Dimanche 22 novembre 2009

 

Poser le problème de savoir si l’Iran doit ou non accéder la technologie nucléaire, de manière à prendre place, sans y être poliment invité, dans le cercle de ceux qui bombent le torse au Conseil de Sécurité et pèsent lourd dans les décisions internationales, c’est poser le problème de la pertinence de la bombe atomique de telle sorte qu’il soit, dans le cas iranien ou nord-coréen, très mal résolu. C’est prendre les autres États pour des niais politiques dans un monde qui a du mal à sortir de la logique de l’équilibre de la terreur. C’est effectivement dans cette logique que les puissances atomiques font preuve d’une arrogance jupitérienne qui émule tous ceux qui aspirent à la grandeur pour pouvoir s’imposer aussi sur la scène internationale, dans un monde où une minorité impose cyniquement à la majorité ses normes axiologiques, ses préférences idéologiques, économiques et politiques.

L’Iran est-il coupable d’aspirer aussi à la « grandeur » dont jouissent tous ceux qui, à défaut d’être respectés sont nécessairement craints ? Bien sûr que non ! Si ce pays arrive à singer les Jupiter autoproclamés du monde, à qui la faute ?

En pensant qu’il y a risque de prolifération des armes nucléaires lorsque d’autres États aspirent à leur production, on fait preuve d’une partialité dont la conséquence est qu’elle finit par exacerber l’appétit de ceux qui continuent d’être victimes de la suprématie des puissances atomiques. À quoi servent les armes nucléaires dans un monde qui se ruralise parce qu’il se globalise ? Pourquoi une minorité, qui s’est constituée gendarme du monde, mais à son propre profit, croit-il devoir continuer de posséder exclusivement de telles armes s’il importe aujourd’hui de substituer au Si vis pacem para bellum le Si vis pacem para pacem ? Si on ne peut pas nucléariser systématiquement le monde afin qu’il jouisse, tout au moins, d’une paix armée, il faut mettre toutes les Armes de Destruction Massive à la casse. C’est, à mon avis, de cette manière qu’on peut convenablement poser ce problème. Le cas iranien est la forme métaphorisée de la rébellion politique des victimes de la domination des maîtres du monde.

 

Pr. Lucien AYISSI

Université de Yaoundé 1 (Cameroun).

 

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Mardi 3 novembre 2009

 

 

Le monde laissé par George W. Bush est un bric-à-brac de problèmes à la fois irrésolus et aggravés. Ce monde-là est politiquement et moralement  si insalubre qu’il est la parfaite métaphore des écuries d’Augias. À cause de la négligence avec laquelle il traitait les écuries héritées de son père, le roi de l’Élide, Augias s’était rendu nuisible à la fois à son propre bétail et aux champs des voisins. C’est à Héraclès qu'Eurysthée confia la tâche de nettoyer ces écuries dangereuses aux plans sanitaire et écologique. Pour parvenir à nettoyer et à assainir les écuries d’un monde considérablement emmerdé par huit années de pouvoir de Bush, il faut vraiment au président Obama la force et la détermination d’un Héraclès.

 

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé 1.

 

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Mercredi 28 octobre 2009


Créé en 1979 par Jean-François Revel, théorisé dans les années 1980 par Mario Bettati et Bernard Kouchner, le concept de droit d’ingérence s’inscrit dans la confrontation idéologique qui oppose habituellement la morale à la politique. Si la politique est par exemple fondée sur le principe du respect scrupuleux d’une souveraineté dans l’ « archaïsme » duquel prospère la violation des droits de l’homme, au nom de la morale, et notamment de « l’urgence humanitaire », on peut transgresser ce principe sans paradoxalement avoir le sentiment de commettre une faute contre le droit international. On ne peut que se féliciter de voir enfin la morale guider une politique dont la cécité éthique a, dans l’histoire récente, considérablement endeuillé certains coins du monde comme le Kurdistan irakien, le Rwanda, le Kosovo, l’Afghanistan, le Darfour, etc. On est heureux de constater que la contradiction qui semblait exister entre la morale et la politique est désormais résolue. La politique n’a donc plus à se fabriquer une morale d’occasion, celle qui légitimerait l’inhumanité de sa dynamique. Mais suffit-il au droit de se doter grammaticalement d’un attribut moral (« humanitaire ») pour que soit corrigé son déficit éthique ? Le problème de ce fameux droit n’est-il pas déjà perceptible à travers sa formulation (« droit d’ingérence ») ? L’aspect formulaire de ce joli oxymore est, comme celui des « guerres justes », moralement et politiquement suspect d’idéologie, car un droit d’ingérence est absurde en soi, dans la mesure où le propre du droit c’est de nous interdire de nous ingérer dans les affaires des autres. Bien plus, à partir de quel référentiel éthique estimons-nous pouvoir nous arroger le droit de violer la souveraineté de tel ou tel État pour des raisons « humanitaires » ? Quand on sait que la morale dont il s’agit est celle des maîtres du monde, c’est-à-dire des directeurs de conscience des peuples et des États à partir de leurs préférences axiologiques, on comprend pourquoi on ne convoque pas ce « droit d’ingérence humanitaire » lorsque le peuple palestinien est massacré par l’État d’Israël ou quand le peuple tchétchène l’est par la puissante armée russe. Quand il sera possible de bombarder l’Europe centrale, au motif que les Tziganes y sont marginalisés ou de violer la souveraineté de la France parce qu’elle traite inhumainement les sans-papiers, alors le concept de « droit d’ingérence humanitaire » gagnera en pertinence.
Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1.
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Samedi 24 octobre 2009




Autour de quelle thématique pertinente George Walker Bush pouvait-il s’entretenir avec les membres de la Chambre de Commerce de Montréal le jeudi, 22 octobre 2009 ? Cette question se pose parce que les huit années de pouvoir de George W. Bush ont été des années de terreur et d’horreur, parce que considérablement marquées par le terrorisme de l’État américain, des guerres prétendument justes, l’aliénation de la dignité du peuple irakien et de la souveraineté de l’Irak, la violation des droits de l’homme et les crimes contre l’humanité. Ces huit années se sont d’ailleurs terminées par une crise financière sans précédent. On peut, en toute générosité, supposer que Bush a aussi une expertise, en dehors de savoir massacrer les populations civiles d’Irak et d’Afghanistan, de partitionner le monde en Axes du Bien et du Mal, de le mettre en péril en le rendant de moins en moins sûr, de faire des États-Unis une parfaite voyoucratie en prétendant pourtant lutter contre les Rogue States. On peut même supposer qu’il peut également contribuer à enrichir la réflexion sur l’avenir du monde au XXIème siècle. Ce sont là des possibilités qu’on peut reconnaître à tout être humain et, par voie de conséquence, à Bush, si son humanité est établie. Mais, en quoi cette expertise supposée peut-elle vraiment intéresser des gens apparemment aussi normaux que les membres de la Chambre de Commerce et du Conseil des Relations Internationales de Montréal, au point qu’ils jugent utile d’inviter Bush et de faire savoir, par le fait même, que ce monstre dangereux qu’on devrait enfermer hermétiquement dans une cage, jouit encore pleinement du droit de se balader ? Nous sommes curieux de connaître la nature de l’expertise d’un Bush et surtout l’intérêt de celle-ci pour un monde qu’il faut systématiquement reconstruire sur les ruines de sa zoopolitique et de son bellicisme, car en posant improprement le problème de la paix globale, il a, sans le savoir, rendu sympathique la figure de son sosie, Ben Laden. Pour les peuples victimes de l’horrible politique de terreur de Bush, Ben Laden est devenu la réponse appropriée, sinon le rempart protecteur de ceux qui ne peuvent pas affronter l’armée la plus puissante du monde. C’est ainsi qu’en croyant guerroyer efficacement contre le terrorisme, Bush l’a plutôt inconsidérément démultiplié. En promouvant la zooéconomie à travers l’ultralibéralisme, il n’a pas su apporter des réponses appropriées à la question du bien-être.

Pr Lucien AYISSI
Université de Yaoundé 1.
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Mardi 20 octobre 2009

 

 

         Il peut sembler prématuré de « nobéliser » le président Barack Obama, à partir de sa volonté rompre avec l’unilatéralisme de l’administration de Bush, de dénucléariser le monde et de résoudre par le dialogue, la politique de la main tendue, et donc par la diplomatie, les différends et les conflits qui opposent habituellement les peuples et les États.

            Mais, l’inconsistance logique de l’argument de la prématurité de la « nobélisation » d’Obama peut être établie lorsqu’on prend en compte la nouveauté et la noblesse de ses intentions éthico-politiques dans un monde engagé, depuis un certain nombre d’années, dans des projets de guerre perpétuelle par des bellicistes comme George Walker Bush et consorts.

C’est vrai que l’intention pacifiste du président Obama n’existe encore qu’au plan symbolique. Il est vrai que l’histoire, qui est une infrastructure de possibilités diverses, peut entraver leur actualisation. Cependant, le fait pour lui de croire sincèrement à l’humanisation du monde est louable en soi. En effet, le président Obama a le mérite de recourir au jeu de langage de la paix et de la résolution diplomatique des conflits dans un monde arbitrairement dualisé, parce qu’injustement divisé en axes du Bien et du Mal et où les défenseurs du « monde libre » prétendent le sécuriser en le « bunkérisant » contre le nomadisme prédateur des « sans-papiers », lorsqu’ils ne mènent pas des croisades contre les voyoucraties, à partir d’une évaluation qu’il est fort interdit de soumettre à la sanction du doute. C’est dans ce monde qu’Obama tient un autre discours dépourvu soit des accents belliqueux d’un Bush prompt, pour n’importe quelle raison, à faire la démonstration de sa volonté de puissance à travers par exemple la dramatisation lâche de la force hyperzoologique des États-Unis en Irak, soit de la tonalité agressive de l’État d’Israël habitué à faire impunément l’impasse sur les résolutions des institutions internationales, au point de réduire le peuple palestinien à la triste condition de l’homo sacer de Giorgio Agamben.

Pour nous, ce qui est primé ici, c’est l’audace politique de collaborer à la reconfiguration éthique et politique du monde, perceptible à partir d’un autre jeu de langage qui donne la possibilité de dire ce qu’on croyait être essentiellement dépourvu de référence ou de donner sens à ce qui en était effectivement dépourvu. Il s’agit principalement des convictions éthiques et politiques d’un humaniste qui estime que les oppresseurs et les opprimés, le Juif errant d’hier et le Palestinien apatride d’aujourd’hui peuvent sortir de la contradiction qui les oppose et collaborer également à l’humanisation du monde de demain, c’est-à-dire un monde dans lequel les armes de destruction massive n’auraient plus de place parce qu’elles auront été mises à la casse.

Le comité du Nobel norvégien a vu juste en primant un homme politique qui a la hardiesse d’entretenir et de promouvoir un optimisme politique chargé de promesses d’humanité dans un contexte de zoopolitique et de zooéconomie.

 

Pr Lucien AYISSI

Université de Yaoundé 1

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