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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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A propos de l'ouvrage d'ESSOMBA FOUDA, intitulé: Réforme, emploi et développement dans les systèmes éducatifs d'Afrique noire: le cas du Cameroun

 

professeur_ayissi.jpgL’ouvrage à la publicité duquel nous avons l’honneur scientifique de procéder ici et maintenant à travers cette note de lecture, s’intitule, dois-je le rappeler,Réforme, emploi et développement dans les systèmes éducatifs d’Afrique noire : Le cas du Cameroun.

Dans ce brillant essai rédigé, de mains de maître par un pédagogue qui est d’autant plus émient qu’il maîtrise parfaitement les rouages de l’industrie des protocoles syntaxiques de la langue de Voltaire, il s’agit de ce qu’il est convenable d’appeler la métapédagogie, c’est-à-dire cette épistémologie générale de la didactique en vigueur dans les systèmes éducatifs africains, tels qu’ils sont particulièrement métaphorisés par le système éducatif camerounais.

Il est précisément question du discours d’un grand pédagogue sur la pédagogie, telle qu’elle est régulièrement réformée chez nous, dans le sens d’en analyser les mutations, afin de sonder le niveau de pertinence de ses divers instruments, à savoir les différentes approches auxquelles elle recourt pour résoudre le problème de l’employabilité des produits de nos écoles, collèges, lycées et universités.

Ce sont ces réformes et surtout leur raison d’être qui attirent d’abord l’attention de l’auteur de cet essai. Pour les partisans de ces réformes, l’ancien système éducatif semble avoir échoué au regard des problèmes d’adéquation qu’il pose entre la formation et l’emploi. Ce sont ces problèmes qui justifient l’urgence de le réformer ou de l’adapter aux contraintes historiques, la Fonction publique n’étant plus, à cause de la crise économique, la Terre promise des diplômés de nos institutions de formation.

L’éducation donne ici, peut-on le constater, l’impression de s’enfermer dans un cercle vicieux : conçue comme cet heureux formatage par lequel on donne un sens humain à un individu ou à un groupe d’individus, elle se retrouve dans la nécessité d’être, à son tour, formatée suivant les impératifs de l’histoire, au point de devoir être constamment réformée ou réajustée.

C’est en termes de réseau d’interrogations formulées autour de la question de la pertinence des réformes effectuées dans notre système éducatif dans le sens de la professionnalisation de l’éducation camerounaise que se construit la problématique de M. ESSOMBA FOUDA. De quelle pertinence pédagogique l’éducation peut-elle encore être lorsqu’elle est économiquement si déterminée qu’elle sacrifie « l’exigence préalable de la qualité des performances des apprenants » (p. 15) sur l’autel des contraintes économiques de la mondialisation néolibérale ? Comment pouvoir bien réformer notre système éducatif dans un contexte dominé par des pressions de toutes sortes ? Peut-on vraiment parler de système pédagogique dans un Cameroun dont l’éducation apparaît comme objectivement éclatée ? Comment peut-elle faire système lorsqu’il faut quatre départements ministériels pour la prendre effectivement en charge, avec tout ce que cela pose comme problèmes de coordination ?

C’est donc en véritable philosophe que M. ESSOMBA FOUDA s’interroge sur le bien-fondé de tout ce remue-ménage pédagogique qui donne l’impression que nous cherchons désespérément au Cameroun l’approche pédagogique-miracle. La quête désespérée de cette approche pédagogique-miracle nous prédispose à l’illusion pédagogique dont s’accompagnent notamment l’Approche par les compétences et l’Approche par objectif.

Lorsque M. ESSOMBA FOUDA mobilise sa critique contre le changement de préférence pédagogique consistant notamment à substituer à l’approche élémentariste ou syllabique l’approche holistique de la pédagogie globale, son intention n’est pas d’émarger dans le budget idéologique d’un quelconque passéisme gouverné par le sentiment de nostalgie à l’égard de la première école ; son intention est plutôt de comprendre d’abord pourquoi on pense qu’il importe désormais de sacrifier la qualité de la formation devant amener l’élève à produire l’excellence et le mérite (p. 52) sur l’autel des fameuses « promotions collectives » qui ne sont rien d’autres que des « naufrages collectifs » (p. 39). D’après lui, le concept de « promotion collective » est pédagogiquement non pertinent, dans la mesure il s’inscrit dans le procès de politisation et d’ « économicisation » de l’école par le truchement de l’Approche par les compétences. En plus de « formater l’individu » suivant les besoins de l’économie moderne, au risque de le vider de toute référence anthropologique (p. 120), l’Approche par les compétences est, selon cet auteur, l’instrument dont se servent les politiques pour procéder à la « démocratisation du mérite », au « refus de l’échec » et à « l’adhésion aux ‘‘laissez-passer les enfants’’ des « promotions collectives » (p. 121). Pour M. ESSOMBA FOUDA, il s’agit là d’une tentative désespérée de réduire l’échec qui échoue malheureusement à produire le résultat auquel elle est subordonnée (p. 53), puisque la collectivisation des promotions débouche finalement sur la « massive production de ces compétences inemployables » (p. 57) qu’on voulait pourtant éviter en réformant le système éducatif.

Si la volonté affirmée par M. ESSOMBA FOUDA de comprendre la raison d’être des réformes dont notre système éducatif est fréquemment l’objet se caractérise par la récurrence de l’interrogation, c’est parce que l’auteur de cet essai est plus habité par le doute que par des certitudes : doute sur la pertinence des nouvelles approches pédagogiques qu’on adopte sans justification suffisante ; doute sur la qualité éthique des motivations de ceux qui les imposent là où elles ne semblent vraiment pas s’imposer ; doute sur leur capacité à permettre aux enseignants d’assumer, avec bonheur, leur noble servitude pastorale ; doute sur la possibilité que la Puissance publique en tire, à terme, un réel profit politique.

En somme, dans cette dynamique réflexive dont l’intérêt pédagogique, didactique et docimologique est avéré, et dans laquelle M. ESSOMBA FOUDA ne s’exprime pas en Socrate-fonctionnaire, mais plutôt en philosophe-pédagogue pour interpeller à la fois enseignants (pp. 42-45), les apprenants (pp. 45-46), les parents (pp. 46-47) et la Puissance publique (pp. 47-51) sur les risques que l’adoption de l’Approche par les compétences et de la Pédagogie par objectif font courir, dans le temps, à la nation camerounaise, en faisant de nos institutions de formation des fabriques de « citoyens producteurs » (p. 66), compte tenu du fait qu’elles sont idéologiquement sous-tendues par le souci de professionnalisation de l’éducation.

Certes, reconnaît l’auteur de cet essai, l’éducation ne peut pas absolument s’autoréférencer, puisqu’elle n’est pas sa propre fin (p. 116). Étant donné qu’elle a une double fonction instrumentale, celle de nourrir (dans le sens d’educare) et de conduire ou de guider (dans le sens d’educere) (p. 29), l’Approche par les compétences ne saurait remplir cette double fonction de l’éducation parce qu’elle « postule l’exacte correspondance quasi mécanique entre tel besoin individuel ou social, et les savoirs indispensables à sa satisfaction. À des « situations de vie » correspondraient restrictivement tels « savoirs » susceptibles d’en permettre la résolution. Par conséquent, au lieu de quelque prétendue complémentarité des savoirs s’intégrant dans une formation se voulant complète de l’homme, les programmes scolaires seraient plutôt élaborés à partir d’une identification préalable des « situations », « familles de situations », « cadres de contextualisation », à défaut de « rôle social », etc., auxquels correspondraient terme à terme, des compétences spécifiques à acquérir. Rien ne justifierait donc plus le maintien dans les programmes scolaires de savoirs ne visant pas de « potentielles situations » à résoudre. Ainsi, ces « morts », « sans objet », ou « savoirs déchets », et partant aussi « superflus » qu’inutilement encombrants pour les apprenants, auront sans pitié la poubelle pour destination finale. » (p. 117)

En soumettant, selon M. ESSOMBA FOUDA, la pédagogie à la sanction d’un tel pragmatisme, on fait inévitablement la promotion d’une médiocrité dans laquelle « on accepte que vingt divisés par deux donne huit fort ! » (p. 118).

S’il n’est évidemment pas question de l’Approche par les compétences ni de la Pédagogie par objectif dans les universités camerounaises, le problème de l’adéquation formation-emploi s’y pose avec les mêmes accents aigus qu’au primaire et au secondaire. C’est cela qui justifie la mise en place de la réforme LMD.

M. ESSOMBA FOUDA est également sceptique quant à l’efficacité du système LMD. Le défaut majeur de ce système est qu’il existe, à travers la multiplicité des École doctorales qui le constituent, comme un ensemble de manufactures de production des licences dont l’employabilité reste problématique. En donnant au LMD la fonction d’une incantation magique, on a tort de croire qu’il suffit d’adopter ce système pour que le problème de l’adéquation formation-emploi soit bien résolu.

L’essai de M. ESSOMBA FOUDA est certes dominé par l’analyse critique de la réforme du système éducatif camerounais, compte tenu de l’impropriété pédagogique des paradigmes qui le structurent. Mais l’auteur de cet essai ne brille pas seulement par la critique, puisqu’il propose, à l’issue d’un examen évidemment sévère du paradigme existant, un paradigme pédagogique de substitution susceptible, d’après lui, de sortir le système éducatif camerounais de l’impasse. Cet autre paradigme, c’est celui de « l’opérationnalité de la technoscience ».

Pour lui, si l’école n’a pas pu être à la hauteur des attentes sociales, c’est peut-être moins par sa propre faute que par le fait qu’on n’a pas su en tirer tout le potentiel de développement qu’il recèle. Le système éducatif a pour fin de doter les apprenants du savoir susceptible de les enrichir épistémologiquement parlant ; il a aussi pour fin l’éducation qui concourt à la socialisation des individus à travers l’intériorisation par eux des valeurs et des normes de leur groupe social d’appartenance. Ce qui, selon l’auteur, rime nécessairement avec « l’acquisition du savoir-faire ou des compétences de production » (p. 183) que l’Approche par les compétences a également en vue. C’est en mettant en perspective ces deux principales finalités, à savoir la finalité épistémologique et la finalité pédagogique qu’on peut accéder à la modernité, et produire par exemple des pharmaciens capables de concevoir et d’élaborer des médicaments adaptés au traitement de nos pathologies, en lieu et place de ces tenanciers de vente des produits pharmaceutiques madeà l’étranger (p. 192). Atteindre un réel développement nous permettant de passer de l’efficacité « des compétences technologiques de consommation » (pp. 193-196) aux « compétences technologiques productrices de technologies » (pp. 196-204), voilà la révolution copernicienne que le nouveau paradigme pédagogique proposé par M. ESSOMBA FOUDA peut réaliser. Cette révolution copernicienne consiste à « inverser l’état actuel des choses » (p. 205), de manière à pouvoir faire par exemple de l’université camerounaise la « source productrice des savoirs, des compétences et de ses propres programmes », ainsi que la locomotive du progrès collectif (p. 210).

En attendant que M. ESSOMBA FOUDA établisse la différence qui peut exister entre le paradigme de « l’opérationnalité de la technoscience » qu’il promeut et la voie de l’optimisme technoscientifique d’un Marcien TOWA, pour qui le chemin de l’émancipation et du développement de l’Afrique est celui de la domestication de la science et de la technique (cf. L’idée d’une philosophie négro-africaine, Yaoundé, CLE, 1979, p. 55), nous assurons que l’essai qu’il a commis à Paris en 2012, dans la collection « Enseignement et éducation en Afrique » des Éditions L’Harmattan, est une réflexion conceptuellement dense et bien structurée autour de la question de la réforme du système éducatif, relativement à l’opérationnalisation de la formation pour que nos écoles, collèges, lycées et universités ne continuent pas d’être des « fabriques de chômeurs ».

L'Harmattan-Cameroun, Yaoundé, le 29 janvier 2013.

 

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

 

 

 

 

 

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D
sdsd
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G
Even though we find some issues with the education system of Africa, I think a deeper study would reveal the fact that there have been plenty of improvements in recent years. Many individuals and organizations are sincerely working regarding this matter.
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