Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.
Tuer un autre homme, sous quelque motif que ce soit, est d’autant plus aberrant qu’on donne, dans le cadre d’une telle entreprise, l’impression d’être en situation de rivalité macabre avec la nature. Nécessairement condamné par elle à mourir tôt ou tard, Troy Davis à qui on vient de donner la mort aux Etats-Unis au terme d’un jugement problématique, puisqu’il n’a pas pu dissiper certains doutes au sujet de sa pertinence, était-il humainement parvenu au degré zéro de la perfectibilité, au point qu’on le déclare tout à fait indigne de vivre ?
Pour moi, ce n’est pas en donnant la mort à l’homme, quel qu’il soit, au nom d’une loi dont l’efficacité pédagogique n’est pas avérée, qu’on peut apporter une réponse pertinente à la question liée soit à la stabilisation de la possession, soit à la préservation de la vie humaine dans le temps et dans l’espace. Comment peut-on penser pouvoir protéger la vie contre la mort en promouvant paradoxalement cette dernière ?
C’est dans l’incapacité de donner à la vie les gages de bonne qualité susceptibles de permettre à tout homme de bien traduire son humanité et sa citoyenneté en acte, qu’on s’accroche anachroniquement à des normes qui ne sont, en réalité, que les fac-similés de la loi du Talion.
En instrumentalisant la loi au profit de la mort, on la détourne ainsi de sa principale fonction qui est de protéger la vie et de motiver tous ceux qui en jouissent à marquer qualitativement et durablement l’histoire, afin que celle-ci cesse d’être le musée de l’horreur.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)