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Comment comprendre le déferlement de la violence des Occidentaux ?
Une telle question ne devrait pas se poser lorsqu’on sait que, dans l’histoire, les peuples occidentaux ont toujours émargé dans le budget de la violence féroce à travers les « mêlées atroces »[1] qui étaient souvent, dans l’Antiquité, le fait des Grecs ou des Romains. En se référant aux guerres mémorables comme celles de Cent, Quatre-vingts, Trente ans ou les deux Guerres mondiales, etc., on peut avoir la mesure de la folie meurtrière par laquelle les Occidentaux aiment à ensanglanter le monde lorsque la jouissance de leurs appétits économiques et politiques est frustrée ou risque de l’être.
Se poser donc la question précédente, c’est ignorer que les Occidentaux qui parlent, souvent de façon incantatoire, de la paix, des droits de l’homme, de la liberté, du bien et d’autres idées générales aussi séduisantes que celles qu’on vient d’énumérer, sont des peuples belliqueux si assoiffés de violence qu’on peut se permettre de dire qu’ils n’existent que pour faire la guerre. On pourrait, sans aucun excès, dire, en pastichant Martin Heidegger, que l’Occidental est un être-pour-la-guerre. Le fréquent recours, par eux, à une sémantique incantatoire traduit le sentiment de désespoir qu’ils éprouvent à pouvoir collaborer à la réalisation et au respect de la paix, des droits de l’homme, de la liberté ou du bien dans un monde qu’ils se représentent comme le pâturage dont Dieu leur a fait don, et sur lequel ils peuvent exercer, comme il leur plaît, le droit d’user et d’abuser.
Mais si cette question mérite d’être posée, en dépit du fait que l’histoire soit, surtout du fait des Occidentaux, constamment maculée de sang, meublée de cadavres et définie par d’innombrables crimes impunément commis contre l’humanité à l’occasion des guerres prétendument justes, c’est parce que le déferlement de la violence dû à leur bellicisme semble ne pas se comprendre dans un aujourd’hui où la conscience humaine est supposée s’être éthiquement enrichie de valeurs propices à la construction, au plan global, d’un vivre-ensemble juste et pacifique.
En dépit de la force zoologique qu’il se plaît à dramatiser cyniquement dans le monde soit pour aliéner la souveraineté des États par la logique de l’injonction et de l’imposition, soit pour empêcher les autres peuples d’accéder à la libre jouissance de leurs ressources naturelles, l’Occident continue d’être en proie à des démons qu’il désespère de pouvoir exorciser. La situation de désespoir dans laquelle il se trouve aujourd’hui, plongé qu’il est dans des crises tous azimuts, explique pourquoi le monde est constamment malade de son instinct de destruction. C’est pour cette raison que les Occidentaux ne ratent jamais l’occasion d’allumer des foyers de tensions dans un monde qu’ils désespèrent de dominer absolument. Rongé par un mal interne que les indignés de Wall Street aussi bien que ceux qui battent, contre le capitalisme et l’ « économie de casino »[2], le pavé à Athènes, à Madrid, à Rome, à Lisbonne, etc., l’Occident croit pouvoir exorciser ses démons en se défoulant dangereusement en Afghanistan, en Irak ou en Libye.
Par sa folie meurtrière telle qu’elle se remarque déjà au plan symbolique par l’abus du mensonge comme mode de communication, des impropriétés verbales comme « capturer » ou « tuer », s’agissant des êtres humains, et la dramatisation de sa sauvagerie dans tel ou tel coin du monde, l’Occident croit naïvement s’assurer efficacement la domination des peuples qui lui tiennent résolument la dragée haute, même lorsqu’il déverse des tonnes de bombes et de missiles sur leur tête. La peur que l’Occident répand ces derniers temps en Afghanistan, en Irak, en Côte d’Ivoire, en Libye, etc., reflète, en réalité, celle qu’il éprouve en se rendant compte que le monde dont il se prenait pour le maître exclusif lui échappe irrémédiablement, car la volonté de puissance de l’Orient et le fait que d’autres pays placent leur aspiration à exister sous le signe de l’émergence prouvent que la domination du monde par l’Occident est désormais soumise au principe du refus.
Quand la peur et le désespoir se conjuguent chez un peuple dangereusement armé et devenu fou furieux à cause de la situation de marasme économique et de cyclothymie sociale dans laquelle il se trouve, le risque de voir le monde mis complètement à feu et à sang est considérable.
Étant donné qu’un être désespéré est celui qui n’a plus rien à perdre, il faut craindre que l’Occident qui expérimente douloureusement les effets pervers du capitalisme, sa propre religion économique, soit très dangereux pour le reste du monde.
Le capitalisme a beau procéder à des mues symboliques, en se faisant tantôt appeler le libéralisme, tantôt le néolibéralisme, il provoque tellement de tsunamis sociaux en Occident que ce dernier est dans une situation de décadence évidente qui le plonge dans le désespoir. Mais à qui la faute si les démons créés par lui l’obsèdent et lui font terriblement peur ?
Ce n’est pas en transformant le reste du monde en théâtre d’exorcisme des démons qu’il a inconsidérément créés, après avoir instaurée une ploutocratie qui impose sa nécessité politique à la démocratie, que l’Occident va résoudre ses problèmes. Il est fort à craindre que la violence qu’il prend pour le mode de résorption de ses tourments économiques ne finisse par accroître le coefficient d’accélération de sa décadence.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)