Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

Publicité

Il ne faut jamais désespérer de l'homme

professeur_ayissi.jpgQu’est-ce qui peut bien justifier cet optimisme anthropologique dans l’actuel procès de déshumanisation du monde, tel qu’il est défini par l’irrépressible détestation de l’altérité, la logique de la domination des maîtres du monde et la violence protéiforme ?

Mon optimisme anthropologique ne se déduit pas d’un quelconque optimisme théologique, tel qu’on peut en avoir par exemple l’expérience idéologique dans la philosophie de Leibniz. Ce n’est pas parce que la volonté divine est nécessairement bonne que je crois qu’il ne faille jamais désespérer de l’homme. La volonté de Dieu peut être très bonne sans que cela impose la moindre nécessité éthique au libre arbitre de l’homme. Le postulat leibnizien dont la pertinence est à établir dans un monde de plus en plus dominé par le scandale du mal ne peut pas légitimer mon optimisme anthropologique. Ce dernier n’est pas non plus déductible du postulat métaphysique de la bonté d’une nature qui prédispose la moralité de l’homme à une nécessaire réappropriation éthique, en dépit de la constante pression délétère que l’histoire exerce sur chaque individu.

Mon optimisme anthropologique tire plutôt toute sa pertinence de l’expérience actuelle des événements de Toulouse : le fait que Nicolas Sarkozy ait donné hier l’impression d’être redevenu un être humain capable d’émotion devant des atrocités – sentiment dont il n’a pas pu faire preuve lors de l’effroyable massacre, par l’OTAN, des populations civiles libyennes, de certains membres de la famille de Kadhafi, des actes de sauvagerie récemment posés par un soldat américain en Afghanistan, etc. –, prouve qu’il ne faut jamais désespérer de l’homme, quel qu’il soit. Qu’il s’agisse donc de Mohamed Merah et de bien d’autres forcenés persuadés de pouvoir sous-traiter individuellement ou collectivement, par des actes de terrorisme, la violence des maîtres autoproclamés du monde, l’homme est, comme le soutenait déjà Rousseau au XVIIIème siècle, un être perfectible.

Ce que je retiens de l’émotion de Nicolas Sarkozy, c’est d’abord la conscience de la vulnérabilité de l’homme et celle de la vanité de son arrogance. C’est, ensuite le fait que tout homme, qu’il soit athée, chrétien, musulman, juif, indou, etc., participe de l’humanité universelle. Pour cette raison, en aliénant son droit à la vie, on entame celle de l’humanité dont il participe. On se trompe donc grossièrement lorsqu’on répand cyniquement la mort dans le reste du monde en croyant pouvoir légitimer une telle sauvagerie par l’idéologie de la supériorité de l’humanité ou de la civilisation de soi par rapport à celle d’autrui.

En attendant de pouvoir classer, de façon pertinente, les hommes, les peuples, les races, les États et les civilisations sur un axe qui va de zéro à plus l’infini, l’aliénation d’une vie et l’altération d’une existence ne doivent jamais, quelles que les circonstances spatio-temporelles de leur malheureux déroulement, laisser indifférent l’homme. Les nobles promesses dont ce dernier est chargé ne peuvent se réaliser, tant au plan local qu’à l’échelle globale, que s’il est proposé à tous les citoyens du monde des politiques de vie et non de vide.

 

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article