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Macky Sall était-il condamné, comme Œdipe, à tuer son vieux père, Abdoulaye Wade, et à le cocufier avec sa mère, le Sénégal ?
Bien que la situation politique dans laquelle s’est retrouvé Macky Sall soit, par certains côtés, semblable à celle d’Œdipe dans son rapport à son père, Laïos et à sa mère, Jocaste, nous ne pouvons pas répondre à cette question par l’affirmative, dans la mesure où le cas de Macky Sall n’est pas marqué du sceau de la fatalité qui a imposé sa nécessité à la vie du pauvre Œdipe. A la différence donc d’Œdipe, Macky Sall a eu la possibilité d’opérer un choix, celui de tuer son père dans l’intention de protéger sa mère, le Sénégal, contre un pouvoir désormais dépourvu d’incitations politiques, mais que Wade se plaisait quand même à instrumentaliser pour appuyer les projets de déstabilisation de certains de ses homologues africains (Gbagbo, Kadhafi) pendant que les Sénégalais, dans leur immense majorité, peinaient à relever les défis des impératifs historiques.
Le désamour politique sur le mode duquel Macky Sall se rapportait désormais à Abdoulaye Wade, à cause de nombreuses infidélités politiques dont ce dernier s’est de plus en plus rendu coupable dans son pacte matrimonial avec le Sénégal, s’est donc soldé par le meurtre rituel d’un père trop vieux pouvoir encadrer efficacement une mère considérablement rongée par le sentiment de frustration. Le fait que l’immense majorité des Sénégalais ait légitimé le parricide commis par Macky Sall prouve que le père de ce dernier a eu tort d’aspirer encore à l’occupation d’une scène politique où s’amoncelaient des problèmes irrésolus. Le parricide dont Wade a été victime de la part de sa propre pupille politique doit bien faire sourire Laurent Gbagbo du fond de sa cellule de la Haye et amuser beaucoup Mouammar Kadhafi du fond de sa tombe en Libye.
Mais, suffit-il de tuer son père pour résilier son complexe d’Œdipe et combler, par le fait même, les attentes combien importantes de sa mère ? Macky Sall ne court-il pas le risque de devoir, comme Œdipe dans les mythes de Béotie, se crever finalement les yeux en réalisant qu’il s’est rendu coupable d’avoir, sans nécessité, tué son vieux père et abusé de sa propre mère au terme d’une réaction œdipienne, telle qu’elle s’observe habituellement dans le traditionnel triangle tragique père-mère-fils ?
En choisissant de commettre le parricide pour résoudre son problème d’identification politique, Macky Sall s’est résolu à sortir d’un dilemme cornélien par un acte sacrificiel qui, espérons-le, ne sera pas, à terme, dommageable pour le pacte matrimonial qu’il est, malgré son caractère évidemment incestueux, déterminé nouer fructueusement avec sa mère.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I