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GOUVERNANCE PARTAGÉE ET DÉCENTRALISATION
Publié dans Gouvernance partagée : la lutte contre la pauvreté et les exclusions, Contribution du Ministère de l’Enseignement supérieur et des universités d’État du Cameroun, Yaoundé, CUP, 2003, pp. 263-266.
Résumé
Soumettre la gouvernance au principe du partage, pour une meilleure expression de la démocratie et de la citoyenneté des personnes, exige que le pouvoir politique soit décentralisé. La cession, aux élus locaux, d’une parcelle du pouvoir jusque-là centralisé ou, à la rigueur déconcentré, améliore la gouvernance qui gagne nécessairement en efficacité et en qualité chaque fois qu’elle est décentralisée.
Introduction
« Gouverne le mieux qui gouverne le moins »[1]. Cette formule lapidaire de Lao Tseu est chargée de sens. Elle traduit la nécessité de soumettre la gouvernance au principe du partage pour en améliorer la qualité et en accroître l’efficacité, relativement à la protection de la citoyenneté des individus, très souvent aliénée par la pauvreté et l’exclusion. Gouverner le moins, si on veut gouverner le mieux, c’est décentraliser la gouvernance en collaborant à la promotion d’une citoyenneté participative, celle qui, dans le cadre d’une démocratie de proximité, rapproche considérablement le processus de décision des administrés et fait intervenir effectivement ceux-ci dans la gestion du devenir de leur communauté. Si la décentralisation correspond à l’exigence d’une gouvernance partagée, de quel intérêt peut-elle être pour l’Afrique par rapport à la résolution des problèmes tels que la pauvreté et l’exclusion qui compromettent la réalisation d’un vivre-ensemble juste et pacifique ?
Pour arriver à déterminer le niveau d’efficacité d’une gouvernance de proximité, telle qu’on peut l’expériementer dans une décentralisation, nous allons d’abord établir l’anachronisme des gouvernances centralisées et déconcentrées dans une Afrique désormais impliquée dans un processus démocratique irréversible.
1-L’anachronisme des gouvernances centralisées et déconcentrées
La nécessité de décentraliser la gouvernance s’impose de plus en plus en Afrique. La pauvreté et l’exclusion dont les masses africaines sont victimes prouvent a posteriori l’inefficacité des pouvoirs centralisés ou déconcentrés. Si la centralisation et la déconcentration du pouvoir étaient, à un moment donné du devenir historique de l’Afrique, jugées politiquement appropriées à la création des États sur le modèle bureaucratique wébérien et à la formation des nations, elles ne correspondent plus à la démocratisation actuelle de ce continent. La volonté de plus en plus exprimée par les masses africaines de s’approprier leur devenir historique et d’apporter elles-mêmes des réponses à leurs problèmes politiques et économiques est évidemment en contradiction avec le centralisme bureaucratique et les contraintes dont le pouvoir déconcentré est généralement assorti. La gouvernance n’est cohérente par rapport à la démocratie que lorsqu’elle est partagée. Elle ne peut vraiment l’être que lorsque le peuple, par la médiation de ses représentants, est effectivement impliqué dans la gouvernance pour apporter des réponses appropriées au traitement de ce qui, comme la pauvreté et l’exclusion, étouffe la citoyenneté et l’humanité des individus.
La décentralisation est un mode de gouvernance moderne. Cette démocratie de proximité comporte, par rapport à la centralisation anachronique et à la déconcentration inefficace, d’importants avantages quant à la protection de la souveraineté populaire dans l’élaboration, la décision, la mise en œuvre et le contrôle des règles collectives.
2-Les avantages d’une gouvernance décentralisée par rapport à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion en Afrique
Décentraliser, ce n’est pas seulement délester le pouvoir central des pesanteurs politiques ou économiques qui appauvrissent la qualité de la gouvernance en même temps qu’elles en aliènent l’efficacité ; c’est aussi et surtout le fait de donner aux populations locales la possibilité de prendre activement part dans la détermination du sens historique à donner à leur communauté, de telle sorte qu’elles se reconnaissent dans les succès comme dans les échecs nés des choix qu’elles auront souverainement opérés.
En effet, lorsqu’elle est soit très centralisée, soit déconcentrée entre les mains d’un individu ou d’un groupe d’individus, la gouvernance collabore paradoxalement à la réalisation d’une fin qui ne correspond pas nécessairement à celle que les citoyens attendent d’elle. C’est pour cela qu’elle est, parfois, exclusive des autres citoyens du processus de décisions pourtant relatives au devenir de leur cité, les privant ainsi de l’accès à la pleine jouissance de leur citoyenneté. Même lorsqu’elle entreprend de combattre la pauvreté et l’exclusion, une gouvernance centralisée ou déconcentrée ne peut pas toujours parvenir à la bonne lecture des facteurs de pauvreté et d’exclusion, compte tenu du fait que ceux qui en sont les victimes n’interviennent pas dans la détermination du sens politique et économique de l’État. Ne se reconnaissant donc pas dans les décisions prises sans leur participation, relativement à la définition des préférences collectives, les citoyens ont tendance à se rebeller contre cette gouvernance qui fait cyniquement l’impasse sur leur citoyenneté. L’expression du désespoir d’une telle résistance peut revêtir la forme de l’incivisme ou de la corruption par subtilisation d’un État indifférent à la pauvreté et à l’exclusion des individus.
La décentralisation, c’est en fait une gouvernance participative. Elle seule peut prévenir les risques de tension politique. La proximité qui est la caractéristique essentielle de toute gouvernance décentralisée est un important atout politique dans la mesure où elle la rend tout à fait homogène aux aspirations populaires. Le fait de donner, notamment, aux collectivités locales des compétences qui leur permettent non seulement de rapprocher le processus de décision des citoyens, mais aussi de les faire participer à la gestion du devenir de la cité, correspond parfaitement à l’esprit d’une gouvernance partagée. Par la démocratie de proximité dont elle assure la promotion, la décentralisation est à même de permettre une meilleure expression de la citoyenneté des personnes, une saine gestion de la chose publique et, par conséquent, une parfaite identification des facteurs de pauvreté et d’exclusion et une bonne évaluation des décisions qui correspondent à leur éradication ou à leur réduction. La gouvernance décentralisée est donc l’impératif politique que l’Afrique doit absolument assumer si elle veut accéder à la modernité.
3- Gouvernance décentralisée ou l’impératif politique que l’Afrique doit assumer
Étant donné que la crise de la transparence dans la gestion est l’un des facteurs d’appauvrissement des États africains, il incombe à une Afrique qui aspire à la modernité et qui est résolue à faire entendre la signature acoustique de la tonalité de sa voix dans le « village planétaire », d’améliorer davantage, au moyen de la décentralisation, la qualité de son espace public et de sa gouvernance. C’est dans la démocratie de proximité, dont la décentralisation est la seule à pouvoir assurer la promotion, que l’Afrique peut convenablement résoudre les problèmes de paix que pose la gestion de son hétérogénéité ethnique ou tribale. C’est aussi par ce moyen qu’elle peut soigner efficacement sa gouvernance, pathologiquement affectée qu’elle est par une corruption qui prospère considérablement dans l’opacité des procédures généralement entretenues par les pouvoirs hypercentralisés ou déconcentrés. La subtilisation de l’État ou les multiples croisades que l’intérêt particulier mène régulièrement contre l’intérêt général dans les gouvernances centralisées et déconcentrées d’Afrique, a souvent pour terreau fertile la crise de la transparence. Ainsi appauvri par la corruption, l’État africain qui ne parvient même plus à réaliser ses principales missions régaliennes, a tendance à considérer les débats portant sur la pauvreté et l’exclusion comme des distractions politiques pernicieuses.
Conclusion
Promouvoir la décentralisation et collaborer à l’émergence d’une gouvernance partagée non seulement pour soulager les administrations africaines de leurs pesanteurs bureaucratiques fort nocives, mais aussi pour les rendre plus efficaces dans la résolution des problèmes susceptibles de compromettre le vivre-ensemble, tels sont les impératifs politiques que doit absolument assumer une Afrique dont la pauvreté et l’exclusion ajoutent aux multiples défis qu’elle doit relever dans l’histoire.
Bibliographie
-Ayissi, Lucien, Corruption et gouvernance, Presses Universitaires de
Yaoundé, Yaoundé, 2003.
-Governance : The World Bank’s Experience, Publications de la Banque
Mondiale, 1994.
-Tchegho, Jean-Marie, La Décentralisation, l’éducation, l’unité nationale et la
lutte contre la pauvreté au Cameroun. L’expérience du passé et
du présent au service des exigences du futur, Éditions Démos,
2003.
-Sites Internet consultés :
www.geoscopie.com/acteurs/a702gov.html
www.assemblee-nat.fr/histoire/decentralisation.asp
www.gouvernance-internet.com.fr/
www.europa.eu.int/governance/index_eu.htm
www.agora21.org/refurl/gouvernance.htm
www.governance.uottawa.ca/ca/menu-f.asp
www.governance.uottawa.ca/
www.who.int/entity/governance/fr/