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Se réjouir des malheurs de Dominique Strauss-Kahn n’est pas éthiquement pertinent, même s’il était animé par l’intention de transformer une pauvre femme de chambre en simple objet de consommation sexuelle dans un schéma prédateur où les plus forts se persuadent que Dieu leur a donné le droit de traduire leurs préférences appétitives en acte soit en faisant à autrui l’honneur de l’impliquer dans une relation aphrodisiaque dont ils ont l’exclusivité de la construction, soit en l’inscrivant, comme objet de consommation possible, dans leur agenda gastronomique. Il est cependant permis de rappeler que la dualisation d’un monde malheureusement constitué de prédateurs et de proies, révèle à ceux qui se figuraient incarner absolument la civilisation combien importantes sont encore les charges zoologiques de leur psychologie. C’est dans cette dualisation qu’il faut comprendre la portée symbolique de l’agression sexuelle dont la femme de chambre d’origine africaine a été, à New York, l’objet de la part de DSK : cette agression symbolise toutes celles dont les Africains et l’Afrique sont constamment l’objet par les prédateurs du Nord. C’est donc dans ce monde où l’humain tarde à prendre effectivement le pas sur le zoologique que la question posée peut se reposer à nouveaux frais : pourquoi s’émouvoir du sort de DSK et non de celui de cette pauvre femme de chambre qu’il a, dans ses représentations de prédateur, réduite à un petit pâturage sexuel ? Comment pouvoir s’émouvoir des malheurs de DSK lorsque sa patrie, la France, se réjouit de ceux de Gbagbo et de Kadhafi ? Qu’on se rappelle que l’assassinat de l’un des fils du Guide libyen et de trois de ses petits-fils n’a suscité en France ni regret ni compassion. La France de Sarkozy ne s’émeut même pas des massacres que Ouattara et ses hommes organisent et réalisent en Côte d’Ivoire. N’en déplaise au biographe de DSK qui, tout en reconnaissant lundi à la chaîne de télévision France 24 que Dominique Strauss-Kahn est un séducteur invétéré, a nié catégoriquement que ce dernier puisse se rendre coupable d’agression sexuelle. C’est mal connaître la psychologie des Don Juan. Ces Napoléon des conquêtes amoureuses sont psychologiquement prédisposés à faire preuve d’agressivité face à la résistance qu’une pauvre femme de chambre peut daigner opposer à leur grand pouvoir séduction. À travers ce scandale, l’occasion est encore donnée aux Occidentaux de s’apercevoir que nous sommes tous, prédateurs et proies, égaux devant le malheur dans un monde qu’ils ont le don de transformer en une jungle où le plus fort peut instrumentaliser l’ONU et la Cour Pénale Internationale pour contenter ses appétits de sadique. Au-delà du côté spectaculaire de cette affaire, la preuve sera-t-elle vraiment donnée par le tribunal qui va juger DSK que la dignité aggrave le délit ? Pourquoi les Français n’osent-ils pas demander que DSK soit plutôt jugé en France, eux qui trouvent que l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique Latine ne sont pas dignes de juger leurs citoyens ? À partir de quel référentiel éthique le Fonds Monétaire International va-t-il encore donner des leçons aux petits pays, si ceux des acteurs qui l’animent institutionnellement ne parviennent pas déjà à procéder, avec bonheur, à l’ajustement éthique de leur libido ? Ce sont là, entre autres, les interrogations que suscitent les conflits que Dominique Strauss-Kahn semble souvent avoir avec sa braguette.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)