« éduquer l’homme à une authentique conception de la personne et de la société ; c’est lui qui doit se soumettre à une conception morale inspirée du droit naturel ou de la religion : ainsi formée, il sera capable d’user des instruments remarquables que l’invention technique lui a donnés. Ainsi, dans les mains d’un enfant cruel, le jouet le plus anodin peut servir au mal et, dans les mains d’un enfant bien élevé, le jouet le plus dangereux peut demeurer inoffensif.»

           

 

            L’Afrique arriérée, dominée et exploitée a intérêt à promouvoir la technoscience pour le bien de l’Africain qui a le devoir de relever les défis de la mondialisation. L’irrationalisme auquel prédisposent la « ratiophobie » et la technophobie, mais qui se pare des atours de l’humanisme, ne peut pas assurer à l’Afrique la souveraineté, la puissance et la prospérité attendues. Tant s’en faut. La « ratiophobie » et la technophobie assureront sa domination dans le temps. C’est, en plus, faire la part belle à l’obscurantisme en Afrique que de croire, selon les technophobes africains, qu’il est plus urgent de mettre ce continent à l’abri des toxines idéologiques d’un mythe bourgeois et d’un modèle aliénant que de lui assurer la maîtrise de la technoscience.

Ce que ces technophobes n’ont pas compris de la Théorie critique, telle qu’elle inspire idéologiquement l’École de Francfort dont ils ne sont que de simples relais tropicaux, c’est son fondement psychologique : la Raison existe dans les représentations de Max Horkheimer et de Theodor Wiesengrund Adorno avec toute la personnalité d’un Hitler, d’un Musssolini ou d’un Staline, car, selon ces penseurs, elle aliène, suivant sa fonction identitariste, l’individualité – en l’occurrence celle des Juifs –, et impose partout l’identité à la différence, l’homogénéité à l’hétérogénéité. Improprement conçue sur le modèle d’un tyran et sur la base du délire de domination, la Raison est vouée à la condamnation par les partisans de la Théorie critique.

 

CONCLUSION 

 

Pour que l’Afrique n’ait pas l’attitude de parent pauvre dans le concert des nations, notamment à l’heure où il est de plus en plus question de mondialisation, elle a intérêt à promouvoir la rationalité technoscientifique. La solution de Towa, d’Eboussi, comme celle de Hountondji, est l’expression de la ruse de la raison. Si la puissance des maîtres actuels de l’Afrique est fondée sur la rationalité technoscientifique, dédaigner celle-ci revient à choisir, en tout masochisme politique, la voie de la soumission, de la pauvreté et de l’infra-humanité. Poser le problème du rapport de l’Afrique à la technoscience, c’est chercher à répondre beaucoup moins à une question de fait qu’à une question de droit : en fait, ce rapport existe de plus en plus aujourd’hui. Le problème qui se pose est de savoir si ce fait se justifie en droit ; quel est le droit d’existence de la technoscience en Afrique si elle est réputée barbare et dangereuse ? Pour nous, il n’est pas légitime de dénoncer la barbarie de la technoscience alors que cette barbarie est le fait de ceux qui l’instrumentalisent, c’est-à-dire les politiques et les gestionnaires des complexes militaro-industriels, comme le démontrent bien V. Borissov dans le Pentagone et la science (1975) et Georges Menaheim dans  La science et le militaire (1976). C’est pour cela que la nécessité d’ « éthiciser » la technoscience porte beaucoup moins sur celle-ci que sur ses utilisateurs, très enclins à  s’en servir dans l’oubli de l’humain.

 

BIBLIOGRAPHIE 

 

Bacon, Francis, Novum organum, introduction, traduction et notes par Michel Malherbe et Jean-Marie Poussieur, PUF, Collection Épiméthée « Essais philosophiques », Paris, 1986.

 

Borissov (V.), Le Pentagone et la science (1975), Moscou, Éditions le Progrès, 1977.

 

Descartes, René, Discours de la méthode (1637), Paris, GF-Flammarion, 1966.

 

Diakité, Sidiki, Violence technologique et développement, Paris, L’Harmattan, 1985.

 

Eboussi Boulaga, Fabien, La crise du Muntu. Authenticité africaine et philosophie, Paris, Présence Africaine, 1977.

 

Horkheimer, Max et Adorno, W. Theodor, La dialectique de la raison, traduit de l’allemand par Éliane Kaufholz, Paris, Tel/Gallimard, 1974.

 

Hottois, Gilbert, Le paradigme bioéthique,Bruxelles, De Boeck Université, 1990.

Hottois, Gilbert, Le signe et la technique. La philosophie à l’épreuve de la technique, Paris, Aubier-Montaigne, 1984.

 

Hountondji, Paulin, Sur la « philosophie africaine », Paris, Maspero, 1977.

 

Laloup, Jean et Nélis, Jean, Hommes et machines. Initiation à l’humanisme technique, Paris, Casterman, 1953.

 

Ladrière, Jean, Les enjeux de la rationalité. Le défi de la science et de la technologie aux cultures, Paris, Aubier-Montaigne/Unesco, 1997.

 

Menaheim, Georges, La science et le militaire,Paris, Seuil, 1976.

 

Ondoua, Pius, Positivité scientifique et positivisme idéologique. Une analyse épistémo-politique du fétichisme de la science. Thèse de doctorat d’État (inédite) en philosophie, Université de Toulouse-le-Mirail, 1989.

 

Towa, Marcien, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, 3e édition, Yaoundé, Clé, 1981.

 

Towa, Marcien, L’Idée d’une philosophie négro-africaine, Yaoundé, Clé, 1979.

 

 

 

 

 

 

 

 

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