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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 14:33

Je me suis imposé le devoir de rédiger ce petit speech, compte tenu du fait que l'importante charge émotive caractéristique de cet heureux événement, n'est pas de nature à assurer à la spontanéité de mon entendement la prospérité qui est habituellement. la sienne

Lorsqu'on m'a appris que celui qui incarne institutionnellement l'Etat camerounais, son Excellence, le Président Paul BIYA, m'a fait l'insigne honneur de décréter que ma modeste personne doive désormais assumer la dignité de la fonction décanale, celle qui consiste précisément à présider aux destinées académique, scientifique et administratif de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines qui est l'une des plus prestigieuses institutions académiques de nos Universités d'Etat, j'ai d'abord pris cela, sans superstition aucune, pour un signe de mauvais augure.

En effet, jusqu'en 1998, il y avait sept AYISSI Lucien dans la seule ville de Yaoundé. Au moment où nous organisions à créer une association amicale fondée sur cette belle homonymie, tous les autres sont morts. La publication de la volonté décrétoire du président de la République, son Excellence Paul BIYA, de m'élever à la dignité de la fonction décanale au sein de la mère des Universités d'Etat, m'a fait croire que mon heure est venue de rejoindre, à mon tour, mes défunts homonymes, afin que soit enfin réalisée, cette fois outre-tombe, l'association à la réalisation de laquelle nous voulions collaborer.

Mais lorsque je vous vois nombreux, joyeux et heureux, je me persuade que mon interprétation est tout à fait dépourvue de sens et de pertinence. C'est avec l'espoir que mes petites épaules supporteront la charge de la noble fonction décanale qui m'a été assignée que je vous prie, Mesdames et Messieurs, de bien vouloir me permettre de remercier beaucoup le président de la République. Je remercie le ministre de l'Enseignement supérieur, le professeur Jacques FAME NDONGO, Chancelier des Ordres Académiques, d'avoir soutenu efficacement ma candidature. Je remercie également Monsieur le Recteur de l'Université de Yaoundé I, le professeur Maurice Aurélien SOSSO, qui a toujours fait preuve, à l'égard de ma modeste personne, d'une bienveillance aussi surprenante que considérable. Aucune charge émotive ne peut suffire à me frapper d'amnésie au point que je puisse oublier mon illustre prédécesseur, le professeur Louis Martin Pierre ONGUENE ESSONO, pour la sollicitude dont j'ai toujours été l'objet de sa part. Je ne saurais lui rendre parfaitement l'hommage qu'il mérite qu'en m'efforçant de lui emboîter le pas.

De peur que ce speech post installation ne tire inutilement en longueur, je vous remercie de vous être donné la peine de m'honorer de votre précieuse présence. Sans autre forme de procès, je vous prie d'accéder à la pleine jouissance du cocktail que votre nouveau Doyen s'est permis de vous donner ce soir.

Bonne dégustation. Encore une fois, merci beaucoup.

Professeur Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 07:38

Le doute qu’il est permis de formuler à l’égard des stratégies que les maîtres du monde prétendent élaborer contre la dynamique macabre de DAECH est motivé par les rapports de collusion mafieuse qu’ils entretiennent évidemment avec les bailleurs de fonds de cette organisation ultra criminelle qui peut s’autoriser à terroriser, au moyen de la violence paroxystique, le monde en vertu d’une référence idéologique dont elle ne tolère ni la relativisation ni la remise en cause dans un monde dont les citoyens souhaitent pourtant s’approprier démocratiquement le sens.

Comment les maîtres du monde peuvent-ils nous assurer qu’ils luttent efficacement contre DAECH s’ils font économiquement l’amour, et sans la moindre pudeur, avec le Qatar et l’Arabie Saoudite qui en sont pourtant les bailleurs de fonds ? De qui se moquent-t-ils quand ils prétendent détruire ce monstre polycéphale à la production duquel ils ont réellement collaboré contre les États qui ne se soumettent pas à leur code ? Que vont-ils maintenant faire pour que la dynamique meurtrière de DAECH ne déborde pas considérablement les frontières de l’Irak, de la Syrie ou de la Libye ? À quelle paix le monde peut-il aujourd’hui aspirer après la destruction inconsidérée de l’Irak, de la Lybie et de la Syrie ?

Ce sont là des questions qu’on peut par exemple se permettre d’adresser modestement à Obama, à Hollande, à Cameron et à tous leurs sous-traitants idéologiques.

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 12:58

Parmi les chansons, plus ou moins grivoises, dont l’ambition à l’hégémonie acoustique est avérée au Cameroun, et qui sont instrumentalisées pour faire exploser l’audimat de certaines de nos chaînes de radio et de télévision, il y en a une qui brille par la volonté exprimée par elle de ravir la vedette à « Pala pala », à « Envie de wang wang wang » et à toutes celles dont le dessein est de mettre en effervescence les sens de tous ceux qui daignent les écouter.

« Laisse seulement, ça sort comme ça sort » est comme une exhortation au renoncement à l’investissement de la causalité humaine dans un cadre historique qui en aliène nécessairement la productivité. Conscient du fait que la volonté humaine ne peut pas avoir un réel impact sur la dynamique qui se déploie dans l’espace et le temps, l’auteur de « Laisse seulement, ça sort comme ça sort » sublime l’incapacité de l’homme à la marquer de l’estampille de sa subjectivité par une logique stoïcienne et fataliste évidemment régie par le principe de l’accommodement. Cette logique consiste précisément à assumer une facticité rapidement transmuée en nécessité. « Laisse seulement, ça sort comme ça sort » apparaît donc comme l’expression d’un impératif idéologique qui consacre politiquement les nécessités d’une histoire par rapport à la dynamique de laquelle l’homme perd de plus en plus son latin. Autrement dit, puisque l’homme ne peut pas librement donner le sens qu’il lui plaît à une histoire dont la dynamique est, en vérité, l’effet d’une causalité dont le déterminisme impose sa nécessité à sa volonté, il faut qu’il comprenne que ce qui lui reste à faire, c’est de laisser, suivant l’expression de Voltaire, « le monde comme il va ». Ce qui, in fine, revient tout simplement à dire : « Laisse seulement, ça sort comme ça sort ».

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 14:21

Ce que j’ai remarqué, c’est que le conflit entre le profane et le sacré oppose de plus en plus sa résistance à la volonté impériale de chronos. Cette fois, je crains de dire que c’est le profane qui a encore eu raison du sacré, dans la mesure où, tout au moins dans la plupart des quartiers de la ville de Yaoundé, c’est moins la musique religieuse que certaines chansons « de Sodome et de Gomorrhe » (l’expression est d'Hubert Mono Ndjana), comme « Coller la petite », « Envie de … », etc. qui étaient, acoustiquement parlant, très dominantes. Comment interpréter le fait que ces chansons grivoises aient pu envelopper, au point de les dominer, celles dont la prospérité était, pour la circonstance, fort attendue ?

En laissant aux sociologues et aux psychologues le soin de faire prévaloir leur compétence relativement à la résolution de ce genre de problèmes, je remarque que Noël est de plus en plus un prétexte historique pour faire prospérer l’hédonisme et le consumérisme. Mise depuis belle lurette au service du « Divin marché » (l’expression est de Dany-Robert Dufour), la fête de la Nativité est tout à fait dépourvue de son sens initial. La « gastro-culture » et les autres orgies qu’elle fait prospérer, nous amènent désormais à nous interroger sur sa pertinence théologique et éthique. En attendant de répondre décisivement à cette question, nous avons le regret de constater le triomphe sans pareil du profane sur le sacré à l’occasion de la fête de la Nativité.

Professeur Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun).

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 13:34

Relativement à son titre, L'école, gage du développement de l'Afrique, le lecteur peut se poser la question de savoir si son auteur ne défonce pas des portes déjà ouvertes par d’autres. Mais, ce serait préjuger du contenu de cet ouvrage que d’opiner sur sa pertinence à partir d’un titre qui peut laisser croire que son auteur procède au ravaudage du déjà lu.

Si cet ouvrage évite les lieux communs et ne s’inscrit pas dans le budget du déjà lu, c’est parce que son auteur revisite intelligemment la problématique de l’émergence et même du développement de l’Afrique subsaharienne relativement à la nécessité de repenser le système scolaire et académique qui y est en vigueur.

Dès l’Avant-propos de son ouvrage, Monsieur Laurent Zénith affiche la modestie de son ambition : il n’a pas le complexe des thaumaturges ni des dieux de proximité. Aussi ne promet-il pas de proposer des solutions-miracles dans cet ouvrage (p. 11). S’il dénonce les tares d’un système de formation à décoloniser parce qu’il est extraverti et aliénant, il ne fait pas montre de l’arrogance que les directeurs de conscience et les donneurs de leçons ont en partage. En prenant un solide appui sur la bureaucratie pour persévérer dans son être, le système scolaire et académique en vigueur dans l’Afrique subsaharienne appauvrit l’éducation non seulement en la fonctionnarisant et en l’inscrivant dans les chaînes de servitude d’un mandarinat tout à fait contre-productif, mais aussi en désarticulant le savoir du savoir-faire.

Le système de formation encore en vigueur dans l’Afrique subsaharienne est, selon Monsieur Laurent Zénith, considérablement en demande de soins thérapeutiques. Mais la thérapie, même par des soins palliatifs que propose l’auteur de cet ouvrage ne peut prospérer que si elle se fonde sur un diagnostic précis. C’est la tâche à laquelle il s’attèle dans cet ouvrage, après avoir souligné que l’école est un facteur de libération et d’émergence ou de développement. C’est surtout dans une métaphore à la fois architecturale et mécanique que Monsieur Laurent Zénith montre l’importance de l’école dans la résolution des problèmes d’émergence et de développement : c’est pour cette raison qu’il présente l’école à la fois comme la fondation de la société et ce dont la machine sociale a nécessairement besoin pour que sa dynamique soit assurée dans le temps (p. 14). Toutefois, l’école qui est censée réaliser notre aspiration à l’émergence et au développement existe, dans l’Afrique subsaharienne, dans le paradoxe.

Le paradoxe du système scolaire et académique en vigueur dans l’Afrique subsaharienne

Ce paradoxe consiste, pour l’école qui est censée émanciper les peuples et développer les États, à entraver à l’émergence et le développement de l’Afrique subsaharienne, dans la mesure où le système scolaire et académique concerné est pathologiquement affecté par des maux qui sont le fait des enseignants (chapitre 3, pp. 72-84), des parents et des apprenants, quand ils ne sont pas inhérents à un système scolaires et académique qui n’est pas seulemen sollicité par ceux qui n’ont pas la vocation d’enseignants, mais qui est aussi investi par des promoteurs beaucoup plus motivés par la rentabilité que par la formation (p. 88).

La tendance des enseignants à l’autoglorification, remarquable par le besoin d’impressionner les apprenants, au risque d’écraser, au sens informatique, le devoir de les former, la mystification du savoir qui fait prospérer dans nos écoles l’esprit magique en lieu et place de l’esprit scientifique sont, en plus du fait qu’on soit enclin à transformer l’évaluation en valeur marchande ou aphrodisiaque (il parle des « notes sexuellement transmissibles », pp. 45-51), certains des maux qui minent notre système scolaire et académique.

Si Monsieur Laurent Zénith sollicite les enseignants généralement coupables, à ses yeux, de ne pas faire de l’école un « cadre de formation théorique et pratique » (p. 29) et dont la démographie est de plus en plus « envahi par des brebis galeuses » (pp. 79-84), il ne ménage pas non plus les parents d’élèves ou d’étudiants (chapitre 2, pp. 54-70).

Lorsque les parents d’élèves ou d’étudiants n’oublient pas qu’ils sont des acteurs majeurs du développement de leur pays, ils prennent une part souvent très active dans la mercantilisation des offres pédagogiques et académiques. En plus de l’esprit marchand qu’ils font ainsi prospérer et qui finit par imposer sa nécessité dans un système devant pourtant exister en marge des contraintes économiques, les parents se substituent souvent, sans aucune compétence, aux conseillers d’Orientation parce qu’ils veulent fabriquer à leur progéniture le destin qui correspond à leurs propres volonté de puissance. La conséquence de tout cela est la crise du mérite et de la performativité indispensable à la correction du sous-développement des États d’Afrique subsaharienne.

En plus du fait que les apprenants n’ont pas souvent le sens de la détermination et ne vouent pas toujours un culte au travail (pp. 38-44), le système scolaire et académique d’Afrique subsaharienne est en soi défectueux parce qu’il consacre le diplôme au détriment de la performativité. Ce système qui ne valorise pas les disciplines qu’on a tort de considérer comme mineures (dessin, musique, danse, beaux-arts) est structuré de telle sorte que l’apprenant ne puisse pas se prendre convenablement en charge dans l’histoire. Le fait que notre système scolaire et académique soit la sphère d’intervention des administrateurs et des politiques, notamment dans la détermination du pourcentage de réussite aux examens (pp. 99-104), le « recrutement des incapables » (pp.104-110) ou le recours au principe de l’équilibre régional qui compromet la formation et favorise les médiocres (113-120), n’est pas de nature à le performer de manière à ce qu’il forme l’Africain capable de relever efficacement les défis liés au problème du développement qui se pose à notre continent.

Si Monsieur Laurent Zénith est très critique à envers le système scolaire et académique encore en vigueur dans l’Afrique subsaharienne, il ne désespère pas que les maux qui minent ce système soient rectifiables. Il est convaincu qu’il est perfectible. C’est pour cette raison qu’il propose modestement à son lecteur certaines solutions.

Les solutions

Ces solutions vont de la valorisation des compétences pratiques, celles qu’on trouve par exemple chez les techniciens et les ingénieurs (pp. 125-133) à la promotion des talents (pp. 136-142). Parce que l’Afrique est l’avenir du monde, il importe, d’après lui, qu’un accent particulier soit mis dans l’amélioration de la qualité de sa jeunesse (cette « pépinière négligée » (pp. 143-144). Étant donné que le domaine académique est la « fabrique des hommes potentiellement et réellement prêts pour la réalisation du développement, il est plus qu’impératif de polir ce moule en Afrique » (p. 146). « Sous l’angle informatique, poursuit-il, l’on dira que l’éducation est un logiciel, système qui formate et programme l’ordinateur qu’est la société. Alors, tous les acteurs du domaine scolaire et académique que sont : les élèves/étudiants, les parents, les enseignants, les dirigeants, les administrateurs du secteur scolaire et académique, les élites, la société civile en général et bien entendu les gouvernements ne devraient ménager aucun effort pour qu’on puisse réaliser notre vœu qui est le développement du continent. » (pp. 146-147).

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 22:29

Le fait que DAECH survive curieusement à toutes les attaques dont il est apparemment l’objet suscite en nous cette double interrogation : qui en est le bailleur de fonds et avec qui est-il en rapport de transaction économique, notamment en termes d’achat d’armes, de vente d’œuvres d’art et de commercialisation de la rente pétrolière qu’il s’approprie là où il s’impose par la terreur des armes, l’horreur du sang, du viol et du pillage ?

Si DAECH auquel beaucoup de mouvements jihadistes font de plus en plus allégeance, réactualise l’hyperterrorisme d’Al Qaïda, comment ne pas croire qu’il est le bras séculier du Grand Autre à l’œuvre dans le procès de déconstruction et de mise en forme du monde suivant ses propres appétits économiques et politiques ?

Que peut bien cacher la timidité dont font évidemment preuve les maîtres du monde dans la lutte contre DAECH et ses épigones jihadistes ?

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 10:07

L’être d’une dépouille de l’homme est évidemment celui qui est dépourvu de vie. Si la dépouille mérite bien son nom, c’est parce qu’elle est effectivement dépouillée de ce dont la dynamique nous inscrit inévitablement dans la population des vivants. Mais s’il est accordé qu’il sévit dans l’être de la dépouille une sévère crise de la vie, pourquoi celui de l’homme est-il l’objet de tant de sollicitude de la part de ceux qui sont encore en vie ?

On peut répondre à cette question en arguant que, tout en étant dépourvue de vie, la dépouille n’est pas assimilable à une simple chose parmi tant d’autres. C’est pour cette raison qu’elle inspire, malgré la crise de la vie dont elle est la preuve factuelle, beaucoup de respect au point d’imposer la nécessité de sa dignité même à ceux qui n’avaient pas beaucoup d’égards envers la personne disparue. La dépouille est le vestige de l’humanité d’une vie à laquelle on croit devoir rendre un vibrant hommage par une débauche de soins souvent en proportion inverse du niveau de considération ou d’estime de la vie de celui dont nous donnons la dépouille en spectacle. Le « nous » dont il est ici question renvoie à une démographie tout à fait hétérogène au plan appétitif. Mais la contradiction qui régit l’hétérogénéité sur le mode de laquelle se rapportent les appétits des éléments de cette démographie est facilement résolue quand on sait qu’ils s’accordent tous à faire de la dépouille mortelle d’un être humain une véritable rente. À sa rentabilisation, lors des divers procès funéraires qui ont par exemple lieu au Cameroun, participent des acteurs aussi variés que les croque-morts, les ministres du culte, les « entrepreneurs politiques », les dragueurs de tout poil, les vendeurs de boisson et les gourmands du coin. Compte tenu du fait qu’il rend possible le contentement des appétits financiers des mercantilistes de tout bord et assure à l’aspiration gastronomique des gourmands de fortes chances de prospérer, l’être de la dépouille mortelle d’un homme finit par être instrumentalisé par tous ceux dont les appétits sont pourtant d’une hétérogénéité apparemment susceptible de les rapporter sur le mode du conflit.

Comment soustraire l’être de la dépouille mortelle de l’homme aux contraintes de l’économie de la mort ? C’est la question thanatho-éthique qui s’impose aujourd’hui au regard de l’importance que revêt, notamment au Cameroun, l’instrumentalisation de l’être de la dépouille mortelle de l’homme à des fins économiques, politiques, affectives et gastronomiques.

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 10:19

Comment pouvoir articuler, avec bonheur, ces trois concepts, quand on sait que les jeux, qui relèvent de la sphère ludique, donc du divertissement au sens pascalien, ne semblent pas trouver dans les sphères académique et pédagogique, l’espace approprié à leur bon déploiement ? Quelle pertinence logique le concept de jeux universitaires peut-il revêtir lorsqu’on sait que l’Université est moins un espace ludique qu’un cadre académique régie par une pédagogie dont la particularité vient de la très grande noblesse de ses perspectives scientifiques, technologiques, économiques et éthico-politiques ? Suivant cette problématique, les jeux apparaissent comme ce qui ne peut être organisé à l’Université que lorsqu’on prend la sphère académique pour la sphère ludique. Cette confusion de sphères a nécessairement lieu quand on perd de vue la différence sur le mode de laquelle se rapportent les téléologies premières des jeux, de l’Académie et de l’éducation.

I-Les jeux, l’Académie et l’Education dans l’ordre de la spécificité téléologique

On joue d’abord pour se divertir, c’est-à-dire pour rompre avec la monotonie d’une vie et d’une existence que les contraintes historiques se chargent de rendre considérablement déplaisantes. Le jeu apparaît, dans ce cas, comme l’investissement de soi dans le procès d’accroissement des plaisirs dans un temps d’adversité qui a coutume de soumettre la vie et l’existence au principe de restriction, comme s’il tenait à les placer cyniquement sous la régie inhumaine de la frustration. Ce n’est pas évidemment la téléologie à laquelle se subordonnent l’Académie et l’éducation, car on ne s’inscrit pas à l’Université parce qu’on veut rompre avec la monotonie de la vie et de l’existence. Celui qui prendrait les études universitaires pour des occasions de chasser l’ennui serait très vite amené à revoir ses calculs d’hédoniste, compte tenu du caractère particulièrement astreignant de la formation universitaire. Les multiples éruptions cérébrales qu’elle impose à ceux qui la sollicitent montrent que la formation universitaire n’est pas du tout une partie de plaisir. Il en est de même des pressions coercitives dont s’accompagne nécessairement l’éducation. Lorsqu’on prend ce concept dans son acception étymologique, on s’aperçoit aisément qu’il correspond à ce qu’on pourrait appeler la gouvernance des âmes ou des esprits, si tant est qu’éduquer signifie d’abord guider, conduire. Dans ce cas, il va sans dire que l’éducation met en relation deux figures dans une scène où le sérieux ne permet pas au jeu d’y faire irruption. Guider un jeune, de manière à faire de lui un authentique être humain, revient, comme le dit Emmanuel Kant dans le Traité de pédagogie, à le sortir de l’animalité. Comme entreprise de désensauvagement, donc d’humanisation de l’individu, l’éducation apparaît évidemment comme quelque chose dont le sérieux est incompatible avec les distractions caractéristiques des activités ludiques, quelque importante que soit la possibilité qu’elles ont de démultiplier le plaisir de vivre ou d’accroître la joie d’exister dans ce monde de plus en plus difficile. Comme on peut le remarquer, si l’approche définitionnelle nous aide à distinguer le ludique du sérieux, tel que celui-ci peut s’incarner dans l’académique et le pédagogique, son défaut est d’accentuer tellement leurs différences qu’on perd de vue la dialectique qui sous-tend réellement leurs rapports. La prise en compte de cette dialectique sur le mode de laquelle se rapportent effectivement le jeu et le sérieux, permet de se rendre compte que le ludique n’est pas tout à fait ce qui souffre d’une sévère crise du sérieux, eu égard aux atouts sociopolitiques, éthiques et pédagogiques qu’il comporte, lesquels rendent possible sa rencontre avec le sérieux.

II-La dialectique du jeu et du sérieux dans le rapport du ludique à l’académique et au pédagogique

C’est vrai que l’académique se présente comme le cadre où se joue un jeu de langage autre que celui du divertissement, tant il ne renvoie pas d’emblée au ludique dont la fin capitale est l’hédonique, dans ses dimensions digestives, festives et aphrodisiaques. L’académique est certes le lieu par excellence de la formation de haut niveau, de la recherche et de l’appui au développement à travers l’instrumentalisation d’une pédagogie spécifique. Mais lorsqu’on donne au ludique un meilleur sens, donc une heureuse vection, cela dissipe le sentiment qu’il fait malheureusement irruption dans l’académique et l’éducation pour en aliéner le sérieux. C’est le cas lorsque le ludique donne à l’esprit des étudiants et des enseignants de précieuses occasions de se récréer pour mieux se recréer. En tant que moment de rupture dialectique avec le sérieux de l’académique et du pédagogique, le ludique apparaît comme cette halte indispensable et salutaire au corps et à la pensée dont l’investissement dans la formation, la recherche et l’appui au développement est si contraignant qu’il importe de les ménager sous peine de se surmener. En éduquant, à travers l’exercice sportif, les étudiants à l’éthique de cette saine émulation qui développe l’imagination, parce qu’elle permet d’inventer les conditions de possibilité du dépassement de soi et d’accès à la victoire, en accroissant et en entretenant en eux le sens de l’effort, l’esprit d’endurance et de compétition pour que prévale le mérite, les jeux prouvent qu’ils relèvent également du sérieux et ne sont pas des distractions sans objet. En plus de faire de l’Université un cadre pourvu d’incitations ludiques grâces auxquelles on peut se reconnecter hédoniquement à la vie, les jeux jouent une importante fonction sociopolitique, puisqu’ils contribuent à la consolidation de la trame sociale qui peut s’effilocher si on ne fait pas prospérer au moyen, par exemple des jeux universitaires, le phénomène de la fraternisation fréquente de tous les acteurs qui y prennent part. L’observance des règles du jeu affermit si bien leur surmoi qu’elle les prédispose à respecter, même en dehors de l’espace ludique, les normes qui régissent non seulement la vie sociale, mais aussi la méthode de la recherche scientifique. En s’accoutumant à observer les règles de telle ou telle activité ludique, le joueur acquiert un sens élevé de la sociabilité. En exerçant les étudiants à respecter les règles du jeu, on les éduque, par conséquent, au respect des valeurs telles que le mérite, l’effort, l’altérité, la différence et la victoire. En intégrant donc le ludique dans son cadre de déploiement, l’académique ne fait pas preuve de masochisme, car son intention n’est pas d’aliéner son sérieux. Il veut plutôt instrumentaliser astucieusement les jeux universitaires pour le faire prospérer à partir des incitations sociopolitiques, pédagogiques et éthiques que comporte réellement le ludique. Il va sans dire que le sérieux dont il s’agit ne peut vraiment prospérer que s’il est assuré d’être toujours maître du jeu.

III-Comment s’assurer que le sérieux sera toujours maître du jeu

Compte tenu du fait que le ludique joue, comme cela a déjà été dit, un important rôle social, politique, pédagogique et éthique, il n’usurpe donc pas, dans l’espace académique camerounais, la place qui lui est annuellement réservée. Mais il ne peut continuer de mériter cette place que s’il se subordonne au sérieux de l’académique et du pédagogique. Pour cela, on doit toujours assigner au ludique la fonction instrumentale qu’il est appelé à jouer aux plans sociopolitique, pédagogique et éthique. Étant donné qu’il n’est qu’un moyen destiné à d’autres fins telles que : l’assainissement de l’esprit à travers celui du corps (men sana in corpore sano ), la gestion de l’adversité qui s’accompagne de l’esprit de tolérance, le sens de l’équipe ou du collectif qui permet de prendre la mesure des limites constitutionnelles de l’individu, l’intérêt commun auquel se subordonne la collaboration, les jeux prouvent qu’ils ont droit de cité dans l’Académie parce qu’ils ne sont pas une entrave à la formation de haut niveau et à l’éducation des jeunes aux valeurs cardinales. Ils perdraient cependant toute leur pertinence et leur sens s’ils se substantialisaient. Ce serait malheureusement le cas s’ils venaient, par hasard, à imposer la nécessité de leur dimension ludique à l’académique et au pédagogique, de manière à en aliéner le sérieux. Le sérieux cesserait d’être maître du jeu s’il arrivait qu’on prenne le ludique pour une fin en soi.

Conclusion

Le ludique n’est donc pas nécessairement l’envers du sérieux. Les jeux universitaires gardent tout leur sérieux, compte tenu des atouts dont ils sont réellement chargés. En suscitant, pour qu’il soit entretenu dans le temps et dans l’espace, comme c’est le cas de ceux de la XVIIIe édition, un sursaut patriotique pour la croissance et l’intégrité nationale, en éduquant les étudiants à la tolérance de la différence, en suscitant et en développant en eux la passion de triompher des difficultés de l’existence ou en les exerçant à expulser la violence à travers l’effort à déployer, les jeux universitaires jouent une fonction éducative si remarquable que leur caractère ludique ne peut compromettre le sérieux de l’académique et du pédagogique que si on les instrumentale à d’autres fins.

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 00:35

Qui classe qui ? La question relative à l’identité du « qui » n’éclipse pas celle qui se rapporte à la critériologie devant régir la logique de ce classement. Ces deux questions ne résorbent pas non plus celle qui est liée à la pertinence d’une critériologie à l’élaboration de laquelle toutes les Universités n’ont pas démocratiquement collaboré.

Enfin, en vue de quoi ou de qui un tel classement est-il effectivement élaboré ?

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 08:06

Dans un récent message, M. Abubakar Shekau a proféré des menaces à M. Paul Biya au motif que ce dernier ne partage pas avec lui son aversion insurmontable à l’égard de l’école occidentale et de la démocratie. En parlant sans procuration ni mandat au nom d’une référence théologique que d’autres convoquent différemment, M. Shekau se dénonce soit comme un imposteur, soit comme celui qui est politiquement et économiquement motivé par des raisons qu’il a réellement honte d’avouer. Quel dieu, fût-il celui qu’il convoque fanatiquement pour faire prospérer son économie du rapt et répandre lâchement l’horreur, le malheur et la mort dans la population d’innocentes personnes, peut-il apporter sa caution théologique et spirituelle à la politique de la terreur que M. Shekau se plaît à pratiquer tant au Nigéria qu’à l’Extrême-Nord du Cameroun ? Est-ce vraiment suivant la volonté d’Allah qu’il tient à réaliser son Califat, une théocratie humanicide, par le pillage, le saccage, le rapt, le viol et la décapitation ? Quelle peut être la pertinence de son idéologie si, pour la défendre manu militari, M. Shekau instrumentalise exclusivement la technoscience de l’Occident dont il condamne pourtant l’école ? Pour qui ce promoteur de l’obscurantisme moyenâgeux roule-t-il ? Ce qui est tout à fait sûr, c’est que ce n’est pas pour Allah.

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé I (Cameroun)

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