Aucune technologie ne pourra, n’en déplaise aux maîtres du monde, sécuriser efficacement notre « village planétaire », tel qu’il est considérablement dominé par la haine. Dans un village où sévit dangereusement la crise de la fraternité, de l’égalité, de la justice et de la paix, aucune clôture ne peut protéger personne contre le génie malfaiteur de ceux qui tiennent à venger l’injure subie par eux ou qui protestent contre un ordre de domination et d’exploitation cyniquement construit par ceux qui s’arrogent le droit de donner le sens qu’il leur plaît à un monde qui n’appartient, en principe, à personne. Il ne servira à rien de s’enfermer dans une logique paranoïaque d’auto-bunkérisation, ni de faire l’impasse sur la dignité des voyageurs devant désormais se résigner à voir leur intimité scannée, dans les moindres petits détails de l’appareil sexuel de chaque passager, au cours d’un théâtre obscène qui, dans la pornographie des ses horreurs, mettra en scène la nudité des passagers dans tous les aéroports du monde. On aura seulement fait que le voyage cesse d’être plaisant pour devenir à la fois dangereux et humiliant. De là à demander à chaque passager de voyager carrément nu, selon qu’il appartient à tel ou tel pays, à telle ou telle religion, à telle ou telle race, il n’y a que ce pas qui sera, à l’allure où vont les choses, bientôt franchi, au nom du sacro-saint principe de sécurité.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun)