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Qu’est-ce qui peut bien expliquer le phénomène de l’irruption des références familiales (« le père », « la mère ») là où elles sont le moins attendues, c’est-à-dire dans un espace public républicain ?
En effet, il s’observe qu’en lieu et place de « monsieur », de « mademoiselle » ou de « madame », les Camerounais préfèrent recourir aux références familiales comme « le père », « la mère » pour désigner leurs interlocuteurs, en dépit de leur âge et surtout de la distinction qu’opère, par exemple, Aristote entre les communautés familiales et les communautés politiques.
Ce phénomène est-il donc dû au fait que les Camerounais prennent la sphère politique pour la sphère familiale ? À moins d’établir que le Cameroun est une grande famille peuplée d’enfants, de pères et de mères, l’usage et même l’abus de ces références sont problématiques.
Faut-il plutôt y voir l’expression de la volonté affirmée par des Camerounais de nous faire savoir que nous sommes moins dans une république que dans un État des pères et des mères dont la politique est régie par des principes tout à l’opposé de ceux devant sous-tendre la rationalité politique de l’État de droit ?
Lucien Ayissi
Université de Yaoundé 1