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Dans l’après-midi du 31 décembre 2010, plus exactement à 13h37, le couple présidentiel camerounais m’a fait l’honneur de me présenter ses majestueux vœux de santé et de bonheur pour l’année 2011. Me figurant d’abord qu’il s’agissait d’un privilège, j’ai pris cela très au sérieux. Mais le sentiment d’être particulièrement connu du couple présidentiel s’est vite dissipé lorsque des amis m’ont fait savoir qu’ils ont également reçu le même message. Certes, j’avais déjà reçu des tonnes de vœux de la part des amis et parents. Mais les vœux présidentiels sont présidentiels et ils tombaient effectivement comme mars en carême, tant la crise de la santé et du bonheur sévit sévèrement dans la population camerounaise. Il était donc temps que le président des Camerounais s’en préoccupe déjà au niveau symbolique. Pendant mon étonnement, j’ai aussi éprouvé un sentiment de gêne pour ma mère, cette brave femme qui émarge dans un budget communicationnel exclusif des artifices de la technologie actuelle, et qui, pour cette raison, n’a pu recevoir le SMS du couple présidentiel écrit dans une langue dont elle ignore absolument les protocoles syntaxiques. Quelle frustration ! Ces sentiments dissipés, je me suis dit que le président était enfin déterminé à nouer avec ses compatriotes un dialogue d’autant plus démocratique et authentique qu’il sera exclusif des entremetteurs politiques habiles beaucoup plus à sauvegarder leurs intérêts égoïstes qu’à traduire fidèlement, à qui de droit, la volonté populaire. C’est ainsi que je me suis résolu à répondre au couple présidentiel. Courtoisie de la communication oblige ! Hélas ! L’unilatéralité de son SMS le frappait du sceau de l’inexploitation. Comme d’habitude, le message était à sens unique. La frustration que j’ai alors éprouvée m’a motivé à formuler le vœu qu’Orange-Cameroun se garde, à l’avenir, d’abuser de ma ligne téléphonique, une ligne privée, avec des messages aussi inexploitables.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)