Quelle vérité cherche-t-on derrière le voile que des musulmanes s’entêtent à porter en République au nom d’Allah ? Onpeut penser que ceux qui s’obstinent politiquement à les dévoiler cherchent à retrouver l’authenticité de la beauté féminine qu’on occulte, pour des raisons religieuses, par un voile esthétiquement frustrant. En effet, le port du voile contribue à la rature du voir dans une République où l’esthétique du nu qui prospère à la faveur de l’exhibitionnisme et du voyeurisme, a aussi une fonction politique, celle de symboliser la transparence démocratique incompatible avec le caractère opacitant du voile. Que deviendrait la République une fois privée de ces femmes-spectacles qui agrémentent par les fresques de leur esthétique corporelle le paysage politique d’un monde hanté par la laideur spirituelle ou dominé par le mal ? Étant donné que la République est une chose publique, il est permis de penser que le corps de chaque citoyen est une res publica qu’on ne peut voiler qu’en attentant politiquement à la propriété de l'État. Dans ce cas, il est fort illusoire de se croire légitimement propriétaire d’un corps que la République peut désormais scanner ou mettre certains de ses organes en ligne, pour des raisons de sécurité.
Pr Lucien AYISSI Université de Yaoundé 1 (Cameroun)