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Le Français serait-il devenu un Je ne sais qui pour qu’il doive impérativement répondre, aujourd’hui, à la question du connais-toi toi-même ?
La volonté exprimée par le Français de s’auto-connaître à travers une opération d’auto-identification dont la fin n’est pas, je l’espère, la contemplation narcissique de son être, peut se légitimer dans une mondialisation qui tend à procéder à l’effacement des identités nationales et des espaces-temps-locaux au profit d’une cosmocitoyenneté sans contours précis et d’un espace-temps-monde que garnit, comme il lui plaît, le Grand Autre, comme pour corriger sa vacuité et son indétermination. Dans ce cas, la question de savoir qui est Français apparaît comme la forme d’une résistance de désespoir que les concitoyens de Nicolas Sarkozy et d’Éric Besson, jaloux de l’exceptionnalité de leur être-au-monde, opposent symboliquement à une mondialisation qui fait perdre à chacun sa couleur locale.
Il est donc tout à fait légitime de se poser la question de savoir qui on est ou si on est même encore quelque chose dans le chaos identitaire du melting-pot global.
Dans la France de Sartre, on ne peut pas se poser cette question en termes d’identification d’une essence française. Parce qu’une telle essence n’existe pas, à moins que Sarkozy qui est d’origine hongroise et Besson qui est né au Maroc ne nous prouvent le contraire, la question de l’identité française se condamne à l’impropriété politique dans le cadre d’un essentialisme douteux. Dans ce sens, elle est même suspecte d’exclusion : ceux qui n’auraient pas la noble essence française devraient cesser de parasiter la France. Ils devraient se contenter de l’aimer ou de la quitter (Sarkozy ipse dixit).
Ce qui est vrai, dans tous les cas, c’est que cette question est l’expression d’une crise d’identité dans un pays qui connaît de sévères problèmes économiques. C’est dans ces conditions que prospère souvent le phénomène de la diabolisation ou de l’ « émissarisation » de l’Autre (l’immigré), coupable de polluer l’identité française ou de causer des torts économiques à la France.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)