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Penser le sida dans l’intervalle du pathos et de l’éthique, c’est entreprendre de construire effectivement une relation trilogique entre le logos, le pathos et l’éthique. Comment pouvoir faire du pathos l’objet du logos, s’il relève des données immédiates de la conscience et ne se laisse pas, pour cette raison, facilement conceptualiser, au point de se soumettre à l’autorité des principes logiques ? Comment pouvoir philosophiquement articuler le pathos à l’éthique, si la souffrance ou la passion qui le définissent s’inscrivent dans l’ordre d’un vécu qu’il est difficile de soumettre à la sanction normative des codes et des principes éthiques ?
Comme on peut le remarquer, le pathos dont il est question dans cette réflexion diffère de celui qu’on exploite dans le sens de l’accroissement de l’efficacité rhétorique, pour persuader l’auditoire ou le public en l’émouvant. L’éthique ne renvoie pas non plus à l’ethos qui tire la force de persuasion du rhéteur ou de l’orateur de son pouvoir de capter l’attention et de gagner la confiance de son auditoire, en se rendant sympathique, afin d’être crédible. Penser le pathos du sida en référence à l’éthique, c’est mobiliser le logos vers la souffrance du sidéen, non pas pour promouvoir un positivisme de contrefaçon, celui qui serait destiné à la simple domination conceptuelle de son vécu pathétique, mais dans le but de déterminer les conditions de protection de la somptuosité inaliénable de la personne du sidéen, dont la particularité du vécu peut être telle qu’il soit possible d’oublier le pacte éthique à nouer avec lui dans la perspective de contribuer à la réalisation d’une communauté de peines et de plaisirs.
Le sida que nous soumettons à la sanction d’une réflexion éthique n’est pas, précisons-le, celui qui est consécutif aux infections iatrogènes, c’est-à-dire celles qui sont dues soit à la contamination par le sang infecté, soit au défaut d’hygiène ou à la contamination accidentelle du personnel de santé au cours d’une offre de soins. Il s’agit du sida contracté au cours de la quête des aphrodisia.
Pour pouvoir définir les impératifs de ce pacte éthique, nous allons d’abord penser non seulement la relation du pathos du sida au pathétique du sidéen, mais aussi les interpellations éthiques de la condition pathétique de ce dernier.
Pr Lucien Ayissi
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)