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Ce blog comporte des articles scientifiques et des opinions sur le cours du monde.

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Le créateur, c’est qui ?

 

Photo 4X4Au terme du concours littéraire organisé, le 27 octobre 2012, par l’Association Nationale des Éditeurs du Livre au Cameroun (ANELCAM), mon tout premier roman intitulé : La Prière de Yakob, publié en 2010 dans la Collection « Littératures et savoirs » des Éditions L’Harmattan, a été sacré meilleur roman national de l’année 2012.

Si je dois remercier l’ANELCAM, à travers Madame Simone EDZOA, sa présidente, de m’avoir honoré de ce grand prix littéraire, je dois également exprimer toute ma reconnaissance à mon ami et collègue, le Professeur Emmanuel MATATEYOU, de m’avoir exhorté à publier un texte que je rédigeais pour le plaisir. Le risque qu’il a pris en m’exhortant à publier ce roman est à la mesure de notre amitié. Par quel flair heuristique cet ami a-t-il su qu’il s’agissait d’un beau risque à courir ?

Je considère le roman comme l’art de « fictionnaliser » le réel et de doter la fiction de la réalité et de la causalité qu’elle n’a pas initialement. C’est cet art qui explique pourquoi le romancier est, à proprement parler, un poète, c’est-à-dire un créateur. Les aventures romanesques qu’il construit soit à partir du vrac des matériaux effectivement existants, soit par la nécessité de son propre génie, prouvent que son dessein n’est pas de mettre simplement le monde en formules, mais plutôt de trouver les formules les plus appropriées pour le mettre en forme, afin qu’il soit finalement chargé de promesses d’humanité.

Par conséquent, même lorsque le romancier donne l’impression de se contenter de représenter symboliquement le monde réel en le mettant en formules, c’est pour rendre tout à fait évidentes, à travers les diverses approches formulaires qu’il instrumentalise astucieusement, ses bigarrures éthiques et politiques, quitte à mettre ses lecteurs à contribution dans la rectification du cours d’un vivre-ensemble constamment gouverné par la crise du beau, du bien et du juste.

Tout en méritant le statut de créateur, le romancier n’a pas le complexe du Dieu d’Abraham, d’Ismaël, d’Isaac et de Jacob, dans la mesure où il attend toujours, avec beaucoup d’appréhension, le jugement des critiques littéraires sur la qualité de son œuvre. Si le Dieu d’Abraham, d’Ismaël, d’Isaac et de Jacob s’était donné la peine de solliciter le jugement esthétique de l’homme relativement à sa création, il eût compris que son œuvre était considérablement en demande de ces corrections que les impérialistes croient devoir, sans aucune procuration divine, se charger d’effectuer, seulement en vertu du droit de soumettre et de régner que leur confèrent les armes de destruction massive dont ils tiennent à être, dans le temps et dans l’espace, les propriétaires exclusifs.

Mais, comment le Dieu d’Abraham, d’Ismaël, d’Isaac et de Jacob aurait-il pu, tout en étant lui-même, faire preuve de cette modestie qui est plutôt la vertu des créateurs littéraires ? Cela relève évidemment d’un autre débat.

Le créateur, qui est-ce donc ? C’est, je pense, celui qui propose un monde autre que celui qu’il peut parfois lui arriver de mettre en formules, à partir du postulat éthique selon lequel un autre monde est possible.

 

Quelques passages de La Prière d Yakob :

 

« Dans ce monde dangereux, il vaut mieux être au moins à deux pour pouvoir faire face à l’adversité de la vie. La vie est une aventure qui comporte par exemple le risque, pour le fœtus, de se noyer dans le liquide amniotique, pour le nouveau-né, d’être étranglé par son propre cordon ombilical, pour une mère, de mourir en donnant naissance à la vie » (pp. 17-18).

 

« Les hommes devaient, selon lui, apprendre à inscrire la mort sur la liste des banalités de la vie. La mort, aimait-il à dire, était très méprisable ; elle était même très lâche, puisqu’elle ne venait à bout de la vie qu’une fois que celle-ci était déjà très éprouvée par la maladie ou le sort. La mort était d’un cynisme à nul autre pareil : la preuve, il lui arrivait de frapper, sans aucune justification, à la même porte comme par plaisir de voir les autres membres de la maisonnée tourmentés par le chagrin. » (p. 46).

 

« Chers élèves, dit-il un jour d’un ton prédicateur, il faut que vous travailliez beaucoup pour pouvoir contribuer à la correction de la médiocrité de la condition sociopolitique des citoyens de notre cher et beau pays. Bien que les dépenaillés moraux et tous ceux qui vivent en laissant leur moralité aux vestiaires prospèrent socialement et politiquement sous ce régime, je vous exhorte à résister héroïquement à la pollution éthique dont notre société est de plus en plus l’objet. Cherchez à valoir par la nécessité de votre compétence et non par les vils artifices de l’industrie textile. Moi, je ne vaux pas par ce que je porte ; c’est ce que je porte qui vaut parce que je le porte. » (p. 107).

 

« L’argent n’est qu’un petit agent. Ceux qui lui vouent un culte se trompent à la fois de religion et de dieu » (p. 109).

 

  « A l'étranger, on n'est qu'un étranger» (p.120).

 

« En lui opposant leurs pleurs, leurs joies, leurs rires et leurs cris, les habitants de ce quartier essayaient vainement de protester contre le silence dont la mort enveloppe inexorablement les vivants au terme d’un combat inégal et, par conséquent, déloyal. Dans sa lutte séculaire contre la mort, la vie qui recourait, à Mvog-Mbi, à ces armes de désespoir savait que sa défaite était d’avance garantie. » (p. 139).

 

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

 

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