Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.
Cher Monsieur NYAMSI,
Permettez-moi d’aller vite, question de temps. Bien que de Rouen vous nous traitiez de fossiles, nous vos anciens maîtres de Yaoundé, veuillez me permettre de vous conseiller un peu de tolérance, en règle générale, vis-à-vis des textes et des auteurs qui peuvent heurter vos convictions et vos opinions, lesquelles ne sont peut-être pas, aussi, les meilleures du monde. Ne faites pas chanter le comité directeur de votre parti s’il veut autoriser la note de lecture de JAA. Ceci pourrait laisser la déplorable impression d’un despotisme intellectuel. Or ce n’est pas ce que vous recherchez. Mais tout de même, en faisant scintiller le glaive de votre signature absolue, vous ne manquez pas réellement de faire peur au lecteur.
Par ailleurs, si vous êtes vraiment passé entre nos mains à l’Université de Yaoundé, - nous n’avons visiblement pas achevé la formation -, permettez que je vous adresse encore quelques observations sur votre dernière dissertation (20 octobre 2010).
Tout d’abord, vous vous êtes mis hors-sujet : vous vouliez critiquer le papier de JAA. Vous n’avez pas tenu cinq minutes sur le sujet et vous avez plus commodément sauté sur « la bande à Towa » pour lui déverser dessus un torrent de ressentiments qui en dit long sur votre désir de tuer le père ?
En plus, nous vous avions enseigné le principe de l’honnêteté intellectuelle. Mais en citant les Camerounais les plus intelligents (remarquez déjà ce ‘’C’’ majuscule et retenez-le), vous vous êtes mis vous-même dans la liste. C’est tout simplement puéril.
La pratique des sources : vous n’avez pas cité une seule fois M. Mbele sur lequel vous vous étendez pourtant abondamment. Vous ne le connaissez qu’à travers la note de lecture de JAA. Il en est de même des autres membres de la « bande à Towa » dont vous n’avez même pas indiqué un seul ouvrage, ni aucun autre texte bien ciblé. J’ai même l’impression que vous n’avez pas connu ma théorie de l’Ethnofascisme (Silex, Paris), ni mon livre L’idée sociale chez Paul Biya dont le Chapitre Premier s’occupe précisément de la différenciation des classes sociales au Cameroun.
Vous répétez plusieurs fois, et même à l’excès, l’expression de « marxiste de bouche ». Toute doctrine, en tant que telle, est nécessairement verbale. C’est une idée, et l’avant-garde est toujours théorique. Les stratégies d’action viennent après. Il y a le dire et le faire en tant que moments en soi.
Victime de la mythologie révolutionnaire, vous demandez : « Où étaient les Mbele et Towa quand le gros du peuple camerounais était aux barricades ? ». Nous nous trouvions tous au Cameroun à l’époque : c’était qui, le gros du peuple camerounais ? c’étaient où, les barricades dont vous parlez ? Ne continuez pas à tromper la communauté internationale par vos fantasmes personnels, et respectez l’histoire.
Pure naïveté manichéiste, que de dire et chercher à faire croire que tous ceux qui soutiennent un régime en place sont des naïfs, des vendus, et que ceux qui le combattent sont des forts en thème, des patriotes ! Ne laissez pas croire surtout que ce sont les intellectuels Beti seuls qui soutiennent le président Biya. Ce serait faire injure à notre politique d’unité. Heureusement que des upécistes bon teint ont accepté d’être ministres dans le pouvoir Biya, pour cette unité/stabilité qui est un grand succès du régime.
« Je ne vous dirai pas la persécution politique subie par Eboussi, Kom, Ela, Ngoué, pour leur engagement… ». Précisément, il faut la dire, pour ne pas laisser flotter le soupçon et la rumeur. En mars 2010, et à l’Université de Yaoundé I, Eboussi a été célébré par Kom et Monga Célestin, et j’avais moi-même été de la fête ainsi que Mudimbe, comme le montrent les Actes récemment publiés chez l’Harmattan. De quoi parlez-vous au juste ? Ngoué est mort en toute dignité au Cameroun en faisant don, à l’université qui lui avait rendu un vibrant hommage académique (Amphi 300), de sa prodigieuse bibliothèque ! Mbaïsso Adoum était un Tchadien, réfugié politique et enseignant au Cameroun. Il est tranquillement rentré à Ndjamena le moment venu !
Vous voulez fallacieusement dresser certains Camerounais contre d’autres. Les tribalistes Beti ont vidé l’Université de Yaoundé de nombreux « étudiants valeureux » comme les Senfo Tonkam, Paul Aaron, Ngomo, Pem Boniface, Touoyem Blaise Pascal et vous-même. Soit. Mais savez-vous que votre auto-perception comme étudiants valeureux peut être contredite par les archives de notre université ? Savez-vous que Blaise Pascal Touoyem, qui prospère tranquillement au Cameroun, s’apprête à soutenir, dans les toutes prochaines semaines, une thèse de Doctorat sous ma propre direction. Ça, ce sont des faits, et non de la rumeur !
Quand vous concluez votre papier par « Oser classer Achille Mbembe parmi les colonialistes, au nom d’une critique vague de la théorie du postcolonialisme, c’est une abjecte infamie », il ne s’agit pas là d’un argument technique, académique, mais d’une sotte tribalisation d’un noble débat qui n’aurait jamais dû basculer dans l’injure.
La stigmatisation de l’adversaire présumé ne constitue pas une argumentation, non plus, mais plutôt une invite à le passer à l’holocauste : Marcien Towa, « pro-russe », Mono Ndjana « pro-coréen », etc. Enfin, quoi ! Chacun est toujours de quelque part. Ce sont les insituables qui nagent, sans base, sans origine et sans fondement, simples distributeurs automatiques d’éloges surfaits et d’anathèmes indus.
Prof Hubert Mono Ndjana
à
alternative.révolutionnaire@gmail.com
1er novembre 2010