Poser le problème de savoir si l’Iran doit ou non accéder la technologie nucléaire, de manière à prendre place, sans y être poliment invité, dans le cercle de ceux qui bombent le torse au Conseil de Sécurité et pèsent lourd dans les décisions internationales, c’est poser le problème de la pertinence de la bombe atomique de telle sorte qu’il soit, dans le cas iranien ou nord-coréen, très mal résolu. C’est prendre les autres États pour des niais politiques dans un monde qui a du mal à sortir de la logique de l’équilibre de la terreur. C’est effectivement dans cette logique que les puissances atomiques font preuve d’une arrogance jupitérienne qui émule tous ceux qui aspirent à la grandeur pour pouvoir s’imposer aussi sur la scène internationale, dans un monde où une minorité impose cyniquement à la majorité ses normes axiologiques, ses préférences idéologiques, économiques et politiques.
L’Iran est-il coupable d’aspirer aussi à la « grandeur » dont jouissent tous ceux qui, à défaut d’être respectés sont nécessairement craints ? Bien sûr que non ! Si ce pays arrive à singer les Jupiter autoproclamés du monde, à qui la faute ?
En pensant qu’il y a risque de prolifération des armes nucléaires lorsque d’autres États aspirent à leur production, on fait preuve d’une partialité dont la conséquence est qu’elle finit par exacerber l’appétit de ceux qui continuent d’être victimes de la suprématie des puissances atomiques. À quoi servent les armes nucléaires dans un monde qui se ruralise parce qu’il se globalise ? Pourquoi une minorité, qui s’est constituée gendarme du monde, mais à son propre profit, croit-il devoir continuer de posséder exclusivement de telles armes s’il importe aujourd’hui de substituer au Si vis pacem para bellum le Si vis pacem para pacem ? Si on ne peut pas nucléariser systématiquement le monde afin qu’il jouisse, tout au moins, d’une paix armée, il faut mettre toutes les Armes de Destruction Massive à la casse. C’est, à mon avis, de cette manière qu’on peut convenablement poser ce problème. Le cas iranien est la forme métaphorisée de la rébellion politique des victimes de la domination des maîtres du monde.
Pr. Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1 (Cameroun).
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