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Entreprendre de comprendre pourquoi le Même revient toujours en courant, nécessite qu’on procède à l’identification des causes de sa récurrence dans l’espace et dans le temps. Le Même dont il s’agit ici, c’est le Mal, sous quelque forme qu’il se présente à l’homme. En soutenant que Dieu, tout en étant la cause de tout, n’en n’est pourtant pas le facteur, parce que sa volonté est absolument bonne, Leibniz nous rappelle seulement l’une de ces subtilités philosophiques dont sa théodicée surabonde, mais qui ne permettent pas de rendre pertinemment compte de la récurrence du Mal. En affirmant que la Mal a une origine métaphysique, parce qu’il est inscrit dans la nature humaine, les partisans du pessimisme anthropologique (Machiavel, Hobbes, Kant, Freud, etc.) compliquent la question au lieu de la clarifier, dans la mesure où en soutenant qu’il est la caractéristique ontologique de l’homme, ils ne disent pas pourquoi l’être de l’homme est ainsi constitué.
Une chose est sûre, c’est que la récurrence du Mal dont le mode de théâtralisation consiste toujours à déployer toute sa laideur éthique et politique, prouve que sa puissance d’autoreproduction dans le temps est encore si inaltérable qu’elle résiste aux assauts éthiques de toutes les bonnes intentions humaines. C’est peut-être pour cette raison qu’à défaut de pouvoir mettre un terme à sa récurrence, les hommes se contentent, de plus en plus, de le recycler dans les divers procès de son instrumentalisation historique dont la fin est, croient-ils, de le dominer finalement. Ne pouvant pas enrayer le Mal, ils en deviennent les promoteurs et les propagateurs. En se constituant malfaiteurs, ils croient pouvoir compenser leur impuissance à sortir le Mal de l’histoire. Les actes de violence et de terreur qu’ils se délectent à poser chaque jour dans tel ou tel coin du monde, relèvent de cette volonté compensatrice qui cache mal l’impuissance dans laquelle se trouve encore l’homme à résorber le Mal du cours de sa vie. L’approche qui consiste à chercher à dominer le Mal en se mettant à son service, s’inscrit dans une dialectique qui n’apporte au problème de la promotion du Bien qu’une réponse fort défectueuse, dans la mesure où elle offre plutôt au Mal de belles garanties de récurrence dans le temps et dans l’espace. C’est en faisant plutôt l’effort de ne jamais lui concéder le moindre espace d’existence dans l’histoire qu’il est possible de cesser de lui reconnaître la nécessité qu’il n’a réellement pas.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)