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Lorsqu’on fait abstraction du don particulier que M. Marafa Hamidou Yaya a de se mettre délibérément hors sujet, il est permis de penser qu’il a voulu, à travers ses épîtres, continuer d’entretenir la relation dialogique que le Prince lui a fait, pendant un certain nombre d’années, l’honneur de nouer avec lui avant sa descente aux Enfers de Kondengui et du SED.
L’expression de son appétit du scandale dans des lettres qui ont fait les choux gras de la presse locale n’a certainement pas pour but de faire le ménage dans l’écurie qui lui a permis de donner à son patronyme le prestige politique qu’il n’aurait probablement jamais eu. Chez lui, la volonté de tout déballer s’explique à partir de la psychologie du désespéré, celle par exemple d’une amante qui soumet analytiquement au principe de publicité la sexualité de celui dont elle croyait avoir l’exclusivité de l’affection. Si M. Marafa a finalement pris, en toute témérité, le risque de publier ce qu’il a pu taire jusqu’à un moment donné, c’est parce qu’il n’a plus rien à perdre auprès du Prince. Assuré de n’avoir plus les grâces politiques de ce dernier, il s’est résolu, du fond de son cachot, à lui empoisonner la psychologie et à lui pourrir l’existence en se servant du déballage épistolaire comme d’une véritable arme de déstabilisation politique.
Au regard de la fougueuse sortie épistolaire en cinq séquences de ce membre du Bureau politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti politique au pouvoir au Cameroun, il y a lieu de se poser deux questions : M. Marafa est-il un faux Christophe Colomb du monde politique camerounais, lorsqu’il donne aujourd’hui l’impression de découvrir, une fois en prison, les injustices caractéristiques du régime qu’il a longtemps servi ? S’agit-il plutôt d’un pseudo-Robin des Bois, quand il se rend compte, malheureusement sur le tard, qu’il aurait dû mieux servir le peuple camerounais au lieu de collaborer à la consolidation du système politique dont il dénonce maintenant les tares ? A chacun d’en juger.
Avec beaucoup de recul, moi je me permets de dire que l’intérêt des épîtres de M. Marafa Hamidou Yaya et de la réaction qu’elles ont suscitée dans une certaine presse est de m’avoir permis de me rendre compte de trois choses :
1) lorsqu’il est considérablement frustré, le désir de dialoguer peut dangereusement s’épuiser dans de venimeuses tirades politiques ;
2) le Prince s’est, à un moment donné, trompé d’expert en sollicitant, sur des questions politiques de très haute importance, l’avis d’un pétrochimiste étrangement bavard.
3) la plupart des promotions sociopolitiques sont, au Cameroun, sexuellement si déterminées qu’il y a lieu de se poser la question suivante : sommes-nous dans une République ou dans une véritable pornocratie ?
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I (Cameroun)