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Si, du mariage, François Hollande n’en sait encore vraiment rien, faute d’une expérience conjugale pouvant lui conférer, par rapport aux questions d’ordre matrimonial, la qualité de personne-ressource, il a cependant, en tant que président de la République française, le pouvoir de lui donner un sens autre que celui qui semble, à ses yeux, condamner à la frustration à vie les homosexuels et les lesbiennes. On peut donc comprendre que le président de tous les Français s’offusque de voir l’aspiration des homosexuels et des lesbiennes à la jouissance d’une vie matrimoniale frustrée, du fait d’une conception anachronique du mariage. Le nouveau sens que l’actuel président français entend donner au mariage est celui du décloisonnement de cette institution ou de son ouverture au profit de tous ses concitoyens, de manière à assurer au principe d’égalité la prospérité politique qu’il mérite dans toute véritable République. Abolir le régime des privilèges matrimoniaux qui profitait exclusivement aux hétérosexuels, telle est aussi la finalité à laquelle semble se subordonner l’universalisation du mariage par François Hollande.
Mais, le quantificateur universel (« tous ») que comporte l’approche formulaire adoptée par François Hollande pour publier son fameux slogan démagogique pose des problèmes de précision qui sont de nature à ouvrir grandement la porte aux unions conjugales entre frères et sœurs, entre pères et filles, entre mères et fils, entre frères et frères, entre sœurs et sœurs et, pourquoi pas, entre les hommes et les animaux, pour la simple et bonne raison que tous ont droit au mariage.
Après avoir établi que tous les Français ont le droit de se marier, François Hollande aura du mal à proscrire, à l’avenir, la formation d’unions conjugales incestueuses ou d’interdire à ses concitoyens d’épouser, par exemple, des lapins, des chiens, des chèvres, des chimpanzés, des serpents, des chevaux, des ânes, des chameaux, des dromadaires, etc.
Si, quant à la forme, le principe de tolérance matrimoniale peut avoir une certaine pertinence, la tolérance sexuelle dont il doit logiquement s’accompagner risque toutefois de poser, entre autres, des problèmes de pertinence éthique. Au nom de quoi François Hollande pourrait-il encore s’autoriser à réprimer par exemple la polygamie, la pédophilie ou la zoophilie si ceux qui la pratiquent ont, comme tous les autres Français, le droit d’accéder, suivant leurs préférences appétitives, à la paisible jouissance des aphrodisia ?
Ce problème, peut-on le constater, est la forme exemplaire de tous ceux qui peuvent résulter de la volonté de tout libéraliser en vertu du principe selon lequel il est interdit d’interdire. Étant donné que ce sophisme – dont le paradoxe logique rappelle celui du célèbre argument du Crétois – s’auto-réfute facilement, puisqu’il est en soi l’expression d’une proscription, il est méthodologiquement pertinent de soumettre la question de l’universalisation du mariage ou de l’homoparentalité à la sanction du principe de précaution, afin que l’humanité ne pâtisse pas, dans un futur proche ou lointain, des effets pervers du fétichisme de la tolérance.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)