Il peut sembler prématuré de « nobéliser » le président Barack Obama, à partir de sa volonté rompre avec l’unilatéralisme de l’administration de Bush, de dénucléariser le monde et de résoudre par le dialogue, la politique de la main tendue, et donc par la diplomatie, les différends et les conflits qui opposent habituellement les peuples et les États.
Mais, l’inconsistance logique de l’argument de la prématurité de la « nobélisation » d’Obama peut être établie lorsqu’on prend en compte la nouveauté et la noblesse de ses intentions éthico-politiques dans un monde engagé, depuis un certain nombre d’années, dans des projets de guerre perpétuelle par des bellicistes comme George Walker Bush et consorts.
C’est vrai que l’intention pacifiste du président Obama n’existe encore qu’au plan symbolique. Il est vrai que l’histoire, qui est une infrastructure de possibilités diverses, peut entraver leur actualisation. Cependant, le fait pour lui de croire sincèrement à l’humanisation du monde est louable en soi. En effet, le président Obama a le mérite de recourir au jeu de langage de la paix et de la résolution diplomatique des conflits dans un monde arbitrairement dualisé, parce qu’injustement divisé en axes du Bien et du Mal et où les défenseurs du « monde libre » prétendent le sécuriser en le « bunkérisant » contre le nomadisme prédateur des « sans-papiers », lorsqu’ils ne mènent pas des croisades contre les voyoucraties, à partir d’une évaluation qu’il est fort interdit de soumettre à la sanction du doute. C’est dans ce monde qu’Obama tient un autre discours dépourvu soit des accents belliqueux d’un Bush prompt, pour n’importe quelle raison, à faire la démonstration de sa volonté de puissance à travers par exemple la dramatisation lâche de la force hyperzoologique des États-Unis en Irak, soit de la tonalité agressive de l’État d’Israël habitué à faire impunément l’impasse sur les résolutions des institutions internationales, au point de réduire le peuple palestinien à la triste condition de l’homo sacer de Giorgio Agamben.
Pour nous, ce qui est primé ici, c’est l’audace politique de collaborer à la reconfiguration éthique et politique du monde, perceptible à partir d’un autre jeu de langage qui donne la possibilité de dire ce qu’on croyait être essentiellement dépourvu de référence ou de donner sens à ce qui en était effectivement dépourvu. Il s’agit principalement des convictions éthiques et politiques d’un humaniste qui estime que les oppresseurs et les opprimés, le Juif errant d’hier et le Palestinien apatride d’aujourd’hui peuvent sortir de la contradiction qui les oppose et collaborer également à l’humanisation du monde de demain, c’est-à-dire un monde dans lequel les armes de destruction massive n’auraient plus de place parce qu’elles auront été mises à la casse.
Le comité du Nobel norvégien a vu juste en primant un homme politique qui a la hardiesse d’entretenir et de promouvoir un optimisme politique chargé de promesses d’humanité dans un contexte de zoopolitique et de zooéconomie.