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Que nous apprend-elle, la fameuse « anthropologie » de Claude Guéant, après celle d’Arthur de Gobineau et de Lucien Lévy-Bruhl, dont elle apparaît, au XXIème siècle, comme la survivance idéologique ? Rien du tout ! Sauf qu’en soutenant en 2012, une thèse qu’aucun anthropologue sérieux ne peut défendre, Claude Guéant se dénonce comme un homme politique français qui souffre d’une regrettable régression idéologique et qui est, en plus, très dangereux, puisqu’en hiérarchisant les civilisations – sans compétence anthropologique avérée, étant donné qu’il n’est qu’un policier politiquement ennobli – dans le dessein de conférer, sans justification suffisante, à la sienne une primauté idéologico-politique, il justifie les guerres coloniales et néocoloniales dans lesquelles se plaît encore à s’investir, au XXIème siècle, la France de Nicolas Sarkozy.
En dehors des sordides calculs politiques que Nicolas Sarkozy opère, en instrumentalisant Claude Guéant, son porte-voix idéologique, pour draguer efficacement les militants du Front National, la thèse de ce dernier me semble digne d’intérêt, dans la mesure où elle reflète l’essoufflement idéologique d’une France qui, parce qu’engluée dans les difficultés économiques, est prédisposée non seulement à la stigmatisation de l’altérité, mais aussi à une autoglorification qui ne trouve sa raison d’être que dans un narcissisme qui devrait suffisamment se justifier. Il n’est pas impossible que Claude Guéant ait bien fait d’affirmer que les civilisations ne se valent pas. En soutenant une telle thèse en 2012, il nous rappelle qu’il émarge encore dans le budget idéologique de l’esclavagisme, du colonialisme et du nazisme. Comment cela ne pourrait-il pas contribuer à la décote civilisationnelle de la France après sa récente perte du triple A ? Une politique qui se fonde sur une idéologie aussi surannée que dangereuse suggère que la civilisation qu’elle prétend défendre est de moindre valeur que celles qu’elle croit pouvoir critiquer.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé I